(Ottawa) Le Canada accueille très favorablement les candidatures de la Finlande et de la Suède à l’OTAN ; le gouvernement Trudeau espère d’ailleurs les ratifier à toute vapeur et faire office de pionnier à ce chapitre sur la scène internationale.

Mis à jour le 16 mai
Mélanie Marquis
Mélanie Marquis La Presse

Ce qu’il faut savoir

  • Le Canada veut être « un des premiers » à approuver l’adhésion de Stockholm et d’Helsinki.
  • L’OTAN en deviendrait « plus forte », juge l’opposition officielle.
  • Le gouvernement Trudeau tâchera de convaincre la Turquie, qui ne veut pas « céder ».
  • « Pas une menace immédiate », réagit Vladimir Poutine.

La ministre des Affaires étrangères du Canada, Mélanie Joly, a insisté sur le fait que les deux pays seraient des « gains nets » pour l’OTAN, et qu’ils devraient donc rejoindre ses rangs sans tarder. Elle y est allée de ce plaidoyer lors d’une conférence de presse téléphonique de Bruxelles, en Belgique, lundi.

Après la Finlande la veille, c’était au tour de la Suède d’officialiser, lundi, sa candidature à l’OTAN, une bascule historique des deux pays non alignés vers le giron de l’alliance, en réaction directe à l’invasion de l’Ukraine par la Russie.

L’unanimité et la ratification parlementaire des 30 membres actuels de l’Alliance sont nécessaires pour faire entrer un nouveau membre.

« Mon objectif, et l’objectif du gouvernement, est certainement d’être l’un des premiers pays à ratifier leur adhésion à l’OTAN. Contrairement à plusieurs pays, nous avons un processus qui est très rapide », a-t-elle soutenu à l’autre bout du fil.

Histoire de préparer le terrain, la ministre Joly s’est entretenue avec les porte-parole des autres partis de la Chambre des communes en matière d’Affaires étrangères. Elle indique avoir constaté que l’enjeu était « non partisan » et jouissait d’un « large consensus ».

Par conséquent, l’approbation d’Ottawa pourrait venir « au cours des prochains jours », a-t-elle avancé en faisant le bilan de ses derniers jours aux réunions des ministres des Affaires étrangères du G7, de l’OTAN, ainsi qu’à la réunion des États membres de l’Union européenne.

« C’est quelque chose qu’on peut faire très rapidement », a-t-elle tranché.

L’OTAN « serait plus forte », croit l’opposition

Il est d’ores et déjà acquis que le gouvernement Trudeau aura l’appui de l’opposition.

« Les conservateurs pensent que l’Alliance serait plus forte avec la Suède et la Finlande comme membres, et soutiennent leurs candidatures si elles choisissent de demander à rejoindre l’OTAN », a déclaré la députée Kerry-Lynne Findlay.

Dans le camp bloquiste, on est aussi « très favorable », a dit le député Stéphane Bergeron. « Il n’y a aucune raison de s’opposer. C’est leur souhait, ils remplissent les conditions ; ils sont déjà prêts à entrer de plain-pied – leurs troupes participent à des exercices avec l’OTAN depuis des décennies », a-t-il détaillé.

Au Nouveau Parti démocratique, on estime que ces demandes de ces pays historiquement neutres démontrent combien « l’invasion illégale de l’Ukraine par le président Poutine a eu des répercussions importantes », et qu’elles prennent donc « des mesures en réponse aux évènements horribles qui se déroulent en Ukraine ».

La réticence turque

L’un des pays membres, la Turquie, a affiché son hostilité face à l’intégration des deux États nordiques, sous prétexte qu’ils serviraient d’« auberge aux terroristes du PKK », le Parti des travailleurs du Kurdistan, qui est considéré comme une organisation terroriste par Ankara, a argué le président turc, Recep Tayyip Erdoğan.

À ce sujet, Mélanie Joly a fait valoir que « les enjeux bilatéraux ne [devraient] pas retarder l’accession » des pays, car il s’agit d’un « moment historique » tant pour l’OTAN que pour le Canada, notamment dû au fait que cela ferait passer à sept – sur huit – le nombre de pays arctiques qui font partie du club.

« Nous allons faire partie des différents pourparlers diplomatiques pour trouver une solution », a-t-elle noté.

Le dirigeant turc a malgré tout réitéré peu après qu’il ne changerait pas son fusil d’épaule. « Comment allons-nous leur faire confiance ? La Suède est la pépinière des organisations terroristes. […] Nous ne céderons pas sur l’adhésion à l’OTAN de ceux qui appliquent des sanctions envers la Turquie », a-t-il martelé, lundi.

Quant au président de la Russie, Vladimir Poutine, il a affirmé que la perspective d’une entrée suédo-finlandaise dans l’OTAN « ne constitu[ait] pas une menace immédiate », mais que Moscou réagirait à des déploiements d’« infrastructures militaires » dans les deux pays, a averti le président russe.

Stockholm s’attend à être membre d’ici un an maximum, a déclaré la première ministre suédoise, Magdalena Andersson, lors d’une conférence de presse, lundi. « Nous quittons une ère pour entrer dans une nouvelle », a-t-elle souligné.

Avec l’Agence France-Presse