(Ottawa) La Chine dit avoir communiqué au Canada son insatisfaction face au parallèle établi entre la détention de Michael Kovrig et de Michael Spavor et l’adoption de la « soi-disant Déclaration contre la détention arbitraire dans les relations d’État à État ».

Mélanie Marquis Mélanie Marquis
La Presse

Le gouvernement canadien annonçait lundi matin, aux côtés de 57 autres pays, l’adoption d’une déclaration condamnant cette pratique. Si aucun pays n’est explicitement pointé du doigt dans le cadre de la démarche, le directeur de Human Rights Watch, Kenneth Roth, a cité le cas des deux Michael pendant son allocution.

Dans une déclaration transmise en fin de journée, l’ambassade de Pékin à Ottawa a accusé le gouvernement Trudeau d’avoir « délibérément arrangé » cette sortie « pour accuser la Chine de détention arbitraire de Michael Kovrig et Michael Spavor […], ce qui déforme totalement les faits et est mal intentionné ».

La partie chinoise a par conséquent exprimé « son vif mécontentement et sa ferme opposition » et a effectué de « sévères représentations » auprès du Canada, d’autant plus que la détention de la directrice financière de Huawei, Meng Wanzhou, constitue « une détention arbitraire dans tous les sens du terme », y ajoute-t-on.

La Chine exhorte ainsi à nouveau le Canada « à réfléchir à ses actes répréhensibles, à libérer immédiatement Meng Wanzhou, à s’assurer qu’elle puisse retourner en Chine saine et sauve et à cesser de créer de nouveaux obstacles dans les relations bilatérales sous quelque forme que ce soit », tranche-t-on dans ce communiqué.

L’ancien ministre des Affaires étrangères François-Philippe Champagne est à l’origine de cette initiative qui a été déclenchée il y a plusieurs mois. Son successeur, Marc Garneau, a été l’hôte lundi d’une rencontre pour l’officialiser, alors que les deux Michael sont sous les verrous depuis plus de deux ans.

La déclaration a jusqu’à présent été paraphée par tous les pays membres du G7 et des Five Eyes. Parmi les diplomates en chef qui ont pris la parole figuraient le secrétaire d’État américain, Antony Blinken, et le chef de la diplomatie britannique, Dominic Raab.

La « diplomatie du mégaphone »

La numéro deux du géant chinois des télécommunications, Meng Wanzhou, a été appréhendée à l’aéroport de Vancouver par les autorités canadiennes, à la demande des États-Unis, le 1er décembre 2018. Quelques jours plus tard, le 10 décembre 2018, Michael Kovrig et Michael Spavor étaient arrêtés en Chine.

Ils font face à des accusations d’espionnage.

« Les organes judiciaires chinois gèrent [leurs] cas de façon indépendante et dans le respect de la loi […] La tentative du camp canadien de faire pression sur la Chine en ayant recours à la “diplomatie du mégaphone” […] est totalement futile et elle mènera seulement à un cul-de-sac », a signalé l’ambassade chinoise.

Le bureau du ministre Garneau n’a pas offert de réaction à ces critiques.