(Ottawa) Le Bloc québécois lance un ultimatum à Justin Trudeau : le premier ministre et son ministre des Finances Bill Morneau doivent quitter leurs fonctions à défaut de quoi la formation souverainiste déposera une motion de censure à la Chambre des communes en octobre dans le but de convoquer les électeurs aux urnes cet automne.

Joël-Denis Bellavance Joël-Denis Bellavance
La Presse

Le chef du Bloc québécois, Yves-François Blanchet, a considérablement durci le ton mercredi en conférence de presse, déclarant que le gouvernement libéral, empêtré dans le scandale WE Charity depuis deux mois, n’est plus digne de la confiance de la Chambre des communes.

Malgré la pandémie de la COVID-19, le chef bloquiste a affirmé que la tenue d’élections générales est le remède qui s’impose pour corriger les maux d’éthiques qui accablent le gouvernement Trudeau, qui, au surplus, gère d’une manière douteuse les fonds publics en accordant des contrats à des groupes ayant des liens avec les libéraux.

Pour renverser le gouvernement minoritaire libéral de Justin Trudeau, le Bloc québécois aura besoin de l’appui du Parti conservateur et du NPD. Le NPD s’est montré peu enclin à provoquer des élections anticipées, tandis que le Parti conservateur doit se donner un nouveau leader la semaine prochaine.

Outre le départ de Justin Trudeau et du ministre des Finances, M. Blanchet réclame aussi maintenant que la chef de cabinet du premier ministre, Katie Telford, tire sa révérence après les révélations publiées dans le National Post et The Globe and Mail selon lesquelles la que la Société canadienne d’hypothèques et de logement (SCHL) a versé jusqu’à 84 millions à l’entreprise MCAP, dont le vice-président est Robert Silver et le conjoint de Mme Telford.

« Oui », a répondu M. Blanchet quand il a été interrogé par un journaliste au sujet de sa ferme intention de déposer une motion de censure si les départs exigés ne se concrétisent pas.

« Il y a un Québécois sur deux qui pense que c’est une bonne idée d’aller en élections », a ajouté le chef bloquiste, qui a effectué une tournée du Québec durant l’été

Et pour justifier la décision de son parti, M. Blanchet a ajouté : « Dans un premier temps, je réitère qu’il est préférable que M. Trudeau et M. Morneau, qui ont clairement établi que leurs priorités ou leur façon de gérer l’argent des contribuables n’étaient pas dignes de la fonction qu’ils occupent, devraient se retirer. Et c’est clairement notre préférence. Maintenant, s’il faut aller en élections parce qu’on en a arriverait à la conclusion que c’est moins pire d’aller en élections que de les laisser là, oui, il existe des mesures de distanciation physique possible. Parce que si on prend le raisonnement a contrario, cela voudrait dire que tant qu’il y a une pandémie, nous vivons en dictature. Je pense que cela ne plairait à personne. On a l’obligation d’être prêts à faire ce qu’il faudra faire quand il faudra le faire », a dit M. Blanchet.

Le gouvernement Trudeau se retrouve sur la défensive depuis qu’il a accordé un contrat sans appel d’offres à l’organisme de bienfaisance WE Charity au printemps. Cet organisme a été contraint d’abandonner le projet le 3 juillet dans la foulée des révélations selon lesquelles des membres de la famille du premier ministre avaient touché près de 350 000 $ en cachets de la part de WE Charity pour des discours prononcés lors d’événements organisés par l’organisme. Au même moment, il a aussi été révélé que la fille du ministre des Finances Bill Morneau est à l’emploi de l’organisme.

Le premier ministre et M. Morneau se sont excusés pour ne pas s’être récusés lors de la réunion du cabinet au cours de laquelle le contrat sans appel d’offres a été accordé à WE Charity le 22 mai.

MM. Trudeau et Morneau font l’objet d’une enquête de la part du commissaire à l’éthique et aux conflits d’intérêts, Mario Dion, relativement à cette affaire. Dans le cas de M. Morneau, M. Dion a élargi la portée de son enquête afin d’y inclure les aveux du ministre des Finances devant un comité parlementaire selon lesquels que WE Charity avait payé des frais de voyage de 41 000 $ à lui et à sa famille pour des séjours au Kenya et en Équateur en 2017. M. Morneau a signé un chèque personnel à l’organisme le mois dernier pour rembourser le montant.