(Ottawa) Le premier ministre du Canada a signalé vendredi qu’il ne voyait pas de raison de dégommer son ministre des Finances.

Mélanie Marquis Mélanie Marquis
La Presse

La veille, lors de son témoignage devant le comité permanent des finances, qui étudie l’affaire WE Charity (Mouvement UNIS, en français), il avait déclaré qu’il n’était pas au courant des voyages faits en 2017 par Bill Morneau et certains membres de sa famille au Kenya et en Équateur, des périples pour lesquels l’organisme avait épongé 41 366 $.

Mais vendredi, en conférence de presse dans les locaux de l’Agence de la santé publique du Canada, le premier ministre Trudeau a voulu insister sur l’aspect vertueux du geste, rappelant que son ministre a fait un chèque pour rembourser les dépenses encourues, et qu’il s’est aussi excusé d’avoir commis cette erreur.

« Je pense que les gens comprennent que c’est en général une bonne idée » de ne pas simplement « prendre des vacances personnelles », mais d’en profiter pour « appuyer des bonnes causes partout dans le monde », a-t-il offert, convenant néanmoins « que les gens ont des questions pour M. Morneau ».

Aux partis d’opposition qui réclament la tête du ministre des Finances, Justin Trudeau a répondu qu’il fallait garder en tête le travail que ce dernier, tout « particulièrement », avait fait pour « aider des millions de Canadiens » depuis le début de la pandémie de la COVID-19.

Malgré les tentatives des journalistes d’obtenir des clarifications sur certains éléments de son témoignage, des zones d’ombre persistent. On ignore exactement, par exemple, quelles informations lui ont été fournies à l’issue des vérifications qu’il avait réclamées avant que le cabinet donne le feu vert à WE Charity.

Le premier ministre n’a pas expliqué pourquoi il est passé de sceptique à convaincu entre le 8 mai et le 22 mai. « Les drapeaux rouges qui ont été levés m’ont amené à dire : “Wô les moteurs, on fait des vérifications supplémentaires, on s’assure qu’effectivement, [WE Charity] est le seul [véhicule] qui peut livrer” », a-t-il dit.

Il a de nouveau exprimé ses regrets de ne pas s’être récusé de la décision du cabinet d’approuver l’octroi du contrat de gestion du programme de bourses de bénévolat étudiant, d’autant plus que celui-ci est « en grande difficulté » en raison de la controverse.

Le commissaire aux conflits d’intérêts et à l’éthique, Mario Dion, a ouvert une enquête sur Justin Trudeau et Bill Morneau. Dans le cas du ministre des Finances, ses voyages seront aussi scrutés par l’agent indépendant du Parlement, qui met en moyenne sept mois à réaliser une investigation.

Vers la fin de la PCU

Le premier ministre a par ailleurs voulu préparer psychologiquement les bénéficiaires de la prestation canadienne d’urgence (PCU) de la fin prochaine du programme.

« Mais aux gens qui ont besoin de ce programme, n’ayez crainte. Personne ne sera laissé en plan », a-t-il dit.

Le gouvernement compte transférer tous ceux qui reçoivent encore la PCU au régime d’assurance-emploi.

Pour ceux qui n’y auraient toujours pas accès, comme les travailleurs à contrats, une « prestation de transition » similaire l’assurance-emploi sera mise sur pied, a affirmé Justin Trudeau.

« Cette prestation va notamment prévoir un accès à la formation et permettre aux gens de retourner au travail et de gagner plus d’argent, tout en recevant des prestations », a-t-il spécifié.

Un programme de prestations de maladie et de prestations pour proches aidants sera aussi éventuellement lancé.

59 millions pour les migrants

Le gouvernement a décidé d’investir près de 59 millions de dollars pour protéger la santé et la sécurité des migrants qui travaillent dans les champs du pays.

L’argent sera utilisé pour augmenter le nombre d’inspections, procurer des services d’urgence lorsque nécessaire et améliorer les conditions de vie de ces travailleurs.

Un trio ministériel se penche par ailleurs sur des façons d’améliorer le programme de travailleurs étrangers temporaires dans son ensemble.

« Cela comprend des mesures comme l’élaboration de critères obligatoires pour améliorer les conditions de vie pour les travailleurs », a indiqué Justin Trudeau.

Mais les Canadiens peuvent aussi mettre la main à la pâte, a-t-il tenu à souligner.

« Que vous soyez étudiant ou que vous cherchiez une job à temps plein, il y a beaucoup d’opportunités en ce moment dans le secteur de l’agriculture et de l’agroalimentaire », a-t-il argué.

« Les gens qui travaillent dans ce domaine nourrissent nos familles et remplissent les étagères de nos épiceries », a souligné Justin Trudeau.