Des jeunes souverainistes contestent « l’insuffisance des mesures » pour protéger le français dans la nouvelle réforme de la loi 101 du gouvernement Legault. Ils manifesteront vendredi dans les rues de Montréal pour faire entendre leurs revendications.

Henri Ouellette-Vézina
Henri Ouellette-Vézina La Presse

« Il n’y a rien à nos yeux qui n’est assez concret dans ce projet de loi pour faire perdurer la langue française. On voit beaucoup d’exceptions, ou de discrétions laissées à l’entreprise. Ça manque de pragmatisme », fustige la co-porte-parole du Mouvement des jeunes souverainistes (MJS), Charlotte Massue.

Elle affirme que tous les paliers de gouvernement doivent « prendre leurs responsabilités » pour affirmer « la langue unique » du Québec. L’organisme, qui est ouvertement souverainiste, se dit toutefois « transpartisan », et entend participer au débat public sur l’application du projet de loi sans biais politique.

Pour l’heure, plus d’une centaine de participants ont fait savoir leur intérêt en vue de la manifestation, qui commencera vers 17 h vendredi, devant la statue de Sir Georges-Étienne Cartier. C’est le deuxième rassemblement en quelques mois que le MJS organise ; en novembre, le groupe avait aussi manifesté à Montréal pour réclamer plus d’efforts en « francisation » du gouvernement.

« Ils sont beaux à voir, ces jeunes. Et ils ont un message important. Il faudrait les écouter », martèle de son côté Marie-Anne Alepin, la présidente de la Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal (SSJB), qui co-organise le rassemblement. Pour elle, les mesures proposées par le gouvernement Legault « ne vont faire que colmater quelques trous de l’hémorragie ». « Ça prend du courage pour faire une réforme qui n’est pas juste raisonnable, parce que la situation n’est pas raisonnable », avance-t-elle.

La réforme ne sera pas appliquée dans les cégeps. Ce n’est pas simplement une déception, c’est une inégalité qu’on ne peut pas continuer à entretenir. […] Pelleter le problème à la prochaine génération, ça ne fonctionne pas.

Marie-Anne Alepin, président de la SSJB

Dans son projet de loi 96 déposé jeudi, le ministre Jolin-Barrette a proposé un gel de la « proportion des étudiants dans le réseau collégial anglophone », plutôt que d’imposer la loi 101 dans les cégeps. Québec dit vouloir « geler la proportion des étudiants dans le réseau collégial anglophone à 17,5 % (2019-2020) et par la suite s’assurer que cette proportion ne puisse être qu’égale ou inférieure à celle de l’année précédente ».

Pas « d’obligations de résultats »

Les critiques des deux organismes vont dans le même sens que celles du Mouvement Québec français et de son président, Maxime Laporte, qui avaient soutenu la semaine dernière que le Québec « navigue à l’aveugle, sans avoir un cap précis ou de véritables obligations de résultat » dans son projet de loi.

Il soutient que cette réforme « ne permettra pas de renverser la tendance » qu’est la diminution « du français par rapport à l’anglais ». « Le gouvernement refuse de revenir aux dispositions initiales en matière d’affichage, refuse essentiellement d’appliquer la loi 101 aux cégeps, et refuse de donner une obligation de résultat dans la politique d’immigration. Si on n’atteint pas les 90 % de transferts linguistiques des allophones vers le français, la vitalité de la langue ne peut que régresser », a fustigé M. Laporte.

Nombre d’organismes contestent aussi la décision du gouvernement de maintenir l’autonomie municipale des villes qui tombent sous le seuil de 50 % de population anglophone. Celles-ci auront en effet le droit de maintenir leur statut bilingue, en faisant passer une résolution au conseil dans les 120 jours. Les villes liées, elles, ont à l’inverse salué cette « ouverture » des autorités, parlant d’un « bon compromis » pour protéger les « droits acquis » de la communauté anglophone.