(Ottawa) Les dirigeants du Parti vert ont fait un premier pas vers la suspension de la carte de membre d’Annamie Paul, la cheffe du parti, dans le dernier développement d’une querelle qui menace le leadership de la Torontoise.

Christopher Reynolds La Presse Canadienne

Dana Taylor, directrice exécutive par intérim du principal organe directeur des Verts, a lancé une révision de l’adhésion de la cheffe au parti qui suspendrait le statut d’Annamie Paul et l’empêcherait de représenter le parti pendant cette période, selon trois sources importantes du parti. La Presse Canadienne leur a accordé l’anonymat parce qu’ils n’étaient pas autorisés à parler publiquement de questions internes.

Le processus, tel que décrit dans le code de conduite des membres, pourrait finalement entraîner la révocation totale du statut de membre d’Annamie Paul au parti, rendant impossible sa capacité à diriger un parti politique auquel elle n’appartiendrait plus, avant une probable élection fédérale cette année.

Lors d’une réunion spéciale du conseil fédéral mardi soir, Dana Taylor a annoncé que la révision aurait lieu. Annamie Paul, qui fait partie du groupe de 13 membres, n’a pas été invité à la réunion virtuelle, selon les sources.

Celles-ci avancent que la raison invoquée pour une telle révision est qu’Annamie Paul a lancé des poursuites judiciaires contre le parti, une accusation contestée par des responsables proches de la leader. Le code de conduite stipule qu’une action en justice contre le Parti vert du Canada par l’un de ses membres déclenche automatiquement un examen dirigé par le directeur général du conseil.

Les trois sources affirment que la procédure judiciaire mentionnée dans l’examen des membres concerne une lettre de cessation et d’abstention envoyée par le conseiller juridique d’Annamie Paul à un ou plusieurs membres du conseil fédéral. Les détails de la lettre et si elle constitue une action en justice contre le parti – et s’ils constituent donc un motif de révision – restent flous.

Dana Taylor et la porte-parole du parti Rosie Emery ont toutes deux refusé de commenter, tandis qu’Annamie Paul n’était pas immédiatement disponible mercredi.

La révision du statut de membre fait suite à une bataille de plusieurs mois entre différentes factions du parti, en partie à propos de points de vue divergents sur la façon dont le parti et sa cheffe devraient réagir au conflit israélo-palestinien.

Annamie Paul, qui a dirigé le parti pendant neuf mois, fera face à un vote de défiance du conseil fédéral le 20 juillet dans un processus distinct de l’examen des membres. La proposition de non-confiance nécessite le soutien des trois quarts afin de procéder à un vote à l’échelle du parti le mois suivant lors d’une assemblée générale, où la base pourrait rendre un jugement sur le leadership d’Annamie Paul.

Par ailleurs, la direction du parti a récemment décidé de suspendre le financement de la campagne d’Annamie Paul qui tentera de remporter un siège au centre-ville de Toronto et a temporairement licencié environ la moitié des employés du Parti vert la semaine dernière, y compris tout le personnel du bureau de la cheffe.

Tout cela se produit alors que le parti se remet du fait que la députée du Nouveau-Brunswick Jenica Atwin a quitté les Verts pour joindre les libéraux le mois dernier, laissant les Verts avec deux sièges à la Chambre des communes.

Le mois dernier, Annamie Paul s’en est prise aux dirigeants du parti après une tentative de destitution les accusant de « racisme » et de « sexisme » dans une lettre obtenue par La Presse Canadienne. Elle est la première femme noire à diriger un parti politique fédéral au Canada.

L’adhésion au Parti vert peut être révoquée par une simple majorité des membres du conseil présents à une réunion à la suite d’une révision, indique le code de conduite. Les règles stipulent qu’Annamie Paul, en tant que membre du conseil fédéral, ne serait pas autorisé à prendre part aux délibérations.

Les droits d’adhésion sont suspendus jusqu’à ce que l’affaire soit réglée. Un membre dispose d’un délai de 30 jours pour préparer sa défense devant les gradés du parti après avoir été informé d’une révision.

Le conseil est actuellement en période électorale, et une grande partie de l’organe actuel est sur le point d’être renouvelée à partir du 20 août. Cela laisse juste assez de temps aux dirigeants pour voter sur le statut de leur cheffe en tant que membre du Parti vert après quoi aurait lieue la période de défense d’un mois d’Annamie Paul, avant qu’ils ne quittent leur siège au conseil.