Conscients de l'importance de l'enjeu pour l'avenir de leur parti, Jack Layton et Thomas Mulcair multiplient les appels pour convaincre leurs collègues du Nouveau Parti démocratique de voter contre le projet de loi des conservateurs visant à démanteler partiellement le registre des armes à feu.

Hugo de Grandpré et Joël-Denis Bellavance LA PRESSE

M. Layton invoque notamment le rapport rendu public mardi par la GRC, qui affirme que le registre des armes à feu est efficace. Il demeure «une bonne façon d'améliorer la sécurité publique et celle des citoyens», peut-on lire dans ce rapport de 160 pages.

L'offensive menée par MM. Layton et Mulcair aurait d'ailleurs déjà porté des fruits, selon ce qu'a pu apprendre La Presse mardi, puisque certains députés auraient l'intention de voter pour le maintien du registre.

En novembre dernier, les conservateurs de Stephen Harper avaient réussi à faire adopter en deuxième lecture, grâce à l'appui de 8 députés libéraux et de 12 néo-démocrates, un projet de loi privé qui propose d'abolir l'obligation d'enregistrer les armes d'épaule comme les fusils de chasse. Le projet de loi C-391 a été déposé par la députée conservatrice Candice Hoeppner.

Depuis ce vote, le chef libéral, Michael Ignatieff, a ordonné à ses troupes de voter contre ce projet de loi. Résultat: le sort du registre repose maintenant entre les mains des 12 députés du NPD, qui permet un vote libre sur les projets de loi privés.

Tous les députés du Bloc québécois voteront aussi en faveur du maintien du registre. Toutefois, le Bloc québécois pourrait perdre un joueur avant la reprise des travaux. Le député bloquiste de Haute-Gaspésie-La Mitis-Matane-Matapédia, Jean-Yves Roy, pourrait annoncer sa démission à l'occasion du caucus du Bloc, les 13 et 14 septembre, à Montréal.

Vote sur la motion

Dès la première semaine des travaux parlementaires, les députés seront appelés à voter sur une motion du député libéral Mark Holland visant à tuer le projet de loi de Mme Hoeppner. Si cette motion est rejetée, un vote définitif sur le projet de loi aura lieu plus tard à l'automne.

Dans une entrevue accordée à La Presse mardi, le député néo-démocrate d'Outremont, Thomas Mulcair, a dit avoir bon espoir de réussir à convaincre un nombre suffisant de ses collègues de voter pour le maintien du registre des armes à feu.

«Éliminer le registre, c'est éliminer des vies. Ça ne peut pas arriver. Donc nous allons faire ce qu'il faut, M. Layton et moi, et continuer de travailler sans relâche pour nous assurer que le registre soit maintenu», a insisté M. Mulcair

Seul député néo-démocrate au Québec, M. Mulcair est la cible des attaques du Parti libéral, à l'heure actuelle. L'École polytechnique, où s'est déroulée la tuerie il y a une vingtaine d'années, se trouve dans sa circonscription, Outremont. Aux prochaines élections, il affrontera l'ancien ministre libéral de la Justice Martin Cauchon, qui a lui-même été responsable de l'administration du registre.

Michael Ignatieff n'a pas manqué de le noter à la réunion des députés de son parti, qui se déroule ces jours-ci au Cap-Breton, en Nouvelle-Écosse: «Il faut choisir, Thomas. C'est le moment des choix. On peut être pour les victimes de la tuerie (...) ou vous pouvez être pour Stephen Harper. C'est le moment de choisir, M. Mulcair.»

Les libéraux comptent d'ailleurs faire une tournée canadienne pour sensibiliser la population à cet enjeu.

Comme son chef la veille, M. Mulcair a appelé le Parti libéral à travailler avec le NPD pour corriger ce qu'il a décrit comme des failles importantes du programme, établi par les libéraux dans les années 90 dans la foulée du massacre de Polytechnique.

M. Layton a indiqué que le NPD présentera un projet de loi privé à la reprise des travaux parlementaires, le 20 septembre. Il prévoirait la mise à l'amende de ceux qui oublient d'enregistrer une arme plutôt que des accusations criminelles comme c'est le cas actuellement.

En outre, ce projet de loi annulerait les frais d'enregistrement, protégerait les droits des autochtones reconnus dans les traités et respecterait davantage le droit à la vie privée des propriétaires d'arme à feu.