(Ottawa et Montréal) Le gouvernement Trudeau n’écarte toujours pas l’option de participer à une contestation judiciaire de la loi 21, mais s’il préfère laisser le processus déjà en branle suivre son cours, c’est aussi pour éviter de donner l’impression qu’il cherche noise au gouvernement Legault. Ce dernier réitère que sa loi est tout à fait « raisonnable ».

Mis à jour le 13 déc. 2021
Mélanie Marquis
Mélanie Marquis La Presse
Henri Ouellette-Vézina
Henri Ouellette-Vézina La Presse

Le premier ministre canadien s’est défendu lundi de réagir de façon moins épidermique que certains des membres de son caucus à la réaffectation d’une enseignante voilée de 3année de Chelsea, en Outaouais. « Je me suis toujours exprimé très fortement », a-t-il martelé en marge d’une annonce à Ottawa, lundi matin.

Invité à dire pour quelle raison son gouvernement ne se saisit pas du dossier, comme le pressent de le faire certains, Justin Trudeau a répondu que « l’important, c’est de comprendre que la province a passé cette loi-là » et que « des Québécois sont en train de défendre leurs droits dans le processus judiciaire au Québec ».

Et « je pense que c’est important, dans les premières étapes, dans le travail qui se fait maintenant, de ne pas donner l’excuse d’une bataille entre Ottawa et Québec […] et de ne pas donner l’excuse au gouvernement du Québec que c’est de l’ingérence fédérale », a-t-il enchaîné en conférence de presse.

M. Trudeau a dit avoir une pensée pour les parents des enfants de cette classe de 3année « qui doivent expliquer à leurs enfants pourquoi une enseignante qu’ils aimaient, qu’ils trouvaient bien, qui faisait bien sa job […], a perdu sa job à cause de sa religion ».

L’enseignante concernée, Fatemeh Anvari, a affirmé au Ottawa Citizen qu’elle ne considérait pas le hijab comme un objet religieux. « C’est important pour moi de continuer à le porter, parce que je sais que certaines idéologies ne veulent pas que je le porte. C’est ma résistance et ma résilience », a-t-elle plaidé.

Sa réaffectation a été fustigée par plusieurs élus libéraux et conservateurs, la semaine passée.

Lisez « Une enseignante voilée retirée de sa classe »

Le ministre Marc Miller a qualifié cette décision de « lâcheté », sa collègue Alexandra Mendès, de quelque chose d’« atroce », tandis que dans les rangs conservateurs, au moins un député a demandé à Erin O’Toole de prendre position de façon plus ferme dans ce dossier.

Le Bloc s’en prend à Rae

À ces voix s’est ajoutée celle de Bob Rae, l’ambassadeur du gouvernement canadien aux Nations unies. Il a écrit dimanche sur Twitter que la loi 21 avait un « sens profondément discriminatoire » et qu’elle allait « à l’encontre de la Déclaration universelle des droits de l’homme ».

PHOTO ALAIN ROBERGE, ARCHIVES LA PRESSE

Bob Rae, ambassadeur du gouvernement canadien aux Nations unies

Outré, le chef bloquiste, Yves-François Blanchet, a demandé qu’il soit rappelé au pays.

« Le Bloc québécois dénonce fermement que l’image de la nation québécoise soit salie à l’international », a-t-il exigé, et il doit venir « expliquer de quel droit et au nom de quel privilège il utilise la plateforme de l’ONU pour contester les choix démocratiques et légitimes de l’Assemblée nationale du Québec ».

Legault défend une loi « raisonnable »

Appelé à réagir aux propos de son homologue fédéral, lundi, en marge d’une mêlée de presse à Montréal, le premier ministre François Legault a défendu la loi 21, qui a été « adoptée démocratiquement » et qui est « raisonnable », beaucoup plus qu’en France, selon lui.

« C’est une loi qui a été appuyée par deux partis, la CAQ et le PQ, qui représentent plus que la moitié des Québécois », a-t-il insisté, en rappelant que « dans la rue, à la maison », les gens sont « libres de porter ou non un signe religieux ».

« C’est beaucoup plus raisonnable qu’en France », a-t-il aussi glissé, en faisant référence au fait que la loi ne touche que les personnes en position d’autorité.

Est-ce qu’on permettrait à une enseignante d’enseigner avec un t-shirt marqué : “Je suis pour le Parti libéral” ?

Le premier ministre François Legault

M. Legault en a profité pour marteler à plusieurs reprises que le Québec doit avoir une « laïcité » et une « apparence de neutralité » dans ses institutions publiques. « J’étais content de voir Justin Trudeau dire que c’est aux Québécois de débattre entre eux », a-t-il aussi souligné, en réitérant qu’il revient aux provinces de « faire appliquer leurs lois ».

« Le Québec est une nation, et on doit respecter les choix qui ont été faits, de façon démocratique », a-t-il encore offert à ce sujet.

Un groupe de citoyens prévoit se rassembler mardi à Chelsea, petite ville de l’ouest du Québec, devant le bureau de circonscription du député caquiste de Gatineau, Robert Bussière, afin de manifester contre la Loi sur la laïcité de l’État.

Avec Marie-Eve Morasse, La Presse