Si des élections fédérales se tenaient aujourd'hui, la composition du Parlement ne changerait presque pas, révèle un nouveau sondage Angus Reid. Seule une très hypothétique coalition entre le Parti libéral et le Nouveau Parti démocratique permettrait de renverser le Parti conservateur. À condition qu'elle soit menée par Jack Layton.

Paul Journet LA PRESSE

Les intentions de vote des sondés se partagent ainsi : 35% aux conservateurs, 27% aux libéraux, 19% au NPD, 9% au Bloc québécois (37% au Québec) et 8% au Parti vert. Il s'agit presque des mêmes résultats qu'aux élections d'octobre 2008. La différence entre ces résultats et ceux des élections précédentes reste inférieure à la marge d'erreur du sondage, de plus ou moins 2,2%, 19 fois sur 20. La seule exception est l'appui aux conservateurs, en baisse de 2,6 points de pourcentage - de 37,6% en 2008 à 35% aujourd'hui.

«Plusieurs histoires ont embarrassé le gouvernement dans les dernières semaines, comme les prisonniers afghans et l'affaire Guergis. Mais le pointage des conservateurs reste le même. (...) On peut dire qu'ils sont forts parce que l'opposition est faible», analyse Jaideep Mukerji, vice-président aux affaires publiques d'Angus Reid.

Selon le sondage, seulement 13% des Canadiens font confiance au chef du Parti libéral, Michael Ignatieff. C'est beaucoup moins que ses adversaires Jack Layton (30%) et Stephen Harper (29%).

«Pourtant, l'année dernière, M. Ignatieff était le chef de parti le plus populaire, rappelle M. Mukerji. Sa lune de miel est maintenant terminée. Il a perdu ses appuis l'automne dernier, quand il a renoncé (à renverser le gouvernement) après avoir proclamé son fameux "Monsieur Harper, votre temps est écoulé". Les Canadiens l'ont vu pour la première fois à la tête du parti dans le contexte d'une élection, et ils ne semblent pas avoir aimé ce qu'ils ont vu.»

Depuis, M. Ignatieff a changé sa garde. Il a embauché quelques anciens proches de l'ère Chrétien, dont son nouveau chef de cabinet, Peter Donolo. Mais sa cote de confiance n'a pas considérablement remonté.

Au contraire, dans les 30 derniers jours, 32% des sondés indiquent que leur opinion de M. Ignatieff s'est détériorée. Même résultat pour M. Harper. Le premier ministre conserve le pouvoir grâce à la division du vote et à la polarisation des opinions, estime Jaideep Mukerji. «C'est la dynamique Stephen Harper. Un certain groupe de Canadiens l'aime beaucoup, mais une majorité le désapprouve.»

Coalition PLC-NPD

Si une coalition PLC-NPD était offerte aux électeurs, elle pourrait prendre le pouvoir. Toutefois, les conservateurs réussiraient à défaire une coalition dirigée par Michael Ignatieff (40% au PCC contre 34% au PLC-NPD). Dirigée par Bob Rae, la coalition arriverait à égalité avec le PCC (38% de chaque côté).

Seule une coalition pilotée par Jack Layton remporterait les élections (43% contre 37% pour le PCC). Cette coalition serait tout aussi populaire au Québec. Elle y récolterait 44% des suffrages, soit 10 points de pourcentage de plus que le Bloc québécois. «Jack Layton est aimé au Québec, mais plusieurs ne votent pas pour son parti, car ils savent qu'il n'a pas de chance d'être élu. Avec une coalition, cela change les intentions de vote», estime M. Mukerji.

Il précise que la question de la coalition est «théorique». «On l'a incluse dans notre sondage à cause de ce qui se passe en Grande-Bretagne, et aussi à cause des récentes déclarations de Jean Chrétien», indique-t-il.

Au sujet d'un rapprochement ou même d'une coalition PLC-NPD, l'ancien premier ministre libéral a dit la semaine dernière : «Si c'est faisable, faisons-le.»