(Québec) La cheffe du Parti libéral du Québec, Dominique Anglade, a montré la porte à sa députée Marie Montpetit, lundi. En entrevue, elle a également soutenu que Gaétan Barrette n’avait pas fait jusqu’ici la démonstration qu’il avait le comportement requis pour faire partie de son équipe de candidats aux prochaines élections.

Mis à jour le 2 nov. 2021
Tommy Chouinard
Tommy Chouinard La Presse

L’élue dans Maurice-Richard est exclue du caucus libéral à la suite de « nouvelles informations préoccupantes » obtenues par le parti et alimentant les allégations de harcèlement psychologique et d’intimidation contre la députée.

La Presse a révélé lundi que Mme Anglade avait reçu une plainte écrite de harcèlement psychologique visant Mme Montpetit, en plus d’avoir été mise au courant d’allégations de même nature à son sujet.

Ces informations, dont la cheffe a pris connaissance jeudi, expliquent en partie sa décision subite, samedi, de retirer à Mme Montpetit son poste de porte-parole en matière de santé. Cette décision ne s’explique donc pas seulement par la controverse de la semaine dernière, le fameux tweet de la députée de Maurice-Richard qui critiquait l’attitude de son collègue Gaétan Barrette – ce dernier a perdu lui aussi ses responsabilités dans l’affaire.

Témoignages de harcèlement

La Presse a recueilli les témoignages de quatre personnes alléguant que Marie Montpetit les a harcelées psychologiquement. Il s’agit d’employés politiques qui ont travaillé avec elle dans l’opposition, mais aussi au moment où elle était ministre de la Culture et des Communications à la fin du mandat du gouvernement Couillard. Une autre source a confirmé que les autorités du parti avaient été informées de comportements répréhensibles et de paroles inacceptables de la part de la députée à l’égard du personnel politique au cours des derniers mois. Ces personnes ont requis l’anonymat par crainte de représailles ou de peur de nuire à leur carrière.

Selon les témoignages, Mme Montpetit aurait, par exemple, dénigré des employés, les aurait traités d’incompétents, leur aurait crié par la tête et leur aurait adressé la parole en sacrant. Il s’agirait d’actes répétés et non d’incidents isolés, toujours d’après les sources consultées.

Quelques heures avant de prendre la décision d’exclure Mme Montpetit du caucus libéral, Dominique Anglade a affirmé à La Presse qu’elle recevait « chaque heure » des informations supplémentaires concernant la députée de Maurice-Richard et que « la situation était extrêmement sérieuse ». Elle disait déjà que l’expulsion était « une option sur la table ».

Je veux que le message soit clair et compris de tous […] que c’est tolérance zéro pour tout ce qui n’est pas sain.

Dominique Anglade, cheffe du Parti libéral du Québec

En milieu d’après-midi, à la demande de la cheffe, le président du caucus, Pierre Arcand, a demandé à Mme Montpetit de se retirer du caucus. Si elle ne le fait pas, elle sera expulsée. Bref, quoi qu’il en soit, elle est maintenant exclue du caucus. La députée a décliné une demande d’entrevue.

Dominique Anglade a reconnu qu’elle avait déjà été informée d’allégations au sujet de Mme Montpetit au cours des derniers mois, de « paroles inacceptables » que la députée avait tenues et qui « nécessitaient des interventions ». « Chaque fois que j’ai été mise au courant de quelque chose, chaque fois, il y a eu des suivis qui ont été faits », a-t-elle soutenu. « J’ai agi chaque fois. » Elle n’a pas détaillé les mesures prises à l’époque, se contentant de généralités. « On s’assoit avec les gens, on essaie de régler le conflit, on essaie de trouver des solutions. Et on voit comment les choses évoluent. »

Gaétan Barrette

Par ailleurs, Dominique Anglade soutient que le député de La Pinière, Gaétan Barrette, n’a pas fait jusqu’ici la démonstration qu’il avait le comportement requis pour être candidat aux élections générales, dans un peu moins d’un an.

Au sein du parti, elle veut des personnes qui « ont envie de collaborer » et « sont capables de travailler en équipe », a-t-elle répondu lorsqu’on lui a demandé si elle avait le goût que M. Barrette soit à ses côtés aux élections. « C’est le comportement que je veux voir », a-t-elle insisté. « Je viens juste de mettre des sanctions cette semaine » contre M. Barrette, « alors ça donne un peu le ton ». « Il n’y aurait pas eu de sanction si la démonstration avait été faite » par M. Barrette qu’il avait le comportement souhaité.

Après des propos équivoques de la cheffe libérale au micro de Paul Arcand au 98,5 FM en matinée, Gaétan Barrette a écrit sur Twitter qu’il se sentait « obligé » d’indiquer publiquement que Mme Anglade ne l’avait informé « d’aucune plainte/allégation de problèmes relationnels envers le personnel » à son sujet. « Ce qu’il dit est vrai et en aucun cas, je n’ai voulu insinuer quoi que ce soit », a expliqué la cheffe à La Presse. Elle ne lui en veut pas pour ce tweet. « S’il fait clarifier les choses, je n’ai pas d’enjeu avec ça. »