(Québec) Le gouvernement Legault estime qu’Hydro-Québec et son partenaire Central Maine Power peuvent poursuivre la construction d’une ligne de transport d’électricité vers le Massachusetts malgré la défaite référendaire subie hier.

Publié le 3 nov. 2021
Charles Lecavalier
Charles Lecavalier La Presse

« Légalement, on pense qu’on peut aller de l’avant », a indiqué le ministre de l’Énergie, Jonatan Julien, mercredi lors d’un échange au Salon bleu. En mêlée de presse au matin, il était encore plus frondeur. « Le projet doit aller de l’avant parce qu’on avait toutes les autorisations pour le faire. On ne démobilise pas les ressources. On est sur le terrain et on travaille », a-t-il dit.

De son côté, le premier ministre François Legault, dans une mêlée de presse en marge de la COP26 en Écosse, a affirmé que son gouvernement « savait que le référendum serait serré » et que le Québec « a effectivement un plan B ».

La veille, Hydro-Québec et son partenaire Central Maine Power ont subi une défaite cinglante aux mains des opposants au projet énergétique qui permettrait d’alimenter les consommateurs de Boston en passant par le Maine. Les conséquences sont importantes : ces ventes d’électricité rapporteraient au Québec une dizaine de milliards de dollars sur 20 ans.

Mais près de 60 % des citoyens du Maine s’y sont opposés de façon rétroactive. C’est ce qui dérange le gouvernement du Québec, puisque la construction est commencée depuis janvier 2020, et le partenaire d’Hydro-Québec a déjà dépensé 400 millions US pour faire avancer le projet, dont le coût total est estimé à 1 milliard US.

Le ministre souligne que le projet a obtenu toutes les autorisations nécessaires, dont une autorisation présidentielle et des autorisations du département de l’Énergie des États-Unis.

Un référendum qui vient prendre une position et qui vient défaire de manière rétroactive tous les permis qu’on a obtenus avec notre partenaire, on trouve ça particulier et on va valider toutes les options juridiques.

Jonatan Julien

M. Julien s’est questionné à voix haute sur la valeur du référendum. « C’est ce qu’on est en train d’analyser avec les équipes juridiques. On va regarder ça attentivement. Comme investisseur, comme partie prenante dans un projet, rétroactivement, alors qu’on avait tout ce qu’il fallait pour le faire, on s’interroge fortement », a-t-il dit.

Échec de Legault

Au matin, le Parti libéral s’en est pris au leadership du premier ministre Legault. « Ce qui s’est produit, hier, évidemment, c’est un échec. C’est un échec pour tous les Québécois, puis c’est un échec également, de façon très claire, pour François Legault », a dénoncé le député Pierre Arcand, qui a déjà occupé les fonctions de ministre de l’Énergie.

« François Legault est à Glasgow, il est en train de vanter sa batterie verte. […] M. Legault n’a pas été capable de faire d’entente avec l’Ontario. Il y avait un article, la semaine dernière, de la présidente d’Hydro-Québec, sur la ligne new-yorkaise, comme quoi il y avait encore de nombreux défis au sujet de la ligne new-yorkaise. Et là, on a un référendum qui est tout à fait négatif à l’endroit du Québec. Alors, c’est vraiment une triste situation », a-t-il déploré.

De son côté, Québec solidaire croit qu’il faut prendre acte du résultat du référendum, même si la réponse des Mainois ne fait pas l’affaire du Québec. « Ce n’est pas la décision qu’on souhaitait. Je pense, tout le monde est déçu aujourd’hui. En même temps, il faut respecter le processus démocratique », a dit Gabriel Nadeau-Dubois.

Il souligne toutefois que si « la législation là-bas permet d’autres recours », Hydro-Québec doit les envisager. « Mais il y a une décision, pour le moment, démocratique qui a été prise, il faut en prendre acte », a-t-il dit.

Batterie verte en péril

Le chef parlementaire du Parti québécois, Joël Arsenault, ne croit pas qu’il faut blâmer la Coalition avenir Québec pour l’échec référendaire. « J’ai de la difficulté à voir le lien entre les résultats d’un référendum qui s’est tenu dans un État voisin des États-Unis et la responsabilité personnelle du premier ministre. Je pense que dans une situation comme celle-là, on doit être solidaire d’Hydro-Québec. […] Je trouve ça court », a-t-il dit.

Il croit toutefois que M. Legault doit réaliser que son projet de « batterie verte » ne le dédouane pas de trouver des solutions pour réduire les émissions de GES au Québec. « Ça veut dire que le premier ministre, lui, peut se dire maintenant : mon projet de transition juste, ça se limite à l’idée d’une batterie verte qui est amputée ? Je ne pense pas, c’est ce que je disais tout à l’heure. Là où j’attends davantage de la part du premier ministre, c’est qu’il élargisse ses horizons au-delà de l’exportation de l’énergie », a-t-il dit.