(Québec) Avec la quatrième vague qui enfle, la pandémie de COVID-19 occupera une place plus grande que prévu dans la gestion du gouvernement Legault, en ce retour à l’Assemblée nationale à compter de mardi. Mais il y a bien plus au menu. Une pénurie de main-d’œuvre est d’ailleurs en train de devenir pandémique dans plusieurs services publics. Ce qui compromet la réalisation de promesses électorales du gouvernement, à un an des élections. Aperçu des enjeux de la session parlementaire.

Tommy Chouinard
Tommy Chouinard La Presse

Témoin rouge

PHOTO JACQUES BOISSINOT, ARCHIVES LA PRESSE CANADIENNE

Francois Legault, premier ministre du Québec

Un témoin rouge est allumé sur le tableau de bord du gouvernement : la pénurie de main-d’œuvre est criante dans le réseau public. Il manque d’infirmières, d’éducatrices, d’enseignants, d’intervenants en santé mentale et à la DPJ. C’est une menace à la réalisation de certaines promesses électorales et à la mise en œuvre de plans annoncés par le gouvernement, pour réduire les listes d’attente, entre autres. Les partis de l’opposition auront du grain à moudre sur le sujet. Le premier ministre François Legault devait annoncer vendredi, en compagnie des ministres Danielle McCann (Enseignement supérieur) et Jean Boulet (Travail), la mise en place d’une équipe pour trouver des moyens de lutter contre cette pénurie. Mais en raison du débat des chefs en anglais, il a choisi de reporter l’opération, de privilégier une sortie au sujet de l’« attaque contre le Québec » survenue au cours du débat des chefs fédéraux jeudi dernier. Ce n’est que partie remise, car le gouvernement est bien conscient qu’il aura fort à faire pour contrer cette pénurie. Plusieurs rencontres en haut lieu se sont tenues autour de cet enjeu au cours des deux dernières semaines. On veut s’inspirer de l’opération pour former et embaucher des milliers de préposés aux bénéficiaires, mais la tâche sera plus complexe en raison des programmes de formation des différentes professions en cause.

Des négociations difficiles

PHOTO CATHERINE LEFEBVRE, ARCHIVES COLLABORATION SPÉCIALE

Sonia LeBel, présidente du Conseil du trésor

Après s’être entendue avec plusieurs groupes d’employés de l’État, la présidente du Conseil du trésor, Sonia LeBel, a du fil à retordre avec les éducatrices en CPE. Leurs syndicats sont en train de se doter de mandats de grève, estimant que l’offre du gouvernement est insuffisante (6 % en trois ans, augmentation supplémentaire de 6 % pour les éducatrices qualifiées, une autre de 5 % pour celles qui travaillent 40 heures ou plus par semaine). Des négociations sur un autre front vont retenir l’attention cet automne, celles avec les médecins de famille. Le gouvernement Legault veut revoir leur mode de rémunération afin d’améliorer l’accès aux services. Il n’a pas respecté ses engagements électoraux jusqu’ici : permettre à tout Québécois d’avoir un médecin de famille et obtenir une consultation médicale dans un délai maximal de 36 heures. D’ailleurs, au sein du caucus de la CAQ, deux sujets dominent les préoccupations des députés : le manque de places en garderie et l’accès aux médecins de famille.

Réforme très attendue des services de garde

PHOTO EDOUARD PLANTE-FRÉCHETTE, ARCHIVES LA PRESSE

Mathieu Lacombe, ministre de la Famille

Le gouvernement Legault n’a pas créé toutes les nouvelles places promises dans les CPE jusqu’ici. Et pendant ce temps, le nombre de places dans les services de garde en milieu familial a chuté. Résultat : 50 000 enfants sont inscrits au guichet unique d’accès à une place (Place 0-5), une liste d’attente plus longue que jamais. Le ministre de la Famille, Mathieu Lacombe, présentera une réforme du réseau de services de garde pour redresser la barre. Au menu : révision des politiques d’admission des CPE, refonte du processus d’appels de projets, attribution de pouvoirs accrus au Ministère lui permettant de faire avancer lui-même des projets, remise en question du guichet unique, jugé déficient… Québec ambitionne de « compléter » le réseau de services de garde au cours des prochaines années, estimant à 37 000 le nombre de nouvelles places qu’il faudrait créer pour répondre aux besoins. Une question viendra le hanter : c’est bien joli, annoncer des places, mais y aura-t-il des éducatrices en nombre suffisant pour s’occuper des enfants ?

Débat sur la réforme de la loi 101

PHOTO JACQUES BOISSINOT, ARCHIVES LA PRESSE CANADIENNE

Simon Jolin-Barrette, ministre de la Justice et ministre responsable de la Langue française

La réforme de la loi 101 du ministre Simon Jolin-Barrette sera soumise à une consultation en commission parlementaire à compter de la semaine prochaine. Une cinquantaine de groupes et d’experts seront entendus. Le ministre s’est montré disposé à amender son projet de loi 96, mais il a la ferme intention de maintenir sa position sur les cégeps : il n’est pas question de les assujettir à la loi 101. Il veut plutôt geler la proportion d’élèves francophones dans le réseau collégial anglophone. Le projet de loi 96 vise également à inscrire dans la Constitution canadienne que le français est « la seule langue officielle du Québec » et « la langue commune de la nation québécoise ». Il prévoit un renforcement des mesures sur l’usage du français dans les milieux de travail et les commerces ainsi que la création d’un poste de Commissaire à la langue française, entre autres. Simon Jolin-Barrette a d’autres fers au feu : il déposera un projet de loi pour créer un tribunal spécialisé en matière de violence sexuelle et conjugale. Il s’attaquera à la réforme du droit de la famille en déposant un autre projet de loi pour encadrer le recours aux mères porteuses.

Relance plus forte, coffres mieux garnis

PHOTO JACQUES BOISSINOT, ARCHIVES LA PRESSE CANADIENNE

Eric Girard, ministre des Finances

Les ministres Eric Girard (Finances) et Pierre Fitzgibbon (Économie) sont ravis : la relance économique est plus forte que prévu. Cette réalité se répercute dans les coffres de l’État. Le déficit pour 2021-2022 est en voie d’être beaucoup moins élevé qu’anticipé si la tendance des premiers mois de l’exercice financier se maintient. Selon les statistiques du ministère des Finances, le déficit après deux mois était de 640 millions, ce qui donnerait un déficit annuel de près de 4 milliards si l’on extrapole. Or, Québec a prévu un déficit de 12 milliards dans son budget déposé en mars. On a assisté à un scénario semblable à celui de l’an dernier, alors que les prévisions laissaient entrevoir un déficit de 15 milliards qui s’est chiffré en réalité à 10 milliards. Le gouvernement travaille sur un plan visant à mettre en priorité certains secteurs dans le cadre de la relance économique. Deux industries peinent à se relever, observe-t-on : l’hôtellerie et la restauration. Eric Girard a cet enjeu en tête en prévision de la traditionnelle mise à jour budgétaire.

Les devoirs de Jean-François Roberge

PHOTO GRAHAM HUGHES, ARCHIVES LA PRESSE CANADIENNE

Jean-François Roberge, ministre de l’Éducation

Le gouvernement parviendra-t-il à installer comme promis des lecteurs de dioxyde de carbone (CO2) dans toutes les classes d’ici la fin de l’année ? Talonné sans relâche par l’opposition, le ministre de l’Éducation, Jean-François Roberge, a une obligation de résultat. Déjà que les autres partis critiquent le fait que les tests rapides de dépistage ne sont pas déployés partout dans le réseau scolaire. Il y a beaucoup plus sur la table de travail du ministre. Il doit déposer un projet de loi pour renforcer le rôle du Protecteur de l’élève, un poste méconnu qui existe dans chaque centre de services scolaire. Le Protecteur de l’élève reçoit des plaintes de parents, au sujet de l’accessibilité aux services et de l’intimidation, par exemple. Le manque d’indépendance du Protecteur, nommé par le centre de services scolaire, et la complexité du processus de plaintes ont été dénoncés dans plusieurs rapports. Jean-François Roberge présentera également les grandes lignes de la refonte complète du cours d’éthique et de culture religieuse (ECR). Le nouveau programme abordera d’autres thèmes comme la démocratie, la citoyenneté numérique, la lutte contre le racisme et l’éducation à la sexualité.

Les suites de la commission Laurent

PHOTO YAN DOUBLET, ARCHIVES LE SOLEIL

Lionel Carmant, ministre délégué à la Santé et 
aux Services sociaux

Québec donnera suite aux recommandations de la commission Laurent sur la direction de la protection de la jeunesse (DPJ). Le ministre délégué à la Santé et aux Services sociaux, Lionel Carmant, réformera en profondeur la loi. Son objectif est de faire primer le bien-être de l’enfant et de remettre en question la priorité accordée actuellement à son maintien dans sa famille biologique. Québec va revoir deux articles contradictoires de la loi. L’article 3 indique que « les décisions prises […] doivent l’être dans l’intérêt de l’enfant et dans le respect de ses droits ». Mais en vertu de l’article 4, « toute décision prise en vertu de la présente loi doit tendre à maintenir l’enfant dans son milieu familial ». La loi impose aux parents des délais maximaux – d’un an à deux ans en fonction de l’âge de l’enfant – pour se reprendre en main et retrouver la garde de leur progéniture. Or, ces délais sont souvent dépassés, ce qui devra être corrigé. Québec veut toujours donner la possibilité aux parents de s’amender et leur offrir de l’aide pour y arriver, mais il ne veut plus que les enfants soient ballottés d’un milieu à l’autre à répétition.

Pandémie : c’est l’heure de la remise des bulletins

Le gouvernement Legault recevra ses bulletins sur sa gestion de la pandémie. Le Protecteur du citoyen déposera son rapport sur l’hécatombe dans les CHSLD au cours de l’automne. La commissaire à la santé et au bien-être, Joanne Castonguay, présentera son rapport final sur la performance du réseau de la santé lors de la première vague. Dans un récent rapport d’étape, elle a dénoncé des problèmes dans la gouvernance. Il y aura également un rapport du Bureau du coroner, qui poursuit ses audiences publiques sur des décès survenus dans les CHSLD et d’autres milieux d’hébergement pour aînés.

Le plan de l’opposition à un an des élections

De retour en Chambre, les trois partis de l’opposition amorcent l’année préélectorale avec l’intention ferme de se démarquer. Souvent privés de projecteurs depuis le début de la pandémie, ils comptent chacun à leur façon retenir l’attention. Et mettre en relief des faiblesses du gouvernement Legault.

Parti libéral du Québec – Le défi du changement

PHOTO JACQUES BOISSINOT, ARCHIVES LA PRESSE CANADIENNE

Dominique Anglade, cheffe du Parti libéral du Québec

La cheffe libérale Dominique Anglade a devant elle un double défi : celui d’insuffler un vent de changement au sein de sa formation et celui de se démarquer du gouvernement Legault, toujours très populaire. La cheffe de l’opposition officielle tentera d’incarner le progrès et l’avenir. Des joueurs de la relève comme Marwah Rizqy, Marie Montpetit et André Fortin seront mis de l’avant alors que de nombreux départs sont probables chez les vétérans. Lise Thériault a été la première à annoncer qu’elle ne solliciterait pas de nouveau mandat en 2022. Les députés Pierre Arcand, Christine St-Pierre, Nicole Ménard, Hélène David, Carlos Leitão et Gaétan Barrette laissent planer le doute quant à leur avenir politique. Kathleen Weil a confirmé être en réflexion. Certains départs pourraient donc libérer d’importants bastions libéraux et permettre à la cheffe d’apporter du sang neuf dans ses rangs. Dominique Anglade doit faire bouger l’aiguille des sondages avant Noël pour espérer une bonne lutte électorale, selon les stratèges libéraux. La famille et l’environnement seront deux thèmes phares de l’automne. Le Parti libéral a pris l’engagement d’offrir une place subventionnée en garderie à tous les parents québécois d’ici cinq ans, rompant ainsi avec le gouvernement Couillard qui avait instauré une réforme de la tarification des services de garde en fonction du revenu des parents. Mme Anglade cherche d’ailleurs à se distancier des politiques de ses prédécesseurs. Sa formation doit aussi proposer ses amendements au projet de loi 96 sur la protection de la langue française.

Québec solidaire – Nadeau-Dubois face à Legault

PHOTO JACQUES BOISSINOT, ARCHIVES LA PRESSE CANADIENNE

Cet automne, Gabriel Nadeau-Dubois sera le chef parlementaire de Québec solidaire.

Du nouveau à Québec solidaire : Gabriel Nadeau-Dubois est maintenant chef parlementaire, alors que Manon Massé lui a cédé sa place. C’est désormais le député de Gouin qui fera face au premier ministre François Legault lors de la période des questions à l’Assemblée nationale. Et c’est lui qui, dans un an, sera sur l’arène au débat des chefs. Le thème de prédilection pour l’automne ? L’environnement. Québec solidaire avait monté toute une opération sur « l’urgence climatique » en 2019, menaçant le gouvernement de faire un « blocage parlementaire » l’année suivante s’il ne faisait pas plus en la matière. La pandémie a mis le tout sur pause, évidemment. Le parti de gauche veut remettre au goût du jour le thème de l’environnement et compte en parler chaque semaine. Dès la rentrée, il déposera un projet de loi anti-oléoduc, visant à interdire l’exploration et l’exploitation des hydrocarbures au Québec. Il faudra voir si le parti parvient à tourner la page sur le conflit interne avec son collectif antiraciste décolonial, réprimandé en conseil national pour avoir créé un « climat toxique » au sein du parti. Un congrès aura lieu cet automne.

Parti québécois – Contre le clivage « toxique » du débat

PHOTO EDOUARD PLANTE-FRÉCHETTE, ARCHIVES LA PRESSE

Paul St-Pierre Plamondon, chef du Parti québécois, et le député Joël Arseneau, chef parlementaire du PQ

Le chef du Parti québécois, Paul St-Pierre Plamondon, dénonce un clivage de l’opinion publique sur les grands enjeux entourant la gestion de la pandémie. Face aux partis « les plus polarisés qui bénéficient de ce genre d’approche toxique pour le climat social », il misera cet automne sur un « dialogue authentique », plutôt que la « menace », dit-il. Selon le chef péquiste, cette façon de faire que son équipe déploiera au Salon bleu sous le leadership du chef parlementaire Joël Arseneau – M. St-Pierre Plamondon n’étant pas député – permettra au parti de remonter la pente dans les intentions de vote. La Presse a révélé la semaine dernière les résultats d’un sondage réalisé par Synopsis Recherche Marketing et commandé par la CAQ, qui estime que le PQ ferme les rangs dans les intentions de vote avec le même niveau d’appui (9 %) que le Parti conservateur d’Éric Duhaime pour l’ensemble de l’électorat. Au Salon bleu comme à l’extérieur, le Parti québécois de Paul St-Pierre Plamondon sera « dynamique et énergique » ; il parlera de protection du français, d’environnement, et « évidemment » de l’indépendance. Le chef péquiste cite l’exemple du débat en anglais de la campagne électorale fédérale pour montrer « à quel point on est méprisé et qu’on n’a pas notre place dans le Canada ». Le parti tiendra cet automne un congrès qui lancera le début de la dernière étape vers les élections québécoises de l’automne 2022.

Avec Fanny Lévesque et Hugo Pilon-Larose, La Presse