(Québec) Après l’avoir mis de côté en 2018, le gouvernement Legault redonne vie au projet de parc éolien Apuiat, sur la Côte-Nord. Avec un coût de 6 cents le kilowattheure — le plus faible jamais négocié dans la province —, Québec veut « recommencer à développer » la filière éolienne.

Fanny Lévesque
Fanny Lévesque La Presse

La donne a changé depuis deux ans au Québec, a affirmé François Legault, qui a confirmé jeudi que le projet de parc éolien des Innus de la Côte-Nord irait de l’avant.

Comme l’a révélé La Presse lundi, le projet demeure essentiellement le même. D’une puissance installée de 200 mégawatts, les éoliennes d’Apuiat seront érigées sur le Nitassinan, territoire ancestral des Innus, à 40 kilomètres de Port-Cartier. Neuf communautés innues détiennent 50 % d’Apuiat et leur partenaire, Boralex, détient l’autre moitié. Le projet est évalué à 600 millions de dollars d’investissements. Le contrat d’approvisionnement est d’une durée de 30 ans.

François Legault a admis que les négociations « n’ont pas été un long fleuve tranquille ». En effet, son gouvernement, à peine aux commandes de l’État, avait abandonné le projet autorisé par les libéraux de Philippe Couillard. L’affaire avait pris l’allure d’une tempête politique en 2018.

M. Legault a maintenu jeudi que la réalisation du projet à cette époque, alors qu’Hydro-Québec nageait dans les surplus, aurait « amené des coûts inutiles » pour la société d’État.

« L’industrie de l’éolien a beaucoup changé. Rappelons-nous, à l’époque, Bernard Landry et les autres gouvernements avaient signé des contrats à 13 cents le kilowattheure », a dit le premier ministre, rappelant que le projet initial d’Apuiat prévoyait un coût autour de 7,2 le kilowattheure.

La nouvelle mouture de l’entente permet une réduction du prix de l’électricité de 17 % par rapport à celle présentée en 2018. Apuiat devient donc le parc éolien offrant le coût par kilowattheure le plus concurrentiel parmi les parcs éoliens sous contrat au Québec. « Apuiat, pour moi, c’est un premier pas, mais il va en venir d’autres », a dit le premier ministre.

Avec la conclusion de son entente avec le Massachusetts et les intentions des autorités de l’État de New York de conclure un contrat d’approvisionnement avec Hydro-Québec, l’horizon est meilleur. Québec a aussi dans ses cartons le projet d’accroître la production agricole en serre, et ses projets de transport collectif électrique.

« Le Plan d’économie verte du gouvernement va mettre de la pression sur la demande », a affirmé la présidente-directrice générale d’Hydro-Québec, Sophie Brochu. Hydro-Québec lancera « vraisemblablement » un nouvel appel d’offres pour de l’énergie éolienne au cours des prochaines années, a-t-elle soutenu.

Par ailleurs, François Legault a admis que « dans un avenir prévisible » il n’y avait pas de place pour un grand projet hydroélectrique au Québec.

« Un moment historique »

Les chefs innus ont qualifié l’annonce de « moment historique » pour leur nation. « Apuiat est le fruit d’une idée innue, un désir de construire une richesse collective », a exprimé le chef de Uashat mak Mani-utenam, Mike McKenzie. « C’est un projet qui est synonyme de solidarité, de persévérance et d’unité pour nos communautés. »

Les neuf communautés toucheront la moitié des bénéfices du parc éolien. Port-Cartier et Uashat mak Mani-utenam, qui accueillent le projet sur leur territoire, recevront chacun 500 000 $ par année en redevances. Les maires de la Côte-Nord sont tous derrière la réalisation du projet éolien, le premier dans la région.

Le gouvernement Legault, qui espère bâtir des ponts avec les Premières Nations, a soutenu qu’Apuiat représentait « un pas dans la bonne direction ». François Legault a réaffirmé son « intention » de conclure des ententes à long terme avec chacune des nations autochtones du Québec à l’image de celle négociée avec les Cris.

Des discussions en ce sens sont en cours avec les Innus, a-t-il précisé.

Le début de la construction du parc éolien est prévu à l’été 2022, et la mise en service en décembre 2024. La phase de construction pourra créer 300 emplois, dont une proportion sera destinée aux Premières Nations.