François Legault ne sera pas le seul à vouloir remettre de l’argent dans le portefeuille des Québécois. La cheffe du Parti libéral, Dominique Anglade, promet une baisse d’impôt pour les contribuables qui gagnent moins de 92 000 dollars par année. Une mesure qui coûterait 2 milliards par année à l’État québécois.

Mis à jour le 11 juin
Fanny Lévesque
Fanny Lévesque La Presse

Les troupes libérales se réunissent ce samedi en Conseil général à Montréal et la cheffe a choisi de faire les choses autrement en déposant dès maintenant sa plateforme électorale. Au cœur de celle-ci, une « mesure phare » pour alléger le fardeau des Québécois qui composent avec une forte hausse du coût de la vie. Les libéraux veulent aider la classe moyenne frappée de plein fouet par l’inflation galopante.

Il s’agira d’une baisse d’impôt de 1,5 % pour les deux premiers paliers d’imposition (46 295 $ et moins, et supérieur à 46 295 $ et moins de 92 580 $). Une diminution qui pourrait alléger le fardeau fiscal d’un contribuable jusqu’à 1000 dollars par année, a-t-on indiqué. Ceux qui gagnent plus de 300 000 dollars par année verraient en contrepartie leurs impôts augmenter de 2 %.

Le coût associé à cette promesse est estimé à deux milliards de dollars par année. Les libéraux s’engageraient s’ils prennent le pouvoir en octobre prochain à ne pas rehausser les impôts pendant leur mandat. « On reconnait que la crise que l’on vit ne va pas se terminer demain matin », a lancé la cheffe libérale samedi, se défendant d’être électoraliste avec cette proposition.

Photo Dominick Gravel, LA PRESSE

Dominique Anglade au Conseil général à Montréal, samedi

Signe que le coût de la vie sera au cœur de la campagne électorale, qui s’amorcera dans trois mois, le premier ministre François Legault a aussi télégraphié une promesse de baisses d’impôt. Le chef de la CAQ a aussi promis un deuxième chèque de 500 $ après les élections, en novembre ou en décembre.

Pas de coupures de service

« On est pas sur du court terme, on ne parle pas d’un chèque qui va aider peut-être s’il y a un problème », a affirmé Mme Anglade à son arrivée au Conseil général. « Aujourd’hui, on présente notre plateforme, on met cartes sur table avec les Québécois », a-t-elle ajouté. À ses côtés, l’ex-ministre des Finances, Carlos Leitão, a assuré que cette mesure ne s’accompagnera pas de politiques d’austérité.

La dernière chose que l’on veut en ce moment, c’est de couper dans les services.

Dominique Anglade, cheffe du Parti libéral

Pourtant, M. Leitão estimait en mars dernier, avant le dépôt du budget Girard, qu’il était inconcevable de baisser les impôts à court terme alors que le gouvernement Legault laissait entrevoir cette possibilité. Le contexte a changé depuis, a-t-il assuré samedi.

Photo Dominick Gravel, LA PRESSE

L’ex-ministre des Finances, Carlos Leitão

« D’abord, la pandémie est réellement sous contrôle [à l’époque] on ne savait s’il y aurait des dépenses additionnelles », a nuancé le député de Robert-Baldwin. Il note aussi que la situation inflationniste entraîne nécessairement une hausse des revenus de l’État et que le rapport préélectoral de 2022, qui sera déposé en août prochain, devrait révéler un coussin « très, très important ».

En mars dernier, le ministère des Finances prévoyait un déficit structurel de 6,5 milliards cette année. Il a finalement fondu de moitié pour atteindre 2,8 milliards. Québec est donc deux ans en avance sur son échéancier de retour à l’équilibre budgétaire, mais le ministre Eric Girard croit toujours l’atteindre en 2027-2028.

« On a amplement de marge de manœuvre pour faire ce qu’on propose. En faisant ça, on va aussi aider l’économie parce qu’on va réinjecter des fonds dans l’économie, ce qui va nous permettre de passer à travers un éventuel ralentissement ou une récession en injectant bien avant que l’évènement [anticipé] », a-t-il soutenu. Il estime que Québec devra néanmoins « prioriser » ses dépenses.

« Est-ce qu’on a besoin d’aller de l’avant avec les maisons des aînés ? Est-ce qu’on peut faire autre chose ? Est-ce qu’on a besoin d’un troisième lien ? », a soulevé M. Leitão.

Atténuer l’inflation

La lutte pour atténuer l’inflation a été au centre des interventions libérales au cours des dernières semaines. L’ex-ministre des Finances Carlos Leitão a eu beaucoup de temps de glace au Salon bleu. Malgré son départ annoncé, il a contribué à l’élaboration de la plateforme du parti.

C’est d’ailleurs le député de Robert-Baldwin qui a animé ce samedi la séance de breffage technique sur le contenu de la plateforme, en compagnie d’une recrue, Fred Beauchemin, ex-directeur général et chef des marchés des capitaux de la Banque Scotia, qui briguera les suffrages dans Marguerite-Bourgeoys.

Il faut voir là un signe que les libéraux veulent se repositionner comme le parti de l’économie et « casser le mythe » selon lequel le gouvernement Legault fait bonne figure en la matière, indique-t-on dans l’entourage de Mme Anglade.

Les libéraux misent aussi sur la candidature, dans Notre-Dame-de-Grâce, de Désirée McGraw, nommée Young Global Leader lors du Forum économique mondial de 2010, pour gonfler ses rangs. Le PLQ cherche à ajouter une troisième « grosse pointure » à son équipe économique. En 2014, Philippe Couillard avait présenté un « trio économique » avec les candidatures de Carlos Leitão, Martin Coiteux et Jacques Daoust.

Le « projet ÉCO » remis de l’avant

Un pan complet de la plateforme sera consacré au « projet ÉCO », qui vise notamment à nationaliser l’hydrogène vert. Dominique Anglade a présenté en grande pompe son projet d’économie verte lors du dernier congrès, en novembre, mais elle en a très peu parlé depuis.

Le PLQ promettra une hausse de six fois les redevances sur l’eau, alors que son projet ÉCO indiquait qu’on voulait les doubler. Le ministre Benoit Charette a déposé à la fin de la session un projet de loi visant à réviser « les redevances exigibles pour l’utilisation de l’eau » afin d’en faire un engagement électoral.