Les derniers mois ont été éprouvants. Mais au-delà de la COVID-19 et des trop nombreux drames qui ont secoué le Québec, du beau a réussi à se faire une place. La Presse vous raconte quatre histoires de personnes d’exception qui ont marqué leur communauté et leur député.

Hugo Pilon-Larose
Hugo Pilon-Larose La Presse

Les commerçants, les travailleurs et les badauds qui marchent à l’angle de l’avenue du Mont-Royal et de la rue Saint-Denis ont croisé, un jour ou l’autre, Jean-Pierre Lauzon. Un poète itinérant, marginal au grand cœur, qui s’est éteint en mars dernier après avoir marqué son quartier, qui lui rend hommage.

Dans une campagne de sociofinancement présentée par l’artiste Etienne Martin, pour donner un coup de pouce à l’organisme Ma chambre, qui accompagnait « JP » Lauzon en matière de logement, on présente l’homme comme le « Cyrano des pauvres, notre Nelligan sans argent, mendiant en échange d’une rime, d’une prose, d’une cig ou d’une pause ».

Au bureau de la députée de la circonscription de Mercier, Ruba Ghazal, les cœurs sont lourds. Car ses pauses de la rue, Jean-Pierre Lauzon les prenait souvent devant son ami, l’attaché politique Gautier Langevin.

C’est comme si tu avais perdu un membre de ta famille. Tu étais comme son fils spirituel, ou c’est lui qui était ton fils spirituel. On ne le savait plus parfois.

La députée Ruba Ghazal, en s’adressant à son attaché politique Gautier Langevin

« Jean-Pierre, il avait la capacité extraordinaire de venir te prendre par les émotions et de ne pas te lâcher, répond-il. C’était un être vraiment spécial qui n’était vraiment pas fait pour le monde dans lequel il vivait. C’était très frustrant d’avoir pleinement conscience qu’on ne pourrait jamais vraiment l’aider, parce que ce qu’il demandait, c’était d’avoir un univers qui lui ressemblait. Mais cet univers n’existe pas. »

Un impact même après sa mort

Pendant sa vie et même depuis sa mort, Jean-Pierre Lauzon a alimenté les réflexions sur la question complexe de l’itinérance. C’est en pensant à lui que l’équipe de la députée travaille ces jours-ci sur cet enjeu, qui a plus que jamais fait les manchettes depuis le début de la pandémie.

Julien Landry-Martineau est intervenant communautaire à Ma chambre. L’organisme, qui a 10 bâtiments et 225 logements dans les arrondissements du Plateau-Mont-Royal et de Ville-Marie, à Montréal, aide les personnes vivant en situation financière précaire en matière de logement.

« Tout le monde parle de Jean-Pierre comme d’un itinérant, mais il faudrait qu’on définisse ce qu’est un itinérant, parce que Jean-Pierre n’était plus itinérant depuis cinq ans. Je pense que Jean-Pierre nous prouve que l’itinérance transcende le simple fait de se loger. Parfois, tu peux sortir le gars de la rue, mais tu ne peux pas sortir la rue du gars », affirme-t-il.

Jean-Pierre avait amené l’itinérance dans son logement.

Gautier Langevin, attaché politique de Ruba Ghazal

Les deux hommes conviennent qu’on ne réglera pas la question de l’itinérance en « parquant » les sans-abri sous un toit. « Même si je donne un logement à tout le monde, ça ne mettra pas fin à l’itinérance. La preuve, c’est que Jean-Pierre était parqué dans un logement depuis cinq ans et qu’il était toujours itinérant », explique M. Landry-Martineau.

« Quel est le drame derrière l’histoire de Jean-Pierre ? Pourquoi est-ce qu’à un moment donné, il s’est dit je vais aussi consommer la drogue que je vends ? Il n’avait pas les ressources pour parler de ses problèmes. Ne pas voir un psychologue quand on en a besoin a des conséquences réelles », ajoute M. Langevin.

Travailler à la source

Ruba Ghazal rappelle que pour « régler le problème, il faut travailler à la source ».

« Dès l’enfance, à l’école et en pédiatrie sociale. Mais quand on a des personnes âgées dans la rue, ça prend des organismes bien financés comme Ma chambre pour rendre la cohabitation plus facile », dit-elle.

« On manque de gens, on manque de ressources. Il faut investir de l’argent. J’ai peur qu’après la pandémie, quand tout le monde aura eu ses deux doses de vaccin, ça redevienne business as usual et qu’on n’en parle plus », ajoute Mme Ghazal.

Mais chez les amis de Jean-Pierre Lauzon, on continuera d’en parler et de réfléchir à des solutions. C’est peut-être son plus grand legs.