(Québec) Les grands médias le déclaraient perdant dès 20 h 30 et sa rivale a même prononcé son discours de victoire. Mais ça n’a pas empêché Bruno Marchand de remporter l’élection à la mairie de Québec à l’issue d’une soirée électorale surréaliste.

Gabriel Béland
Gabriel Béland La Presse
Charles Lecavalier
Charles Lecavalier La Presse

« Quand, après 14 minutes, ç’a été [Marie-Josée Savard] élue sur les deux réseaux de télé, d’abord, je ne comprenais pas, mais on se fie à la science, on se fie à ces gens-là. Mais honnêtement, j’ai dit à l’équipe : pourquoi ce ne serait pas une course serrée ? Croyons-y jusqu’à la fin. Et ça a reviré du bon bord », s’est réjoui le chef de Québec forte et fière.

Les sondages avaient prédit une lutte serrée entre Marie-Josée Savard et Bruno Marchand. Ils ne s’étaient pas trompés. L’homme de 48 ans a récolté 32,32 % des voix, contre 31,86 % pour la dauphine de Régis Labeaume et 24,67 % pour Jean-François Gosselin.

Il l’emporte avec seulement 834 voix d’avance. Équipe Marie-Josée Savard envisage même un nouveau dépouillement et n’avait pas concédé la victoire tard en soirée.

Les premières boîtes de scrutin ouvertes dimanche soir donnaient toutefois une avance confortable à Mme Savard. Tôt dans la soirée, vers 20 h 30, Radio-Canada lui a donné la victoire. Les autres grands médias ont suivi.

Elle avait alors 37 % des votes, contre 26 % pour M. Marchand. À un moment, elle avait une avance de plus de 4000 voix.

À 21 h 20, Mme Savard a livré un discours de victoire. « Mme Savard a été déclarée élue à 20 h 30 par tous les médias. Évidemment, son discours a été flamboyant. Elle était mairesse de Québec », a expliqué son directeur de campagne, Patrice Drouin, encore sous le choc.

Mais le portrait a commencé à changer. L’écart s’est mis à rétrécir avec chaque boîte de scrutin ouverte. À l’Impérial Bell, une salle de spectacles du centre-ville où Équipe Marie-Josée Savard s’était réunie, l’ambiance d’abord survoltée s’est éteinte.

Lorsque Bruno Marchand a finalement pris la première place à 22 h 43, ses partisans réunis au Manège militaire ont crié leur joie.

PHOTO JACQUES BOISSINOT, LA PRESSE CANADIENNE

Partisans de Bruno Marchand et de Québec forte et fière

« Rappelons-nous qu’il y a presque un an, on était à 1 %. Un chef à peu près inconnu du grand public, même pas connu du maire en place. Et il y avait une pandémie », a lancé M. Marchand. Il a recommandé à la blague à ses partisans, qui ont vécu des montagnes russes d’émotions, d’aller faire tester leur pression artérielle.

Quel avenir politique pour Savard ?

Le gain de M. Marchand est d’autant plus éclatant qu’il était crédité de seulement 13 % des voix dans un sondage en juin dernier. Son parti, Québec forte et fière, a été créé de toutes pièces avant les élections.

Sa victoire a des airs de 2007, quand Régis Labeaume était sorti de l’obscurité pour enlever la mairie. C’était le début d’un règne sans conteste de 14 ans à l’hôtel de ville.

À moins d’être déclarée mairesse à l’issue d’un nouveau dépouillement, Marie-Josée Savard ne siégera pas à l’hôtel de ville. Elle n’avait pas de colistier. Elle ne s’est pas adressée aux médias après la remontée de son adversaire. Elle le fera probablement lundi, selon M. Drouin.

La population est toutefois restée fidèle en grande partie aux anciens conseillers de M. Labeaume. Équipe Marie Josée-Savard a remporté 10 districts, contre 6 pour Québec forte et fière et 4 pour Québec 21.

PHOTO YAN DOUBLET, LE SOLEIL

Bruno Marchand, nouveau maire de Québec

Si on fait de la politique partisane dans un conseil minoritaire, on n’y arrivera pas.

Bruno Marchand, nouveau maire de Québec

Le nouveau parti progressiste et écologiste Transition Québec a fait élire la colistière de sa chef, Jackie Smith, dans Limoilou. Jean Rousseau a quant à lui reçu 3,9 % des suffrages, et n’a fait élire aucun conseiller.

Jean-François Gosselin, chef sortant de l’opposition, voulait faire de ce scrutin un référendum sur le projet de tramway. Mais son projet de métro léger n’a pas paru convaincre l’électorat.

Rappelons que Bruno Marchand, tout comme Marie-Josée Savard, est en faveur du tramway.

M. Gosselin a annoncé après le scrutin qu’il délaissait son poste de chef de Québec 21. Son résultat est un peu inférieur à celui de 2017, alors qu’il avait obtenu 27 %.

Qui est Bruno Marchand ?

Avant de sauter en politique, ce natif de Limoilou s’est fait connaître comme PDG de Centraide Québec. Il a aussi œuvré au cégep de Sainte-Foy et au Centre de prévention du suicide de Québec. Le père de deux enfants était relativement inconnu du grand public au moment d’annoncer sa candidature, au printemps dernier. Son parti, Québec forte et fière, a été créé dans les derniers mois. C’est pourtant celui qui a réussi à amasser le plus de dons dans la dernière année, même devant Équipe Marie-Josée Savard, la réincarnation d’Équipe Labeaume.

Un troisième mandat pour Lehouillier à Lévis

Le maire sortant de Lévis a été réélu sans difficulté. Gilles Lehouillier récoltait 73,6 % des voix au moment de publier. Son parti, Lévis Force 10, était en voie de ravir 14 des 15 postes de conseillers de la septième ville du Québec pour la population. Le nouveau parti Repensons Lévis, qui se voulait une solution de rechange progressiste à la formation du maire sortant, était en avance dans un district. Son chef, Elhadji Mamadou Diarra, a recueilli 20,7 % des voix. Gilles Lehouillier jouit d’une popularité importante auprès de ses électeurs. Cet ancien député libéral avait obtenu 92 % des voix aux élections municipales de 2017.