(Ottawa) Certaines mesures contenues dans l’énoncé économique feront l’objet d’un vote de confiance, a confirmé mardi Justin Trudeau. Mais pour précision, le scénario d’une campagne dans le temps des Fêtes est fort improbable.

Mélanie Marquis Mélanie Marquis
La Presse

Encore une fois, la survie du gouvernement libéral minoritaire est en jeu. Car un projet de loi découlant du document qu’a présenté lundi à la Chambre des communes la ministre des Finances, Chrystia Freeland, a été inscrit au feuilleton.

Et puisque les propositions qu’on y trouve sont de nature fiscale, elle engagera la confiance des députés. Même si la mesure pourrait être déposée dès mercredi, les chances sont minces que le vote se tienne d’ici l’ajournement des travaux pour le temps des Fêtes – il reste huit jours au calendrier.

« C’est un énoncé automnal ; ce sont des mesures économiques qui, évidemment, feront l’objet d’un vote de confiance », a expliqué en conférence de presse le premier ministre du Canada au lutrin installé devant sa résidence de Rideau Cottage, mardi.

« Mais j’ai raisonnablement confiance qu’aucun des partis d’opposition ne veut d’une élection en ce moment. Nous n’en voulons certainement pas une. Nous voulons offrir aux Canadiens l’aide dont ils ont besoin », a enchaîné Justin Trudeau.

Et par ailleurs, selon lui, « il y a certainement des choses dans cet énoncé économique d’automne que chaque parti devrait être en mesure de soutenir ». Le gouvernement libéral doit obtenir l’appui d’au moins un des partis de l’opposition pour éviter d’être renversé.

À l’opposition de jouer

Aussitôt déposé, lundi, l’énoncé Freeland a été critiqué par l’opposition.

Mardi, tous les partis ont fait valoir qu’ils voulaient scruter à la loupe la mesure législative qu’ils n’ont pas encore en main avant de s’avancer sur leurs intentions.

En octobre dernier, les bloquistes avaient voté contre le discours du Trône, en colère de n’avoir lu dans le texte aucun engagement concernant les transferts en santé. Puisque l’énoncé de Chrystia Freeland n’en contient pas plus, la même logique s’applique-t-elle ?

Le chef bloquiste Yves-François Blanchet veut d'abord « analyser » le projet de loi ; il n’a pas ouvert son jeu, mardi.

PHOTO ADRIAN WYLD, LA PRESSE CANADIENNE

Yves-François Blanchet

Il ne s’est toutefois pas privé de décocher une flèche à l’endroit du Nouveau Parti démocratique (NPD), qui avait sauvé la vie du gouvernement Trudeau en votant pour le discours du Trône en octobre dernier, après avoir laissé durer le suspense.

« Dans les faits là, on va se le dire, en laissant la subvention salariale [pour les partis politiques] au NPD, le gouvernement s’assure du vote du NPD », a raillé le dirigeant du Bloc québécois en conférence de presse au parlement.

Le NPD a été déçu de ne pas voir dans l’énoncé un impôt sur les ultra-riches, tandis que de leur côté, les conservateurs ont reproché aux libéraux d’avoir omis d’y inclure un plan sur la vaccination. Les troupes d’Erin O’Toole ont d’ailleurs encore une fois consacré l’essentiel de la période des questions à ce sujet.

« Il va y avoir des conversations »

Il n’y a pas que dans les banquettes de l’opposition à Ottawa que l’énoncé a passé de travers. Les provinces comme le Québec ont remarqué que la question de la hausse des transferts en santé brillait par son absence, alors qu’une rencontre fédérale-provinciale-territoriale se prépare.

Pour l’instant, Ottawa promet de faire un transfert pouvant atteindre 1 milliard aux provinces et territoires pour leurs centres de soins de longue durée, mais l’argent est rattaché à l’établissement de normes nationales pour ces centres.

« Ce financement sera conditionnel à la présentation de plans de dépenses détaillés et attribué selon un montant égal par habitant, à condition que l’administration en question démontre que ses investissements étaient conformes aux plans de dépenses », lit-on notamment dans l’énoncé économique.

Le premier ministre Trudeau a toutefois assuré que cela ne signifiait pas qu’il arriverait les mains vides à la réunion avec ses homologues provinciaux et territoriaux, le 10 décembre prochain.

Les premiers ministres des provinces et des territoires ont d’ores et déjà signalé qu’ils comptaient faire de la hausse du TCS un enjeu majeur de cette réunion. À Québec, mardi, le gouvernement caquiste a balayé du revers de la main l’insistance libérale à vouloir imposer une ligne de conduite pour les CHSLD.

Contraste libéral-conservateur

Dans son discours à Rideau Cottage, mardi matin, Justin Trudeau a pris soin d’établir un contraste entre la sortie de crise qu’il propose et celle qu’avait pilotée son prédécesseur, Stephen Harper.

« On se rappelle tous ce qui s’est passé quand le gouvernement précédent a retiré le soutien trop rapidement pendant la crise de 2008-2009 », a-t-il laissé tomber.

« On ne va pas faire ça. On va rester là pour la classe moyenne et ceux qui travaillent fort pour en faire partie. On fera tout ce qu’il faut, aussi longtemps qu’il le faudra », a-t-il dit.

Le premier ministre a trouvé une autre occasion de critiquer les conservateurs en répondant aux médias.

Il l’a fait en esquivant une question sur la promesse de faire un chèque pouvant atteindre 1200 $ pour chaque enfant de moins de 6 ans pour les familles à revenu faible et moyen qui ont droit à l’Allocation canadienne pour enfants (ACE).