(Ottawa) L’ex-chef de cabinet de Stephen Harper a laissé entendre, lundi, que le général Jonathan Vance avait peut-être induit en erreur le premier ministre de l’époque lorsqu’il a été interrogé sur sa conduite personnelle des mois avant sa nomination au poste de commandant des Forces armées canadiennes, en 2015.

La Presse Canadienne

Ray Novak témoignait lundi devant le Comité de la défense des Communes, où il a levé une partie du voile sur ce que le gouvernement conservateur savait des allégations d’inconduite qui visaient le général Vance avant sa nomination au plus haut rang des armées.

M. Novak a déclaré au comité que le premier ministre Harper avait été informé pour la première fois par son conseiller à la sécurité nationale, Richard Fadden, en mars 2015, d’un « problème » avec M. Vance, qui était à l’époque le candidat numéro un pour devenir chef d’état-major de la défense. Ce problème, c’était la relation que le général Vance avait eue avec une officière américaine, Kerry Wheelehan, alors que les deux militaires étaient en poste au quartier général de l’OTAN à Naples, en Italie. Ils se sont mariés depuis.

Selon M. Novak, on avait souligné à l’époque que Mme Wheelehan n’était pas sous le commandement direct de M. Vance et que les militaires, canadiens et américains, avaient conclu qu’il n’y avait aucune preuve que le général avait fait quelque chose de répréhensible.

M. Harper a néanmoins soulevé la question directement avec le général Vance lors de leur entretien en mars 2015, selon M. Novak. « Le premier ministre lui a demandé directement s’il y avait autre chose qu’il devrait savoir : tout ce dont je me souviens, c’est que le général était heureux que cette affaire ait été examinée et qu’elle soit chose du passé. C’est tout. »

La nomination de M. Vance au poste de chef d’état-major de la défense a été annoncée le mois suivant, en avril 2015, et une cérémonie de passation de commandement était prévue pour la mi-juillet. Mais M. Novak a déclaré lundi que des semaines avant cette cérémonie, le gouvernement a été mis au courant d’autres allégations sur la conduite de M. Vance.

Deuxième allégation

L’une de ces allégations était liée encore à sa relation intime avec sa future épouse, a déclaré M. Novak, ce qui a donné lieu à une enquête de la police militaire. L’autre allégation était liée à une « rumeur » selon laquelle M. Vance aurait eu une relation inappropriée avec une subalterne lors de son affectation à la base de Gagetown en 2001, une quinzaine d’années plus tôt.

M. Novak a précisé lundi qu’il avait été mis au courant de cette allégation par le chef de cabinet du ministre des Anciens Combattants de l’époque, Erin O’Toole. M. Novak soutient qu’il a ensuite demandé à Richard Fadden d’enquêter. Et selon M. Novak, le conseiller en sécurité nationale a déclaré au cabinet du premier ministre « qu’il avait discuté de la rumeur directement avec le général Vance, qui a répondu qu’il avait eu une relation publiquement avec cette personne, qui n’était pas sous ses ordres directs ».

M. Vance aurait également nié, devant M. Fadden, qu’il aurait fait quoi que ce soit pour essayer de faire progresser la carrière de cette femme, a ajouté M. Novak lundi.

Pas honnête avec le PM ?

Global News a fait état d’allégations selon lesquelles M. Vance avait entretenu une relation continue avec une subalterne, la majore Kellie Brennan, qui aurait débuté en 2001 et se serait poursuivie après sa nomination au poste de chef d’état-major de la défense, en juillet 2015.

M. Novak a déclaré lundi qu’il ne pouvait pas se souvenir du nom de cette femme, mais il a déclaré au comité qu’il avait regardé l’entrevue « profondément troublante » accordée le mois dernier à Global par Mme Brennan. « Il est clair, à mon avis, qu’elle a fait des allégations extrêmement graves et si elles sont vraies — je n’ai aucune raison de douter d’elle —, cela signifie que le général n’a pas été honnête avec le premier ministre lors de leur rencontre en mars 2015. »

Les allégations contre M. Vance n’ont pas été vérifiées de manière indépendante et le général a refusé les demandes de commentaires de La Presse Canadienne. Selon Global, il a nié avoir eu une relation sexuelle avec Mme Brennan alors qu’elle était sous ses ordres.

M. Novak a aussi déclaré aux membres du comité que le gouvernement Harper était prêt à annuler la nomination de M. Vance. « Nous avions convenu à l’interne que cette nomination serait reportée ou annulée si nécessaire, si des enquêtes apportaient des informations supplémentaires, ce qu’elles n’ont pas fait », a-t-il soutenu lundi.

Il a par ailleurs suggéré que le ministre de la Défense Erin O’Toole était probablement au courant de l’allégation selon laquelle M. Vance avait eu une relation continue avec une subalterne. M. O’Toole, qui est aujourd’hui chef conservateur, a soutenu récemment qu’il n’avait pas été impliqué dans le processus de sélection de M. Vance.