(Ottawa) Le NPD fait durer le suspense. Même s’il revendique une « victoire majeure » obtenue avec la bonification de la prestation qui doit succéder à la PCU dans un projet de loi déposé jeudi matin, le chef Jagmeet Singh veut en obtenir encore davantage avant de dire si ses troupes voteront pour le discours du Trône, et éviter ainsi un appel aux urnes.

Mélanie Marquis Mélanie Marquis
La Presse

« C'est une grande réussite pour les gens », s'est réjoui le dirigeant néo-démocrate en point de presse après la période des questions, jeudi, en faisant référence aux modalités du programme visant à remplacer la PCU, une mesure qui avait coûté 78 milliards de dollars au 13 septembre, et qui vient à échéance cette semaine.

Dans le projet de loi C-2 déposé en matinée, les libéraux proposent de bonifier leur offre initiale pour les Canadiens qui feront la transition de la Prestation canadienne d’urgence (PCU) à la Prestation canadienne de la relance économique (PCRE).

Ainsi, au lieu de toucher 400 $ par semaine – un montant mis de l’avant il y a environ un mois qui avait été jugé insuffisant par le NPD –, les Canadiens recevraient un chèque de 500 $ par semaine, pendant 26 semaines, soit jusqu'en janvier 2021.

La mesure législative C-2 prévoit aussi le versement d’une prestation de maladie de 500 $ par semaine, pour une période pouvant aller jusqu'à deux semaines, aux travailleurs qui doivent se placer en isolement.

C’est là qu’il y a un hic, selon le chef Singh. Mais puisque des négociations sont en cours, il n’a pas voulu préciser quel était le hic. Il a aussi refusé de dire ce que son parti ferait au moment du vote sur de confiance sur le discours du s’il n’a pas gain de cause.

« On a confiance qu’on peut réaliser des gains », a-t-il plaidé. Mais l’objectif « n’est pas de plonger le pays dans des élections », a martelé le dirigeant, même si le NPD serait « prêt » si le gouvernement Trudeau tombait.

Le Bloc reste campé sur sa position

Les bloquistes, pour leur part, persistent et signent : si Ottawa n’accède pas à la requête des premiers ministres provinciaux et territoriaux de majorer les transferts en santé, ils voteront contre le discours du Trône dévoilé mercredi.

Il n'y avait aucune mention d'une éventuelle bonification des transferts en santé dans l'allocution en question, ce qui a provoqué un vif mécontentement du premier ministre François Legault, qui a parlé d'un exercice « décevant » sur Twitter.

On y trouve, en revanche, un éventail de propositions fédérales en matière de santé : établissement de normes nationales pour les centres de soins pour aînés, aide pour accroître l'accès aux tests de dépistage, régime universel d’assurances-médicament.

« C’est un acte de guerre », a lancé en mêlée de presse le leader parlementaire du Bloc à la Chambre des communes, Alain Therrien, avant la période des questions, accusant les libéraux d’avoir opté pour la « confrontation ».

Les premiers ministres des provinces et des territoires ont fait front commun la semaine dernière, à quelques jours de la présentation du discours du Trône, pour réclamer du gouvernement fédéral une injection de 28 milliards de dollars.

Le chef du Bloc québécois, Yves-François Blanchet, a posé un ultimatum au gouvernement Trudeau: l'appui des troupes bloquistes au discours du Trône ne viendra pas si les 28 milliards de dollars ne viennent pas dans les prochains jours.

« Le gouvernement de Justin Trudeau a une semaine pour consentir les transferts en santé, sans condition, aux provinces et au Québec, à défaut de quoi le Bloc Québécois votera contre [le discours du Trône] », a-t-il déclaré dans son discours à la nation, mercredi soir.

Santé : Trudeau incisif

Le premier ministre Justin Trudeau a été bombardé de questions en Chambre sur l’enjeu de la santé ; bloquistes et conservateurs lui ont sévèrement reproché d’empiéter dans le champ de compétence des provinces et territoires en matière de santé.

PHOTO BLAIR GABLE, REUTERS

Le premier ministre Justin Trudeau lors de la période des questions, jeudi.

Au député conservateur Gérard Deltell, qui l’accusait d’avoir déclenché « une chicane » entre le fédéral et les provinces, il a servi cette boutade : « Ce n'était pas l'opinion du premier ministre du Québec quand il nous a demandé d'envoyer les forces armées pour aider [...] les aînés dans nos CHSLD ».

Un peu plus tôt dans la journée, la vice-première ministre Chrystia Freeland a argué que le fédéral a transféré plusieurs milliards de dollars depuis le début de la pandémie de la COVID-19 lorsqu'on l'a invitée à expliquer pourquoi Ottawa ne consentait pas à une hausse du transfert en santé.

« On est déjà là, avec notre Accord sur la relance sécuritaire de 19 milliards de dollars, dont 13 milliards de ces dollars sont pour la santé et spécifiquement la lutte contre le coronavirus », a-t-elle souligné en conférence de presse à Ottawa.

PHOTO SEAN KILPATRICK, LA PRESSE CANADIENNE

La vice-première ministre et ministre des Finances, Chrystia Freeland.

Le premier ministre québécois François Legault a eu une conversation avec ses collègues du Conseil de la fédération. Dans un communiqué publié jeudi après-midi, les premiers ministres y ont réitéré leur déception « concernant l’absence d’engagement, dans le discours du Trône, à l’égard de leur priorité numéro un ».