(Ottawa) Le premier ministre Justin Trudeau s’est envolé jeudi soir pour un voyage officiel en Afrique, où il deviendra le tout premier dirigeant canadien à participer à une session de l’Union africaine.

Mia Rabson
La Presse canadienne

À peine cinq mois avant le vote pour un siège au Conseil de sécurité des Nations unies, le périple de M. Trudeau devrait largement viser à obtenir le soutien des pays africains à la candidature du Canada pour l’un des deux sièges non permanents qui seront disponibles.

Lors d’une réunion d’information pour les médias avant le voyage, des responsables du cabinet du premier ministre ont reconnu que le voyage officiel en Afrique est notamment motivé par cette élection à l’ONU. Mais ils ont aussi soutenu que l’agenda du premier ministre prévoyait l’établissement de relations plus solides avec ces pays, la recherche de débouchés pour les entreprises canadiennes et la participation à des questions comme les changements climatiques et l’autonomisation des femmes et des filles.

M. Trudeau amorcera son périple en Éthiopie, siège de l’Union africaine, et dont l’économie connaît aussi la croissance la plus rapide de tout le continent. Le premier ministre souhaite rencontrer en tête à tête un certain nombre de dirigeants africains en marge de cette réunion, dont son homologue éthiopien, Abiy Ahmed. M. Trudeau veut aussi assister à des discussions sur l’égalité des sexes et l’environnement.

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Le premier ministre éthiopien Abiy Ahmed Ali

Il se rendra ensuite au Sénégal pour une visite officielle, où il rencontrera le président Macky Sall. Le Sénégal est l’un des pays africains les plus influents de la Francophonie. Enfin, avant de rentrer au Canada, M. Trudeau s’arrêtera à Munich, en Allemagne, pour assister en partie à une conférence internationale sur la sécurité.

Des universitaires africains et des experts canadiens en affaires étrangères affirment que le Canada doit repenser ses politiques à l’égard de l’Afrique et proposer une nouvelle stratégie pour ce continent. « J’espère que ce voyage sera, pour le premier ministre, une occasion de réinitialiser cette relation », a déclaré Thomas Tieku, professeur de politique spécialisé dans les questions africaines à l’Université Western de London, en Ontario.

« L’Afrique a changé »

Alice Musabende, une ancienne journaliste parlementaire canadienne qui termine son doctorat en relations internationales aux universités Dalhousie et Cambridge, rappelle de son côté que « l’Afrique a changé pour de bon et pour toujours ».

« Il y a d’énormes problèmes de pauvreté, d’énormes problèmes d’insécurité, mais le continent est en mouvement. C’est indéniable. »

Mme Musabende estime que la participation à la session de l’Union africaine constitue un excellent point de départ. Mais elle prévient que de nombreux États africains regardent le Canada avec suspicion, car ce pays ne se montre que lorsqu’il a vraiment besoin de quelque chose. « Pour un premier ministre qui a lancé à son arrivée au pouvoir (en 2015) que le Canada était de retour sur la scène mondiale, (cette visite) arrive un peu tard », croit Mme Musabende.

L’entourage de M. Trudeau nie que son gouvernement ait ignoré l’Afrique jusqu’à maintenant. Des ministres ont effectué une douzaine de visites sur ce continent depuis 2015, et M. Trudeau y est allé deux fois, rappelle-t-on : en 2016, avec une visite officielle au Libéria et une réunion de la Francophonie à Madagascar, et en 2018, lorsqu’il a rendu visite aux troupes canadiennes au Mali.

Le rôle du Canada au sein de la mission de maintien de la paix au Mali, qui comprenait des hélicoptères et du personnel pour les évacuations médicales, a pris fin en août dernier. Le Canada dispose maintenant de petits contingents de Casques bleus au Soudan du Sud et en République démocratique du Congo, ainsi qu’en Ouganda.

Par ailleurs, Chrystia Freeland n’a jamais mis les pieds en Afrique au cours de son mandat de près de trois ans au poste de ministre des Affaires étrangères. Des responsables canadiens répliquent qu’elle a rencontré à plusieurs reprises des dirigeants africains lors de réunions multilatérales, notamment à l’Assemblée générale des Nations unies en 2018.

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La vice-première ministre du Canada, Chrystia Freeland

Le Canada a désespérément besoin d’un grand nombre des 54 voix de l’Afrique s’il veut battre la Norvège ou l’Irlande pour un siège non permanent de deux ans au Conseil de sécurité. Le nouveau ministre des Affaires étrangères, François-Philippe Champagne, s’est déjà rendu en Afrique à deux reprises depuis l’automne — une fois en Égypte en décembre pour un forum sur la paix et le développement, et encore le mois dernier pour des visites officielles au Mali et au Maroc.

M. Champagne se joindra d’ailleurs au premier ministre Trudeau pour une partie du voyage officiel.