(Québec) Les délégués de Québec solidaire ont tranché. Dans un vote à huis clos au Conseil national du parti, samedi, ils ont adopté une motion de blâme contre le Collectif antiraciste décolonial (CAD). Ce dernier réplique en accusant sa propre formation politique de se joindre au « triste club des vieux partis ».

Hugo Pilon-Larose
Hugo Pilon-Larose La Presse

L’enjeu a fait plus d’une fois la manchette au cours des derniers jours. Le CAD était accusé par des militants solidaires d’avoir des pratiques « toxiques », ce à quoi ils ont répondu vendredi dans La Presse que QS faisait preuve de « racisme systémique ». Au premier jour d’un Conseil national qui avait pour but d’adopter les thèmes devant guider l’élaboration de la plateforme électorale du parti, samedi, la question du Collectif a monopolisé l’attention.

Dans une proportion d’environ 80 %, a annoncé la co-porte-parole solidaire Manon Massé, les délégués ont adopté la résolution du parti qui stipule « que le Conseil national affirme que les menaces, les ultimatums et les menaces de poursuites judiciaires ne sont pas des pratiques acceptables au sein d’un parti favorisant l’inclusion, la démocratie participative et l’émergence de consensus ».

« La très grande majorité de nos membres sont arrivés et ont dit qu’à Québec solidaire, on ne veut pas que le militantisme ait comme impact le manque de respect. […] Ce n’est pas comme ça qu’on veut que ça se passe », a déclaré Mme Massé.

Le leader parlementaire et autre co-porte-parole du parti, Gabriel Nadeau-Dubois, a ajouté que « les portes de Québec solidaire [étaient] toujours grandes ouvertes pour toutes les personnes de bonne volonté ».

« Québec solidaire n’est pas parfait, sur la question de l’antiracisme notamment. Il nous reste beaucoup de travail, beaucoup de pain sur la planche pour être un parti qui représente le Québec de 2021 », a-t-il dit.

Un résultat « sans surprise »

En point de presse, la co-porte-parole du Collectif antiraciste décolonial Ève Torres a accusé Gabriel Nadeau-Dubois et Manon Massé d’être « là pour éteindre la démocratie participative au sein de Québec solidaire ». Elle dit avoir accueilli le résultat du vote « sans surprise ».

« Le message clair que ça envoie, c’est que les personnes racisées, les personnes issues de l’immigration, les militants antiracistes ne sont pas les bienvenus au sein de ce parti, à moins qu’[ils] se conforment à la place qu’on leur impose », a-t-elle dit.

« À l’aube de ses 15 ans, Québec solidaire nous montre qu’il rejoint le triste club des vieux partis et qu’il n’envisage pas de faire de la politique autrement », a complété Mme Torres. Cette dernière, qui était candidate solidaire lors des dernières élections, ne compte plus porter les couleurs du parti.

Selon elle, « si on ne change pas les pratiques internes, les personnes comme ce que nous représentons ne vont plus accepter d’être que des vitrines ».

Un test de leadership

Cette crise qui a monopolisé le premier jour du Conseil national de Québec solidaire a été un test de leadership pour les deux co-porte-parole du parti. Le CAD a fait la manchette à plusieurs reprises ces derniers mois, notamment pour avoir repris les propos d’un professeur controversé de l’Université d’Ottawa, Amir Attaran, et avoir plus tard associé des péquistes et un journaliste à la « droite extrême » et à la fachosphère ».

Pour Gabriel Nadeau-Dubois, « relayer les propos comme quelqu’un comme Amir Attaran, qui met tous les Québécois dans le même panier », comme l’a fait le CAD par le passé, c’est ce qui « nuit à toutes les personnes de bonne volonté qui luttent depuis des années contre le racisme systémique au Québec ».

Selon Manon Massé, il serait temps pour Québec solidaire de revoir les règles qui encadrent les collectifs du parti – qui ne sont pas des instances officielles – alors qu’ils ont été créés en 2006, à une époque où les réseaux sociaux n’avaient pas la même ampleur.