(Ottawa) L’organisme WE Charity s’est inscrit au registre fédéral des lobbyistes, plusieurs mois après avoir entamé des discussions avec des responsables fédéraux sur divers programmes pouvant venir en aide aux jeunes Canadiens pendant la pandémie de COVID-19.

La Presse canadienne

Le directeur général de l’organisme, Dalal Al-Waheidi, a annoncé jeudi la nouvelle lors de sa comparution devant le comité permanent des finances de la Chambre des communes. Celui-ci enquête sur la controversée décision du gouvernement fédéral de verser à WE Charity (Unis en français) jusqu’à 43,5 millions pour administrer la Bourse canadienne pour le bénévolat étudiant, un programme fédéral d’urgence maintenant abandonné.

Le commissariat aux conflits d’intérêts et à l’éthique a aussi déclenché une enquête afin de déterminer si des éléments de la controverse contrevenaient à la loi sur les conflits d’intérêts. Des proches du premier ministre Justin Trudeau et du ministre des Finances Bill Morneau ont des liens étroits avec WE Charity.

La controverse a aussi contraint, du moins en partie, l’organisme à réduire ses activités, mettant à pied des dizaines de personnes au Canada et au Royaume-Uni. Il souhaite vendre des actifs immobiliers à Toronto.

Les dirigeants de WE Charity affirment que la situation financière de l’organisme a été grandement ébranlée par la pandémie de COVID-19 et les « évènements récents ».

Au siège social international de Toronto, 16 employés à temps plein perdront leur gagne-pain et les contrats de 51 autres employés contractuels ne seront pas renouvelés lorsqu’ils expireront à la fin du mois. Les activités de WE Charity au Royaume-Uni seront par ailleurs centralisées au Canada, ce qui signifie que 19 employés à temps plein et contractuels à Londres seront remerciés.

De plus, l’organisme envisage de vendre un certain nombre d’édifices d’un pâté de maisons près de Moss Park, à Toronto, acquis dans le cadre du 25e anniversaire de WE dans le but de créer un campus pour les jeunes.

Au cours de son témoignage, M. Al-Waheidi a admis que la controverse avait eu un impact « dévastateur » sur l’organisation caritative.

« Ces décisions n’ont pas été faciles à prendre », a-t-il déclaré.

Dans son inscription au Registre des lobbyistes, WE Charity fait état de 65 communications avec des fonctionnaires et même des ministres fédéraux de 19 ministères ou institutions, remontant à janvier 2019. Il nomme 18 personnes, dont M. Al-Waheidi, parmi les lobbyistes internes de l’organisation.

Selon une précision du Commissariat au lobbying du Canada, publiée en juillet, une organisation doit s’inscrire au registre dans un délai de deux mois « lorsque le temps total consacré aux activités de lobbying par l’ensemble des employés rémunérés est égal à 20 pour 100 ou plus du temps d’emploi d’un seul employé ».

Le mois dernier, les partis d’opposition ont demandé à la commissaire au lobbying Nancy Bélanger d’enquêter sur la violation de la loi par WE Charity.

M. Al-Waheidi a déclaré au comité que si WE Charity avait jugé nécessaire de s’inscrire plus tôt, il l’aurait fait.

La majeure partie des communications entre l’organisme et le gouvernement se sont déroulées d’avril à juin. Les notices accompagnant chaque inscription ne donnent pas de précision, se contentant de dire que des questions relatives à « l’emploi et à la formation » avaient été discutées.

Des ministres et des fonctionnaires fédéraux ont reconnu avoir eu des discussions avec WE Charity en avril au sujet d’une proposition d’entrepreneuriat social non sollicitée que le gouvernement libéral a finalement rejetée.

Les communications de mai et juin portaient vraisemblablement sur la Bourse canadienne pour le bénévolat étudiant, dont l’objectif était d’encourager les étudiants à devenir bénévoles pour des activités communautaires liées à la pandémie de COVID-19.