Pour gagner des sièges au Québec lors des prochaines élections, Michael Ignatieff mise sur deux choses: les valeurs conservatrices qui ne collent pas avec les valeurs québécoises et la «fatigue» qu'il dit percevoir dans l'électorat de la province face au Bloc québécois.

Hugo de Grandpré LA PRESSE

Le chef du Parti libéral du Canada a confié ce pan de sa stratégie électorale en marge d'un événement partisan dans un club de chasse et pêche de la circonscription beauceronne du conservateur Maxime Bernier, où il donnait ce matin le coup d'envoi du volet québécois de sa tournée du Libéral Express.

L'autocar de M. Ignatieff sillonnera tout l'été les routes du Canada, dans une tentative de rapprocher le chef des Canadiens et dans ce qui ressemble à s'y méprendre à une campagne électorale. Les libéraux avaient débuté leur tournée la semaine dernière à Calgary et ils ont depuis visité l'Ontario et la Saskatchewan.

Avec seulement une poignée de sièges dans la province francophone dominée depuis des années par le Bloc québécois, cependant, les prochaines élections pourraient encore une fois s'annoncer ardues pour les troupes libérales fédérales. Aux journalistes à qui il s'est adressé pendant quelques minutes, Michael Ignatieff a néanmoins indiqué que l'obstacle de la popularité du Bloc n'était pas insurmontable.

«On va voir aux prochaines élections», a-t-il déclaré. Mais «il y a un moment où la fatigue commence à produire le changement. Il faut avoir une alternative progressiste pour attirer les électeurs du Boc. D'abord la fatigue, ensuite l'alternative. C'est ça le double jeu qu'il faut pour débloquer le vote bloquiste».

M. Ignatieff répète la phrase depuis une semaine partout au Canada: les électeurs qui veulent des politiques plus progressistes et responsables sont bienvenus dans la «tente rouge» du PLC. Quant à la «fatigue» du vote bloquiste, il dit la sentir de plus en plus lorsqu'il s'entretien avec des Québécois. Il a entre autres cité l'exemple d'élus municipaux de la Gaspésie, à qui il a parlé l'an dernier.

«Je travaille avec des députés du Bloc et ils font  travail parfois responsable, a-t-il noté. Mais je questionne la pertinence du Bloc. Année après année, après année, après année, un vote Bloc pour affirmer le Québec. Mais quel est le résultat?»

Cible: Maxime Bernier

Si le parti à battre au Québec pour les trois formations fédéralistes de la Chambre des communes est le Bloc québécois, il en va autrement pour la première circonscription visitée mercredi matin par M. Ignatieff et un groupe de candidats et de députés. Le défi n'est pas moindre. Cette partie de la Beauce est représentée par le député conservateur Maxime Bernier qui, bien qu'éclaboussé par un scandale avant les dernières élections, n'en a pas moins remporté l'une des plus importantes majorités au Canada.

Cette fois-ci, le Parti libéral a trouvé un nouvel adversaire pour M. Bernier: Claude Morin, ancien député adéquiste. M. Morin, fort du soutien des Dutil, une famille d'entrepreneurs influents de la Beauce, mise sur la force de son organisation et sur les récentes prises de position de son adversaire pour tenter de lui ravir son siège au Parlement. M. Bernier milite en faveur d'une place réduite du gouvernement et a récemment critiqué le modèle québécois, entre autres, en plus de prendre fortement position en faveur de l'abolition de la formule longue obligatoire du recensement.

Au cours d'un entretien avec La Presse, Claude Morin a dit ne pas voir de paradoxe à ce qu'un ancien adéquiste doive défendre un rôle actif de l'État pour remporter ses élections. «Quand j'étais un adéquiste, j'étais un adéquiste de centre. Je n'ai jamais été une personne à droite, là: on abolit, on coupe-ci, on coupe ça, sans trouver de solution au préalable», a-t-il précisé.