(Québec) Le gouvernement Legault ne veut pas déclencher une enquête publique pour comprendre ce qui a mené à l’arrestation à tort de Mamadi III Fara Camara, répétant que le juge Louis Dionne avait toute l’indépendance et l’impartialité pour mener un tel exercice à huis clos.

Publié le 10 févr. 2021
Hugo Pilon-Larose
Hugo Pilon-Larose La Presse

La vice-première ministre du Québec et ministre de la Sécurité publique, Geneviève Guilbault, a rappelé mercredi que l’enquête du juge Dionne, dont le rapport doit être remis d’ici cinq mois, se déroule alors « qu’il y a une enquête criminelle qui est en cours ».

« Il va devoir travailler dans un contexte qui est extrêmement délicat, où il faut protéger une enquête en cours […]. C’est très complexe comme environnement pour mener cette enquête-là. Ça nous prenait la bonne personne et M. Dionne est la bonne personne à notre sens », a-t-elle poursuivi.

Mardi, les avocats de M. Camara se sont dits insatisfaits de l’enquête annoncée par Québec, la qualifiant d’« opaque ». « Une enquête qui n’est pas transparente et qui n’est pas publique, c’est problématique. On se pose de sérieuses questions sur la légitimité d’une enquête qui est opaque. Et on va réfléchir à ce qu’on conseille à notre client, de participer ou pas », a affirmé MVirginie Dufresne-Lemire.

« On ne sait pas non plus si l’enquête va traiter du profilage, une question importante qui doit être posée. On ne présume pas de la réponse, mais cette question, elle doit être posée », a-t-elle poursuivi.

Profilage racial

Questionnée si le gouvernement souhaitait obtenir l’éclairage du juge Dionne sur la question spécifique du profilage racial, Geneviève Guilbault a répondu mercredi que « M. Dionne va mener l’enquête de la manière qu’il juge le plus appropriée [et] qu’on peut se fier sur lui pour évaluer l’ensemble des actions qui ont été prises par le SPVM ».

Dans tous les cas, il n’est pas acquis que le rapport d’enquête du juge Louis Dionne soit rendu public dans son intégralité, a de nouveau confirmé jeudi la vice-première ministre.

« Ce rapport sera rendu public sous réserve de parties qui pourraient ne pas l’être », a-t-elle déclaré, précisant qu’il faudra voir le « contexte policier et judiciaire au moment du dépôt du rapport ».

« Je ne peux pas promettre d’emblée que tout sera public, […] mais il faudra une bonne raison pour ne pas rendre publique une partie ou la totalité de ce rapport », a complété Mme Guilbault.

L’opposition exige de la transparence

Le député libéral Marc Tanguay a pour sa part affirmé mercredi que l’opposition officielle exige que « toutes les questions soient posées et que l’analyse soit faite ».

« Nous voulons que ce soit fait dans un délai qui soit rapide, et nous voulons que le rapport soit rendu public », a-t-il dit.

Le député Alexandre Leduc de Québec solidaire demande quant à lui à Québec de « rendre cette enquête-là publique et on parle d’avoir un mandat ou un angle qui va traiter de l’enjeu de profilage racial. »

À ce jour, Mamadi III Fara Camara n’a pas précisé s’il comptait ou non participer à l’enquête annoncée par Québec. M. Camara a été arrêté, détenu et accusé à tort d’avoir désarmé un policier du SPVM et d’avoir tenté de le tuer. L’auteur de ce crime n’a toujours pas été arrêté.