Le ministre des Finances, Jim Flaherty, est catégorique: il accordera des baisses d'impôts aux entreprises comme prévu le 1er janvier même si les libéraux de Michael Ignatieff menacent de voter contre le prochain budget.

Publié le 22 déc. 2010
Joël-Denis Bellavance LA PRESSE

M. Flaherty est conscient que le rejet du budget qu'il doit présenter en février ou en mars provoquera la chute du gouvernement et plongera le pays dans des élections générales.

Le Parti libéral, le NPD et le Bloc québécois s'opposent farouchement à cette mesure budgétaire. Dans le cas du Parti libéral, il s'agit d'une volte-face puisqu'il avait donné sa bénédiction au budget de 2007, qui introduisait ces baisses d'impôts. Michael Ignatieff juge qu'on ne peut se permettre une telle réduction alors que le déficit frise les 45 milliards de dollars.

Mais dans une entrevue accordée à La Presse, Jim Flaherty affirme que ces baisses d'impôts constituent un investissement stratégique à long terme qui rapportera d'énormes dividendes puisqu'elles rendront le Canada plus attrayant aux yeux des investisseurs étrangers.

Le taux d'imposition passera de 18% à 16,5% le 1er janvier prochain et à 15% au début de 2012. Le Canada offrira alors le plus bas taux d'imposition des sociétés de tous les pays du G7 (il est actuellement au deuxième rang). À terme, ces réductions priveront le Trésor fédéral de 4,5 milliards de dollars en revenus, mais le gouvernement estime qu'elles attireront de nouvelles entreprises et des investissements étrangers qui créeront des emplois.

«La réduction d'impôts des entreprises entre en vigueur dans une dizaine de jours», a déclaré sans broncher le ministre Flaherty en réponse à la menace brandie par les libéraux.

«L'objectif est d'avoir le taux d'imposition le plus bas des pays industrialisés et d'avoir un taux combiné de 25% en tout avec les provinces. C'est la façon la plus rapide de créer des emplois. Nous voyons les impacts positifs sur l'économie très rapidement. Cela va désormais faire partie de notre image de marque à l'étranger, et nous allons nous en servir allègrement pour attirer de nouveaux investisseurs», a ajouté le ministre.

M. Flaherty, qui a vanté sa politique fiscale lors de sa récente visite à New York, en fera autant au Forum économique de Davos, en janvier. Il affirme que les entreprises doivent planifier leurs affaires en tablant sur des mesures fiscales claires. Remettre en cause la réduction des impôts créerait selon lui un climat d'incertitude néfaste pour les sociétés qui nuirait à la bonne réputation du Canada.

En entrevue, il a affirmé que les mesures fiscales du gouvernement et la discipline budgétaire qu'il observe ont convaincu des entreprises comme Tim Hortons de ramener leur siège social au Canada et d'autres, comme Spectra, de Houston, d'investir davantage à Montréal.

Cette tendance risque de s'accentuer puisque des pays concurrents comme les États-Unis devront augmenter les taxes et les impôts pour venir à bout de leur déficit.

M. Flaherty maintient par ailleurs qu'il éliminera le déficit fédéral d'ici à 2015 sans augmenter les impôts ou les taxes et sans réduire les paiements de transfert aux provinces. Le déficit devrait atteindre 45 milliards de dollars en 2010-2011.

«Ce ne sera pas un budget facile. Mais si nous avons une croissance économique modeste, si nous évitons les grands programmes coûteux et si nous mettons en oeuvre nos mesures de limitation des dépenses, nous y arriverons. Nous sommes sur la bonne voie cette année. Mais il y a toujours des pressions pour dépenser plus. Cela exige beaucoup de discipline, notamment de la part de mes collègues du cabinet. J'aime bien qu'on m'appelle Dr No. Je sais que je ne serai pas très populaire», a affirmé le grand argentier du pays.

Selon lui, la population canadienne a appuyé le plan de relance de 48 milliards de dollars mis de l'avant par le gouvernement pour contrer les effets de la crise économique. Mais les Canadiens s'attendent maintenant à ce que le gouvernement rétablisse l'équilibre budgétaire à court terme.

Il a souligné que le Canada a pu éviter le pire durant la crise économique parce que les gouvernements successifs à Ottawa ont enregistré des surplus budgétaires et remboursé la dette accumulée entre 1997 et 2008.

Cela dit, le ministre Flaherty se montre de plus en plus inquiet de l'état de santé de l'économie des États-Unis, le plus important partenaire commercial du Canada. «Je m'inquiète aussi du déficit des États-Unis et de l'augmentation de la dette. Cela ne peut pas continuer éternellement. Cela pourrait avoir des conséquences. D'où l'importance de protéger notre pays de possibles chocs économiques qui pourraient venir de l'extérieur, comme ce fut le cas en 2008. Pour y arriver, il faut mettre de l'ordre dans nos propres finances», a dit le ministre.