(Ottawa) Le gouvernement libéral abandonne à leur sort les Afghans pris sous le joug des talibans, dénonce l’opposition, qui reproche au ministre de l’Immigration, des Réfugiés et de la Citoyenneté, Sean Fraser, de n’avoir établi aucun échéancier pour l’accueil des 40 000 réfugiés qu’a promis de recevoir le gouvernement Trudeau.

Publié le 29 nov. 2021
Mélanie Marquis
Mélanie Marquis La Presse

Le Canada n’a reçu qu’environ 4000 réfugiés depuis la chute de Kaboul, à la mi-août. Même en additionnant les quelque 1700 personnes qui ont été approuvées et qui patientent dans un pays tiers – la plupart au Pakistan – et les près de 9300 Afghans toujours dans leur pays qui ont reçu leur feu vert, on est loin du compte.

L’opposition conservatrice est montée au front lors de la période des questions en Chambre pour fustiger cette lenteur à secourir les personnes vulnérables – femmes leaders, minorités religieuses et ethniques, défenseurs des droits de l’homme – ainsi que les centaines d’interprètes qui ont servi aux côtés des Forces canadiennes pendant la mission en Afghanistan.

« Quand le gouvernement va-t-il prendre sa responsabilité au sérieux et évacuer ces gens qui sont en danger ? », s’est insurgé le député Jasraj Singh Hallan, en accusant ensuite le ministre Fraser d’imputer aux acteurs sur le terrain la responsabilité des délais dans l’exécution du plan.

Le principal intéressé n’étant pas présent, c’est son prédécesseur, Marco Mendicino, qui s’est levé pour réagir aux doléances conservatrices. Il a assuré que la promesse d’ouvrir les portes du Canada à 40 000 réfugiés afghans tenait toujours, en dépit de la situation « très difficile » à Kaboul.

Lors de la dernière campagne électorale, les libéraux avaient revu à la hausse leur cible initiale d’accueil de réfugiés de l’Afghanistan, qui est passée de 20 000 à 40 000 dans leur plateforme. Aucun échéancier précis n’a été fixé, contrairement à ce qui avait été fait en 2015 dans le cas des réfugiés syriens. Tout au plus a-t-on prévu de l’argent pour le programme (350 millions $) jusqu’à 2022-2023 dans le document.

En entrevue avec La Presse, la semaine passée, le ministre Sean Fraser a plaidé qu’en raison des défis sur le terrain, il ne voulait pas faire miroiter une date « artificielle » aux les personnes désireuses de se rendre au Canada et à leurs proches.

De l’aide humanitaire, mais pas au gouvernement

Entre-temps, le Canada continue à envoyer de l’aide humanitaire en Afghanistan, où les conditions se dégradent.

Plusieurs organisations, dont les Nations unies, préviennent de l’imminence d’une crise humanitaire grave, alors qu’une vaste majorité de la population n’a pas suffisamment à se mettre sous la dent, et que l’hiver approche.

Aucun centime n’est versé directement au régime taliban, a-t-on indiqué chez Affaires mondiales Canada.

« Le Canada ne fournit pas de financement d’aide humanitaire au gouvernement de l’Afghanistan. Le financement de l’aide humanitaire est alloué directement à des partenaires expérimentés tels que l’ONU, la Croix-Rouge et des ONG spécialisées ayant la capacité opérationnelle de répondre à ces besoins », a déclaré dans un courriel une porte-parole du ministère, Geneviève Tremblay.

Au début 2021, alors que le retrait des troupes américaines était annoncé, Ottawa a versé 27,3 millions $. À cette enveloppe s’ajoute une autre de 50 millions $ supplémentaires, annoncée en en août dernier, pour l’Afghanistan et les pays avoisinants, a ajouté la porte-parole.