(Ottawa) Les élus de la Chambre des communes ont majoritairement rejeté le projet de loi d’une députée conservatrice qui aurait rouvert le débat sur l’avortement. Dans les banquettes des conservateurs, on a voté en sa faveur dans une proportion de près de 70 %.

Mélanie Marquis
Mélanie Marquis La Presse

La mesure législative C-233 a été défaite mercredi après-midi en deuxième lecture. Au total, 248 députés libéraux, bloquistes, néo-démocrates et verts ont voté pour le bloquer. Les votes en faveur de la poursuite de l’étude du projet de loi ont été enregistrés par 81 des 119 députés du Parti conservateur (un ancien député de la formation, Derek Sloan, a ajouté sa voix pour, d’où le décompte final de 248 à 82).

Comme il s’y était engagé, le chef conservateur, Erin O’Toole, a voté contre. Aucun député conservateur du Québec ne l’a appuyé. Dans les rangs libéraux, l’élu ontarien John McKay, qui est opposé à l’avortement, a choisi de s’abstenir.

Le projet de loi concocté par la députée d’arrière-ban Cathay Wagantall visait à bannir la pratique des avortements sexo-sélectifs au Canada. Ce type d’interruption de grossesse a cours dans des pays comme la Chine et l’Inde, où les garçons sont valorisés par rapport aux filles.

Le dépôt de C-233 a placé le dirigeant dans une fâcheuse posture. Il a dû marteler qu’il était résolument pro-choix afin de contrer les attaques des autres formations politiques, où rouvrir le débat sur l’avortement est hors de question.

L’enjeu de l’avortement a plombé la campagne électorale de son prédécesseur à la barre du parti, Andrew Scheer — qui a d’ailleurs dit oui au projet de loi. Flairant la bonne affaire, les libéraux ont envoyé deux de leurs ministres devant les caméras avant la mise aux voix du projet de loi, mercredi midi.

« Je vais être très candide : je ne peux pas croire qu’en 2021, on est obligé de faire une conférence de presse sur cette question-là. Je ne peux pas croire qu’en 2021, on questionne encore le fait que les femmes aient le contrôle complet sur leur corps », a laissé tomber la ministre Mélanie Joly.

Sa collègue ministre des Femmes et de l’Égalité des genres, Maryam Monsef, était virtuellement à ses côtés. Un peu plus tôt, son équipe avait partagé une missive envoyée à Erin O’Toole, dans laquelle elle invitait le chef à convaincre ses élus de s’opposer à ce « projet de loi dangereux ».

« En tant que chef du Parti conservateur, vous avez permis à ce dangereux projet de loi de progresser à un moment exceptionnellement difficile pour les femmes. La pandémie menace les gains durement acquis par les femmes », a-t-elle regretté dans cette lettre.

« Bien que cela soit idéologiquement gênant pour certains membres de votre équipe, le progrès pour les femmes est directement lié au fait que nous leur faisons confiance pour déterminer si, quand et avec qui, elles souhaitent fonder une famille », a dénoncé la ministre Monsef.

« Faussement représenté »

Le projet de loi C-233 propose d’amender le Code criminel pour « ériger en infraction le fait, pour un médecin, de pratiquer un avortement sachant que l’avortement est fondé uniquement sur le sexe génétique de l’enfant », lit-on dans son libellé.

Sa marraine, Cathay Wagantall, de la Saskatchewan, l’a défendu bec et ongles en avril dernier en plaidant qu’imposer ce type de limite à l’avortement afin de protéger « les fillettes à naître » était impératif, et qu’il ne s’agissait pas d’un cheval de Troie.

Elle avait en outre fait valoir qu’il était « faussement représenté » et que les Canadiens n’étaient « pas aussi polarisés sur cet enjeu que certains médias, ou d’autres qui ont un agenda politique, voudraient le laisser croire ».