Le projet d’usine de biométhanisation refait surface dans la campagne municipale à Laval. Alors que la Ville n’a pas encore trouvé de soumissionnaire, un candidat à la mairie estime pouvoir économiser 80 millions sur le montage financier. Certes « séduisant », son calcul est toutefois « simpliste », rétorquent ses adversaires.

Henri Ouellette-Vézina
Henri Ouellette-Vézina La Presse

« Depuis le début, ce dossier-là, ça sonne faux à mes oreilles », lâche le chef du parti Laval Citoyens et candidat à la mairie Michel Poissant, en entrevue avec La Presse.

Il affirme que le projet de biométhanisation de Laval prendra en charge 80 000 tonnes de matières résiduelles, mais que seulement le côté compostage résidentiel fera l’objet d’une subvention, évaluée à environ 60 millions. « On parle d’un coût estimé de 200 millions, donc avec une subvention de 60 millions, le coût pour les Lavallois serait de 140 millions », observe-t-il.

Il existe d’autres solutions, dit M. Poissant, qui veut miser sur un partenariat avec une société d’économie mixte comme on l’a fait à Varennes avec la Société d’économie mixte de l’est de la couronne sud (SEMECS).

PHOTO MARCO CAMPANOZZI, ARCHIVES LA PRESSE

Michel Poissant, chef du parti Laval Citoyens et candidat à la mairie de Laval

Avec ce modèle, M. Poissant estime que le coût net serait plutôt de 120 millions, tandis que la subvention gouvernementale de 60 millions resterait inchangée.

Le coût net de l’usine pour les contribuables serait alors de 60 millions, soit 80 millions de moins, dit M. Poissant. Il promet d’investir ces millions en plus dans la protection de milieux naturels, le logement social et la lutte contre l’itinérance.

Or, pour le chef du Mouvement lavallois et candidat à la mairie Stéphane Boyer, l’intervention de M. Poissant démontre justement qu’« il ne maîtrise pas le dossier ». « L’usine de biométhanisation ne vise pas à traiter 80 000 tonnes de matières résiduelles à un coût de 200 millions. Elle vise plutôt à traiter 145 000 tonnes de matières résiduelles et de boues municipales pour 200 millions. On ne peut donc pas comparer directement le prix de l’usine de Laval à celui de l’usine de Varennes », assure-t-il d’emblée.

« Trop simpliste »

Pour le chef de l’opposition officielle sortant et chef du Parti Laval, Michel Trottier, le calcul que fait M. Poissant est « séduisant, mais bien évidemment beaucoup trop simpliste », car il ne prend pas en compte « la situation lavalloise ».

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Michel Trottier, chef de l’opposition officielle sortant et chef du Parti Laval

L’idée de faire affaire avec d’autres municipalités et des partenaires privés-publics mérite d’être considérée, mais il est important de se montrer prudent lorsqu’on tente de reproduire des modèles de partenariat dans des environnements complètement différents.

Michel Trottier, chef de l’opposition officielle sortant et chef du Parti Laval

Selon M. Trottier, des questions se posent « quand on intègre des éléments de rentabilité propres à l’entreprise privée dans un contexte de gestion des matières résiduelles ». « Ce n’est pas nécessairement une mauvaise idée, mais [on doit avoir] la rigueur d’analyser en profondeur et soupeser les pour et les contre avant de se positionner quant à un enjeu, le cas échéant, le contrat potentiellement le plus important à jamais être octroyé par la Ville de Laval », insiste-t-il encore.

Il reste que les deux hommes s’accordent sur une chose : le projet d’usine de biométhanisation démontre « l’incapacité de l’administration Demers-Boyer à mener à terme ses idées de grandeur ».

Stéphane Boyer rappelle que l’administration Demers, dont il est le successeur, « a déjà réalisé une étude qui a conclu qu’un partenariat avec le privé serait moins dispendieux à court terme, mais plus cher pour les coûts d’opération de l’usine ».

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Stéphane Boyer, chef du Mouvement lavallois et candidat à la mairie de Laval

Ce n’était pas une option rentable.

Stéphane Boyer, chef du Mouvement lavallois et candidat à la mairie de Laval. à propos d’un partenariat avec le privé

« Un autre élément que M. Poissant évacue, c’est que le modèle d’affaires lavallois est basé sur la génération de revenus par le biais de deux sources. D’abord, par la production et la vente de gaz naturel, puis, par la construction d’une infrastructure qui sera en mesure d’accueillir les matières d’autres villes à proximité », estime Stéphane Boyer, qui rappelle que son administration a l’intention de « conserver l’ensemble des crédits carbone liés à l’usine » pour atteindre le statut de carboneutralité.

Quant à l’absence de soumissionnaires, M. Boyer le justifie par le fait que le projet « arrive dans un moment de surchauffe du marché de la construction avec une pénurie de main-d’œuvre et une augmentation importante des coûts des matériaux ». « Un premier appel d’offres a dû être annulé en raison de l’absence de soumissionnaires. La Ville travaille actuellement sur des moyens de faire des modifications au projet pour réaliser un nouvel appel d’offres. Les experts sont déjà à l’ouvrage », conclut-il.

L’équipe Action Laval de Sophie Trottier n’a pas donné suite à nos questions sur le projet d’usine de biométhanisation, lorsqu’elle a été appelée à réagir. Le parti avait soutenu l’été dernier qu’il était « inconcevable que la troisième plus grande ville au Québec soit incapable de gérer un projet environnemental ».