(Québec) Le premier ministre François Legault a profité du congrès virtuel de son parti pour faire la promotion de son chantier « Fabriqué au Québec », samedi, à quelques jours de la mise à jour budgétaire de son gouvernement, qui fera une large place à un plan de relance économique.

Tommy Chouinard Tommy Chouinard
La Presse

Ce congrès de la Coalition avenir Québec (CAQ) devait se tenir le printemps dernier, mais il a été reporté en raison de la pandémie de COVID-19. Le parti a opté pour un exercice virtuel plutôt expéditif, de 90 minutes, où aucune proposition n’a été soumise au débat. Les militants avaient jusqu’à 17 h pour voter afin d’élire la présidente du parti : Alice Khalil, qui occupe cette fonction depuis le printemps 2019, faisait face à Sarah Beaumier, elle aussi ex-candidate du parti aux élections de 2018. La CAQ a maintenu un certain suspense électoral ; on ne connaîtra l’identité de la gagnante que dimanche matin.

Environ 2000 militants s’étaient inscrits à ce rendez-vous en ligne, selon la CAQ – on a remarqué un peu moins de 1000 visionnements simultanés sur YouTube et Facebook. Le parti a observé une minute de silence à la mémoire des victimes du coronavirus.

Dans une allocution préenregistrée, François Legault a d’abord remercié les Québécois qui ont contribué à la lutte contre la COVID-19, faisant un clin d’œil aux anglophones avec quelques commentaires en anglais pour leur dire que son parti les « accueille à bras ouverts » et qu’il souhaite que « tout le monde soit de fiers Québécois ».

« J’aimerais pouvoir vous dire que le pire est derrière nous, mais ce n’est pas fini, la guerre n’est pas gagnée, a-t-il réitéré. Il y a encore des mois difficiles devant nous. Il s’agit de voir ce qui se passe en Europe, entre autres en France, mais aussi dans certains États aux États-Unis. Dès qu’on pense qu’on est bon, le virus revient deux fois plus fort. » Il a fait valoir qu’il y a « malgré tout de l’espoir », puisque le nombre de nouveaux cas de COVID-19 est stable depuis maintenant six semaines.

Surtout, François Legault a insisté sur une autre « bataille », celle « pour relancer notre économie ». « Et ce n’est pas une petite bataille », a-t-il insisté, rappelant que des milliers de Québécois ont perdu leur emploi et que l’on a connu au printemps la pire crise économique depuis la Seconde Guerre mondiale. Il a soutenu que le Québec connaît jusqu’ici « la meilleure relance au Canada depuis l’été ».

« La pandémie, c’est aussi une opportunité de relancer notre économie sur une nouvelle base, dans une nouvelle direction », a-t-il affirmé. « Parce qu’avec le télétravail, les achats en ligne, l’intelligence artificielle, la robotisation, c’est une nouvelle économie qui se présente à nous. »

« On a un grand chantier qui va profiter à toutes les régions du Québec, le chantier “Fabriqué au Québec” », a-t-il ajouté, revenant à la charge sur un projet qu’il avait présenté en entrevue avec La Presse il y a un peu plus de deux mois.

« Une de nos grandes ambitions, c’est de rendre le Québec plus autonome. Pour ça, il ne faut pas seulement encourager les Québécois à acheter québécois, il faut aussi augmenter notre production au Québec », a-t-il plaidé.

C’est le cas en agriculture, puisque « seulement la moitié des aliments qu’on consomme sont produits au Québec » à l’heure actuelle. « Il faut produire plus de fruits et de légumes, même l’hiver », a dit le premier ministre, insistant sur la production en serre. « Et on veut ajouter d’autres productions : le bœuf, le vin. »

Le chantier « Fabriqué au Québec » concerne aussi le secteur de la forêt, alors que le gouvernement vient de présenter un nouveau régime forestier visant à assurer plus de prévisibilité à l’industrie concernant les volumes de coupe. Du côté des mines, « on est assis sur d’immenses réserves de métaux stratégiques comme le lithium », qui entre dans la fabrication des batteries pour véhicules électriques. « Les États-Unis s’inquiètent parce qu’il y a un quasi-monopole de ces métaux de la part de la Chine et ils cherchent un partenaire fiable. C’est nous, le Québec peut offrir ça », a lancé François Legault.

Des travailleurs devront être « requalifiés », ce qui signifie que « des jeunes et des moins jeunes vont devoir retourner aux études parfois une fois, deux fois, trois fois pour relever de nouveaux défis dans la nouvelle économie ».

Dans le secteur du tourisme, le premier ministre promet des investissements dans les infrastructures d’hébergement, constatant que les Québécois « ont eu la piqûre » des régions l’été dernier. « Quand les gens de Montréal vont avoir essayé nos régions, ils ne voudront plus passer leurs vacances nulle part ailleurs », a-t-il prédit, rappelant que « ce n’est pas tout de suite » que l’on pourra aller dans le Sud ou en Europe.

Il est revenu sur l’accélération de projets d’infrastructures publiques, prévue au projet de loi 66. « On ne parle pas de projets controversés », a-t-il dit, ajoutant que « ce n’est pas vrai que quelques petits groupes vont retarder des projets pendant des années ». « Ce n’est pas normal que ce soit aussi long avant d’avoir toutes les autorisations. C’est possible d’accélérer la réalisation de projets sans négliger l’environnement et sans tomber dans la corruption. »

François Legault compte faire « exploser les investissements des entreprises », misant sur le rôle « crucial du nouvel Investissement Québec » – organisme qui a fait l’objet d’une refonte en début de mandat. « Investissement Québec va prendre plus de risques pour créer plus d’emplois payants dans chaque région du Québec », a-t-il dit. Il a ajouté que le gouvernement « va réinvestir dans de nouveaux CLD [centres locaux de développement,] dans chaque région, chaque MRC ».

Un plan de relance économique sera d’ailleurs au cœur de la mise à jour budgétaire que le ministre des Finances, Eric Girard, présentera jeudi. Des fonds seront injectés pour soutenir les projets des entreprises. Québec prévoit toujours un déficit de 15 milliards de dollars – ce qui comprend une provision de 4 milliards qui, en partie, servira à financer le plan de relance. Il s’attend à un retour à l’équilibre budgétaire en 2025-2026.

Au cours du congrès virtuel de dimanche, le ministre de la Santé et des Services sociaux, Christian Dubé, a souligné les mesures mises en place pour combattre « le foutu virus », appelant à l’unité dans cette lutte. « Après, il y aura du temps pour la partisanerie, et la CAQ sera au rendez-vous », a-t-il dit.

Quelques instants plus tard, lors d’un « tour de table entre ministres », Marie-Eve Proulx (Développement économique régional) s’en est prise aux libéraux, les accusant d’avoir fait un « saccage » dans les outils de développement en région. La présidente du Conseil du trésor, Sonia LeBel, a affirmé que l’une de ses priorités est de transférer en région 5000 emplois de la fonction publique. L’essor du télétravail facilitera la tâche du gouvernement, selon elle.

De son côté, le ministre de l’Éducation, Jean-François Roberge, a souligné que, d’ici la fin du mandat, il veut mettre en œuvre une réforme du cours d’éthique et de culture religieuse et « renforcer » le rôle du « protecteur de l’élève » dans les écoles. Il s’agirait désormais de « protecteurs régionaux » – ce qui laisse croire qu’il n’y en aurait plus un par centre de services scolaire – et ceux-ci exerceraient leur pouvoir non seulement dans le réseau public, mais aussi dans le réseau privé. Au cours des dernières années, le processus d’examen des plaintes dans les écoles a fait l’objet de nombreuses critiques.