(Ottawa) Les partis d’opposition en Chambre se sont ligués pour adopter une motion bloquiste qui enjoint le gouvernement Trudeau de bonifier les transferts en santé aux provinces et territoires avant la fin de 2020.

Mélanie Marquis Mélanie Marquis
La Presse

La motion parrainée par le chef Yves-François Blanchet a été adoptée à 176 voix contre 148 en Chambre, mercredi après-midi. Elle a obtenu l’appui des députés du Nouveau Parti démocratique et de ceux du Parti conservateur, formation qui avait plafonné la hausse des transferts en santé en 2011.

« J'y vois la démonstration claire que Justin Trudeau est totalement isolé dans son refus et son déni », a lancé le dirigeant du Bloc québécois en point de presse à l'issue du vote, exprimant le souhait que « la pression politique, que l'appui populaire [...] soit si forte » que le premier ministre doive « plier ».

« Alors j'exhorte le premier ministre à faire preuve d'un minimum d'ouverture, à quitter son déni qui devient flagrant et très insultant en pleine Chambre des communes, et à aller de l'avant avec [la hausse] des transferts aux provinces immédiats, inconditionnels et durables », a-t-il insisté.

Dans les banquettes libérales, tous ont voté contre – à l'exception de la ministre Marie-Claude Bibeau, qui a dit oui par erreur et à qui la Chambre des communes a refusé de donner son consentement de corriger le registre.

Lors du débat sur la motion, mardi, le lieutenant du Québec, Pablo Rodriguez, a accusé le Bloc québécois de chercher à semer la discorde.

« Je dois dire que je trouve cela déplorable et trouve même un peu poche que les députés du Bloc québécois veuillent faire des chicanes plutôt que de travailler ensemble pour les Canadiens. Je trouve ça poche. Ils essaient de créer de fausses chicanes avec Québec, mais il n’y en a pas », a-t-il laissé tomber.

La motion à reconnaître le dévouement des travailleurs de la santé, mais elle demande aussi de bonifier « de façon significative et durable les transferts canadiens en santé avant la fin de 2020 afin de soutenir les efforts des gouvernements du Québec et des provinces, des travailleurs de la santé et de la population ».

Elle n’a rien de contraignant pour le gouvernement de Justin Trudeau.

De nouvelles munitions

Mais son adoption vient fournir des munitions additionnelles aux premiers ministres des provinces et des territoires qui font bloc dans ce dossier. Mardi, le premier ministre du Québec, François Legault, et le ministre ontarien des Finances, Rod Philipps, disaient voir d’un bon œil une telle prise de position aux Communes.

Depuis que le Transfert canadien en matière de santé a été réduit à la croissance du PIB, une décision prise unilatéralement par le gouvernement de Stephen Harper en 2011, les provinces et les territoires crient famine. Lors de la renégociation de l’entente, en 2016, leur front commun s’était effrité après que le gouvernement Trudeau les a divisées avec des ententes à la pièce.

Mais dans un contexte de pandémie de COVID-19, le Conseil de la fédération a identifié la majoration du transfert comme sa grande priorité. « Le déséquilibre structurel dans la façon dont les services de santé sont financés au Canada est devenu insoutenable », a déclaré à la fin octobre le premier ministre Legault, qui assume la présidence tournante du groupe des premiers ministres cette année.

Les premiers ministres provinciaux territoriaux demandent au fédéral de faire passer de 22 % à 35 % le niveau actuel du transfert en santé, soit 28 milliards de plus par année qu’ils se partageraient entre eux, et ce, sans conditions rattachées à l’enveloppe.

L’absence d’un engagement en cette matière dans l’énoncé économique déposé lundi dernier a suscité leur mécontentement. Ils n’ont pas été satisfaits par la promesse du versement de « jusqu’à un milliard » pour les centres de soins de longue durée puisque celle-ci est conditionnelle à l’adoption de normes nationales.

L’Assemblée nationale a d’ailleurs désavoué le projet fédéral dans une motion unanime, mercredi.

Le premier ministre Trudeau rencontre ses homologues provinciaux et territoriaux le 10 décembre prochain. En conférence de presse, mardi, il a assuré qu’il demeurait ouvert à la discussion avec ses partenaires en ce qui a trait au financement en santé.

La motion du Bloc québécois

Le libellé de la motion bloquiste se lit ainsi :

Que la Chambre a) salue le travail extraordinaire des travailleuses et des travailleurs de la santé (notamment les médecins, infirmières, infirmiers et préposés) pendant la pandémie de COVID-19, particulièrement auprès des personnes âgées, mais aussi auprès de toute la population ; b) reconnaisse le courage et les sacrifices exigés tant pour eux que pour leurs familles pour être en première ligne ; c) souligne le travail du Québec et des provinces pour répondre à la crise sanitaire et constate les effets directs sur leurs budgets respectifs ; d) demande au gouvernement d’augmenter de façon significative et durable les transferts canadiens en santé avant la fin de 2020 afin de soutenir les efforts des gouvernements du Québec et des provinces, des travailleurs de la santé et de la population.