(Québec) Les intentions du gouvernement Legault se précisent concernant le tramway de Québec. Il envisage de faire des coupes dans les deux extrémités du tracé, les tronçons nord à Charlesbourg et ouest à Cap-Rouge, afin de desservir Lebourgneuf et D’Estimauville, a appris La Presse.

Tommy Chouinard Tommy Chouinard
La Presse

Il y aurait un plus grand achalandage dans ces deux secteurs en pleine croissance, selon lui. Les besoins en matière de transport collectif y sont déjà importants, ajoute-t-on.

Les pourparlers ont commencé avec la Ville de Québec à la suite du rapport défavorable du Bureau d’audiences publiques sur l’environnement (BAPE) au projet de tramway du maire Régis Labeaume. Le ministre des Transports, François Bonnardel, a demandé à la Ville de revoir le projet, sans remettre en question le choix du tramway comme mode de transport « lourd » et « colonne vertébrale » du réseau.

La réflexion du gouvernement avance au sujet du tracé le plus adéquat. Les deux extrémités actuelles sont remises en question.

À partir de ses propres études d’achalandage, qui sont en train d’être finalisées, Québec conclut que les choix faits par la Ville ne sont pas les plus judicieux. « Le tramway s’en va dans deux extrémités qui ne seraient pas achalandées », résume une source impliquée dans le dossier.

Le gouvernement doute ainsi de la pertinence des tronçons ouest, jusqu’au secteur Chaudière près de l’IKEA, et nord, menant au Trait-Carré, à Charlesbourg.

Dans le premier cas, le choix de ce secteur ne repose pas sur un besoin immédiat en transport collectif, et les estimations d’achalandage de la Ville ne tiennent pas la route, explique-t-on.

Un tracé en fonction de l’achalandage

La Ville veut développer un nouveau quartier et attirer des entreprises, ce à quoi le gouvernement se dit très favorable. Le hic, c’est qu’il n’y a pas de projets tangibles pour le moment, a constaté Québec après vérifications. Ce serait, selon lui, hasardeux d’y prévoir un tronçon du tramway — qui est d’ailleurs particulièrement long, donc coûteux, note-t-on. Pour justifier cette portion, il faudrait que la Ville soumette un véritable plan de développement du secteur et présente une perspective plus concrète en termes de création d’emplois.

Le gouvernement conteste l’autre argument de la Ville pour justifier le choix du secteur Chaudière, à savoir qu’il s’agit du seul endroit ayant des terrains assez vastes pour accueillir un garage d’entretien pour les wagons. Il existe d’autres options, insiste-t-il, sans préciser lesquelles pour le moment.

Le gouvernement Legault doute également de l’achalandage promis par la Ville en amenant le tramway jusqu’au Trait-Carré, à Charlesbourg. La densité de population n’est pas très importante dans le secteur, fait-on valoir. Le tracé vers le nord pourrait être écourté et s’arrêter à la 41e Rue, à l’extrémité des quartiers Limoilou et Lairet, au sud de l’autoroute Félix-Leclerc, précise-t-on. Il y aurait alors quatre stations de moins, selon ce scénario. On préserverait malgré tout l’idée d’attirer des voyageurs en provenance de Lac-Beauport et de Stoneham, par exemple, toujours selon une source gouvernementale.

Québec juge qu’une desserte digne de ce nom doit être assurée dans Lebourgneuf. C’est le troisième pôle d’emplois et d’activités en importance dans la capitale, après ceux de Sainte-Foy et du centre-ville qui, eux, font partie du tracé du tramway. On imagine une desserte susceptible d’attirer des voyageurs en provenance de la Haute-Saint-Charles, de Val-Bélair et de Shannon — des secteurs en forte croissance démographique.

Le gouvernement Legault plaide également en faveur de D’Estimauville. On souligne que ce secteur va continuer de croître avec la création de la zone d’innovation du Littoral Est. On pourrait du même coup desservir entre autres le cégep de Limoilou et l’hôpital de l’Enfant-Jésus, en pleine expansion. Le projet pourrait également séduire les voyageurs en provenance de Beauport et de la Côte-de-Beaupré, ajoute-t-on.

Trambus

Les préoccupations du gouvernement rejoignent celles du BAPE. Son rapport, rendu public plus tôt ce mois-ci, a été décrié par le maire Labeaume.

PHOTO YAN DOUBLET, ARCHIVES LE SOLEIL

Régis Labeaume, maire de Québec

Si le gouvernement souhaite une modification du tracé du tramway, il n’exclut pas à ce stade-ci que l’une ou l’autre des dessertes supplémentaires soit assurée par un trambus. La Ville avait abandonné en juin le trambus qui devait se rendre entre autres à D’Estimauville. Elle l’avait fait pour des raisons budgétaires ; les coûts prévus du tramway avaient augmenté. Or, les études du gouvernement tendent à démontrer que le retrait du trambus entraîne une baisse de l’achalandage du tramway, contrairement à ce que soutient la Ville, selon notre source.

Le gouvernement Legault tient à ce que l’enveloppe de 3,3 milliards de dollars soit respectée. C’est une promesse électorale, insiste-t-on. Québec consacre 1,8 milliard au projet ; Ottawa, 1,2 milliard et la Ville, 300 millions.

Autre enjeu important pour le gouvernement : le projet de tramway doit s’intégrer au troisième lien, sa promesse électorale de tunnel entre Québec et Lévis dont le coût est toujours inconnu.