(Ottawa) Après avoir délié de nouveau les cordons de sa bourse lundi pour financer la construction de la station du Réseau express métropolitain (REM) à l’aéroport international Pierre-Elliott-Trudeau, le gouvernement Trudeau invite Québec à en faire autant.

Joël-Denis Bellavance Joël-Denis Bellavance
La Presse

Si la ministre des Finances, Chrystia Freeland, a annoncé dans sa mise à jour économique et financière qu’Ottawa mettait sur la table 500 millions de dollars pour aider les grands aéroports à faire « des investissements essentiels » dans leurs infrastructures comme les transports en commun, le projet de la station du REM ne sera pas le seul admissible au pays.

Même si la ministre Freeland cite nommément la nouvelle gare du REM à l’aéroport de Montréal comme projet admissible dans sa mise à jour, d’autres grands aéroports tels ceux de Calgary ou de Toronto pourront aussi soumettre des demandes de financement. En outre, les investissements fédéraux supplémentaires de 500 millions seront échelonnés sur six ans à compter de cette année.

Résultat : Ottawa continue de réclamer une contribution financière du gouvernement Legault, même s’il avance plus d’argent pour s’assurer que le projet de la station du REM voie le jour. Rappelons que le gouvernement Legault a annoncé le mois dernier son retrait des pourparlers qui avaient lieu depuis quelques mois entre les deux capitales pour échafauder un montage financier.

« Notre engagement envers ce projet d’envergure est sans équivoque, et le lien vers l’aéroport est incontournable pour le projet en entier. […] D’ailleurs, c’est pour cela que, lors de la mise économique du 30 novembre, nous avons annoncé des fonds fédéraux qui seront disponibles spécifiquement pour ce type de projets d’infrastructure aux aéroports », a expliqué Amy Butcher, directrice des communications du ministre fédéral des Transports, Marc Garneau.

« Il est impératif de trouver une solution étant donné l’importance de la station à l’aéroport pour l’ensemble de ce projet de transport en commun qui améliorera la mobilité pour les citoyens et les visiteurs de la grande région de Montréal pour des générations à venir. Nous allons devoir travailler avec l’ensemble de nos partenaires pour s’assurer que ce projet puisse se réaliser », a ajouté Mme Butcher dans un courriel à La Presse.

Au départ, les coûts de construction de la station, évalués à 600 millions, devaient être payés par Aéroports de Montréal (ADM), mais l’organisme a vu ses revenus chuter de manière brutale à cause de la pandémie qui a entraîné une diminution de 97 % du trafic passager depuis mars. ADM n’a donc pas les moyens financiers pour mener à bien le projet alors que des travaux doivent être réalisés.

Québec maintient sa position

À Québec, toutefois, le ministre des Transports, François Bonnardel, reste bien campé sur ses positions. Il maintient que Québec a déjà contribué largement au financement du REM et que l’aéroport international Pierre-Elliott-Trudeau appartient au gouvernement fédéral.

L’aéroport de Montréal étant une entité fédérale, nous sommes satisfaits de voir le fédéral poser un geste. Notre gouvernement a déjà fait connaître sa position dans ce dossier. Le REM se rendra à l’aéroport, et ADM doit honorer ses engagements.

Florence Plourde, attachée de presse du ministre François Bonnardel

Mais chez ADM, on souligne que la crise financière provoquée par la pandémie se fait toujours sentir. L’enjeu lié au financement des coûts de construction du projet demeure donc entier.

« ADM n’a pas les capacités financières de payer pour les coûts associés à la construction de la station du REM sur son site malgré la contribution fédérale. Dans ce contexte, nous souhaiterions évidemment que Québec réévalue sa position quant à notre demande de prêt pour ce projet qui sera structurant pour toute la communauté », a indiqué Anne-Sophie Hamel, directrice des affaires corporatives et des relations médias chez ADM.

Si ADM salue la création du nouveau programme fédéral dans la mise à jour économique, on ne sait toujours pas quelle proportion de l’enveloppe proposée par Ottawa pourrait être attribuée à l’aéroport de Montréal.

Chose certaine, la construction de cette station du REM est jugée cruciale non seulement par le gouvernement Trudeau et la Ville de Montréal, mais également par le monde des affaires de la métropole, afin de doter l’aéroport d’un réseau de transport collectif intermodal digne d’une grande ville nord-américaine.

En coulisses à Ottawa, on maintient qu’il est « impensable » que cette station permettant de relier l’aéroport au centre-ville de Montréal ne voie pas le jour.

Au printemps, ADM a lancé un appel d’urgence à Ottawa et à Québec pour que les deux ordres de gouvernement avancent les fonds nécessaires, sans quoi le projet pourrait être en péril. L’appel à l’aide semblait avoir été entendu. Une valse de pourparlers et de négociations entre les deux capitales a donné espoir à ADM. La Caisse de dépôt et placement du Québec, qui est le maître d’œuvre de l’ensemble du projet de construction du REM, était aussi partie prenante des discussions. Mais le retrait de Québec a jeté un immense pavé dans la mare.