(Ottawa) Le comité permanent de l’éthique, qui devait décider vendredi s’il scruterait lui aussi à la loupe l’entente que le gouvernement Trudeau avait conclue avec l’organisme de bienfaisance WE Charity, est paralysé par les libéraux qui espèrent vraisemblablement empêcher la démarche.

Mélanie Marquis Mélanie Marquis
La Presse

L’étude que les députés de l’opposition ont proposé de mener vise à « examiner les mesures en place pour prévenir les conflits d’intérêts dans les politiques de dépenses du gouvernement fédéral », dans la foulée de l’affaire WE Charity, Mouvement UNIS en français, qui a plongé le gouvernement de Justin Trudeau dans la tourmente.

Mais les élus libéraux qui siègent comité ont fait de l’obstruction parlementaire pendant plus de trois heures, vendredi, si bien que motion qui avait été déposée vers 11 h n’a pu être mise aux voix. Les libéraux, qui sont minoritaires au comité comme ils le sont au Parlement, ont fini par faire adopter une motion d’ajournement des travaux, au grand dam du député conservateur Michael Barrett, parrain de la motion.

Résultat: le comité se réunira à nouveau lundi.

« Nous ne sommes pas un organe d’enquête », avait notamment plaidé à plusieurs reprises la libérale Brenda Shanahan en rappelant que le commissaire aux conflits d’intérêts et à l’éthique avait accepté d’ouvrir deux investigations (une sur le premier ministre Justin Trudeau, l’autre sur le ministre des Finances Bill Morneau).

Elle a argué que s’il était normal que les politiciens soient scrutés à la loupe, « c’est une autre chose » en ce qui a trait à leur famille et a signalé son inconfort à l’idée de « commence[r] à faire des investigations dans chacun[e] des familles » des élus. « Ce n’est pas le rôle du comité de salir les réputations des gens », a plaidé Mme Shanahan, vice-présidente du comité permanent.

Après un moment, le député conservateur Jacques Gourde s’est plaint de la « séance de patinage artistique » à laquelle il a dit avoir l’impression d’assister. « Sauf votre respect, Mme Shanahan, je ne comprends vraiment pas où vous voulez aller », a-t-il lâché au micro à la table du comité, qui se réunissait en personne à Ottawa, vendredi.

À son tour de parole, qui a duré plus de 30 minutes, l’élue libérale Élisabeth Brière a notamment discouru sur l’étymologie du mot démocratie, sur le concept de l’État de droit ainsi que sur les contributions de l’auteur Alexis de Tocqueville. Son collègue Greg Fergus a parlé à peu près aussi longtemps et révélé qu’il s’était abonné aux « hansards » (les journaux des débats parlementaires) à l’âge de 14 ans.

Dans le camp néo-démocrate, Charlie Angus a fait valoir qu’il regrettait d’avoir à parler des membres du clan Trudeau, saluant au passage le travail de Margaret Trudeau et de Sophie Grégoire Trudeau. Mais le fait que la mère et le frère de Justin Trudeau (Alexandre) aient touché des cachets alors que les libéraux étaient au pouvoir ressemble à une « tentative d’acheter de l’influence politique » de la part des frères Craig et Mark Kielburger, les cofondateurs de Mouvement UNIS, a exposé l’élu.

Autre comité, même enquête

Le comité permanent des finances a amorcé jeudi son étude la conclusion de l’entente controversée entre le gouvernement Trudeau et l’organisation caritative. On y a notamment appris que Mouvement UNIS aurait pu obtenir jusqu’à 43,5 millions de dollars pour la gestion du programme de bourses de 900 millions de dollars.

Le premier ministre Trudeau et le ministre Morneau, dont les familles avaient des liens étroits avec l’organisme, n’ont pas encore annoncé s’ils iraient témoigner au comité, où on les a invités à livrer leur version des faits.

Entre 2016 et 2020, pour 28 apparitions qu’elle a faites à des évènements chapeautés par Mouvement UNIS, la mère du premier ministre, Margaret Trudeau, a reçu quelque 250 000 $, tandis que son frère, Alexandre Trudeau, a obtenu environ 32 000 $ pour huit allocutions. Quant à Sophie Grégoire Trudeau, elle a reçu un chèque de 1400 $ en 2012.

Chez les Morneau, la fille du grand argentier, Clare, a prononcé des discours sans être rémunérée. L’autre fille, Grace Acan, travaille présentement sous contrat pour l’organisme.

Tant Justin Trudeau que Bill Morneau se sont excusés, lundi, de ne pas s’être retirés des discussions qui ont eu lieu au cabinet sur ce dossier. À ces mea culpa s’est ajouté celui de la vice-première ministre Chrystia Freeland, qui a néanmoins réitéré son entière confiance envers Justin Trudeau malgré tout.

Morneau accepte de comparaître

Le ministre Morneau a affirmé vendredi, en marge d’une annonce, qu’il acceptait le carton d’invitation que lui a envoyé le comité des finances. « Bien sûr, je vais toujours coopérer avec le comité des finances, et je vais être avec eux pour une discussion. Je n’ai pas encore la date, mais c’est quelque chose que je vais faire », a-t-il souligné.

Le premier ministre, dont les députés d’opposition réclament aussi le témoignage n’a pas fait part de ses intentions.