(Québec) Quatre ans après avoir accepté de participer à un débat des chefs en anglais, premier affrontement électoral dans cette langue depuis des décennies, le premier ministre François Legault décline l’invitation cette fois-ci. Idem pour le chef péquiste Paul St-Pierre Plamondon, mais pour une raison différente.

Mis à jour le 13 mai
Tommy Chouinard
Tommy Chouinard La Presse

François Legault invoque la lourdeur de la préparation à un débat lors d’une campagne électorale. Il précise qu’il a déjà accepté deux débats en français, les traditionnelles joutes organisées par TVA et Radio-Canada. « On décline le débat en anglais à cause du temps de préparation que ça nécessite pour le premier ministre », explique son attaché de presse Ewan Sauves.

L’invitation avait été faite par un groupe de médias anglophones (CBC, CTV, Global et CJAD). Le consortium a décidé vendredi d’annuler ce débat en anglais dans la foulée du refus du premier ministre sortant d’y participer.

« Le but était de permettre à tous les Québécois d’entendre les chefs de parti discuter, débattre et se questionner sur leurs priorités pour le Québec, et aider tous les électeurs à faire un choix informé, peut-on lire dans une déclaration publiée en fin de journée. Sans la participation de tous les chefs des principaux partis, les représentants du consortium ont convenu que ce ne serait pas un exercice équitable et informatif. »

En 2018, M. Legault avait pourtant accepté de participer à un débat des chefs en anglais. C’était la première fois qu’il y avait un débat dans cette langue depuis 1985. François Legault courtisait alors les électeurs anglophones pour gruger des appuis au Parti libéral du Québec. Dans une vidéo publicitaire, il s’adressait directement à eux en anglais pour les convaincre de voter pour la CAQ, un parti militant pour que « le Québec s’épanouisse à l’intérieur du Canada » et représentant une « alternative » au PLQ « usé » qui les tient « pour acquis ». « Join us ! » lançait-il.

PHOTO JACQUES BOISSINOT, ARCHIVES LA PRESSE CANADIENNE

Le chef du Parti québécois, Paul St-Pierre Plamondon

Quatre ans plus tard, sa réforme de la loi 101 – le projet de loi 96 – soulève la grogne dans la communauté anglophone.

En 2018, le chef péquiste Jean-François Lisée avait participé au débat des chefs en anglais. Son successeur Paul St-Pierre Plamondon refuse de faire de même, plaidant que « la langue officielle et commune au Québec est le français ». « Nous serons bien évidemment disponibles pour répondre aux questions des journalistes anglophones », précise-t-il.

Au cours des dernières semaines, deux partis anglophones sont nés en raison de l’insatisfaction à l’égard des libéraux et en réaction au projet de loi 96.

Pour l’une de ces formations, le Parti canadien du Québec, « François Legault et Paul St-Pierre Plamondon ont prouvé leur incroyable insensibilité envers les Québécois dont la langue maternelle n’est pas le français, en refusant de se joindre au débat anglophone à l’automne. Cela démontre qu’ils ne croient pas que nous sommes des Québécois à la même égalité. C’est inacceptable, et démontre simplement leur incompréhension en ce qui nous concerne et les contributions que notre communauté a apportées au Québec et au Canada ». Le parti dit être « actuellement en attente d’autorisation » et soutient qu’il « devrait être invité au débat ». Le Parti libéral, Québec solidaire, et le Parti conservateur du Québec l’ont été.

Samedi, le PLQ tient une manifestation contre la réforme de la loi 101.

Avec La Presse Canadienne.