Les partis politiques fédéraux ont mis la table pour une reprise des affrontements dans le dossier du registre des armes à feu, lundi, moins de deux semaines avant la comparution des premiers témoins dans l'étude du projet de loi C-391 en comité parlementaire.

Hugo de Grandpré LA PRESSE

Le chef du Parti libéral, Michael Ignatieff, a parti le bal en matinée en clarifiant sa position sur le registre, à l'occasion d'un discours à l'assemblée générale de l'Association canadienne des policiers (ACP), à Ottawa. S'il prend le pouvoir, le Parti libéral du Canada gardera le registre des armes à feu en vie, mais il y apportera quelques changements, a-t-il dit.Ces changements annuleraient les frais d'enregistrement ou de renouvellement, ils en simplifieraient la procédure et ils feraient du fait d'oublier d'enregistrer son arme pour la première fois une infraction sanctionnée par une simple amende, plutôt qu'une infraction criminelle, comme c'est le cas actuellement.

M. Ignatieff espère ainsi rallier les membres de son caucus autour d'une vision unique à l'égard du registre des armes à feu, qui puisse plaire tant aux électeurs des régions rurales qu'à ceux des villes.

En novembre, huit députés libéraux et douze députés néo-démocrates, provenant principalement de l'extérieur des grands centres urbains, avaient voté en faveur de C-391, projet de loi présenté par la députée conservatrice Candice Hoeppner et qui a l'appui du premier ministre Stephen Harper. Ces votes avaient permis au projet qui vise à abolir l'obligation d'enregistrer les armes d'épaule comme les fusils de chasse de passer l'étape de la deuxième lecture et d'être envoyé devant le comité parlementaire de la sécurité publique.

Ligne de parti

Les premiers témoins pour l'étude de C-391 devraient être entendus d'ici deux semaines, à partir du 4 mai. Mais déjà, le chef libéral a annoncé que son parti se prononcerait contre lors du vote en troisième lecture qui suivra le rapport du comité, et que ses députés seront tenus de suivre la ligne de parti.

Le chef libéral s'est dit persuadé que ses troupes respecteront le mot d'ordre. «Je suis sûr que mon caucus est rangé derrière cette approche. Ça veut dire qu'il faut être à l'écoute des régions, mais, en fin de compte, il faut s'unifier derrière le projet qui est essentiel pour la sécurité publique», a-t-il déclaré lundi.

La marraine du projet de loi, la députée conservatrice Candice Hoeppner, a réagi à la Chambre des communes en disant espérer que les huit députés libéraux qui avaient voté en faveur de C-391 en novembre n'avaient pas changé d'idée. «Leurs électeurs méritent mieux», a lancé la politicienne du Manitoba, les toisant l'un après l'autre.

L'un des huit libéraux qui avaient voté en faveur de C-391, le député de l'Île-du-Prince-Édouard Wayne Easter, a indiqué qu'il entendait cette fois-ci suivrait le mot d'ordre donné par son chef. Selon lui, ses collègues feront de même. «Je ne peux vous dire exactement ce que tout le monde va faire...» a-t-il commencé par dire.

«Mais mon impression est que tout le monde sera du même côté là-dessus», a-t-il poursuivi, ajoutant que la position annoncée par son chef lundi matin représente actuellement le seul compromis acceptable à l'échelle nationale.

Dans la cour du NPD

Avec 144 des sièges de la Chambre des communes, le Parti conservateur n'a besoin que de l'appui d'une dizaine de députés de l'opposition pour faire passer C-391, qui incarne une lutte de longue date des troupes de Stephen Harper. Le sort du projet de loi pourrait donc reposer entre les mains du NPD, puisque le Bloc québécois fait généralement front commun dans ce dossier et que le chef Gilles Duceppe a réitéré sa position à cet égard, lundi.

Le porte-parole néo-démocrate en matière de Justice, Joe Comartin, a indiqué que les députés de son parti seraient libres de voter comme bon leur semble en troisième lecture. Il espère néanmoins être en mesure de faire adopter suffisamment d'amendements au cours des prochaines semaines pour rallier ses collègues contre l'initiative conservatrice. Certains de ces amendements incluent les changements présentés par Michael Ignatieff lundi. Le Parti libéral n'entend toutefois pas les présenter comme amendements.