(Ottawa) Le Mouvement UNIS (WE Charity) aurait pu toucher jusqu’à 43,5 millions de dollars si le programme de bourses étudiantes qu’on lui avait confié avait été déployé pour une deuxième phase.

Mélanie Marquis Mélanie Marquis
La Presse

C’est ce qu’a précisé la ministre de la Diversité et de l’Inclusion et de la Jeunesse, Bardish Chagger, dans la déclaration d’ouverture qu’elle a livrée au comité permanent des finances, qui a débuté jeudi son étude sur cette affaire qui a plongé le gouvernement Trudeau dans l’embarras.

Jusqu’à présent, le gouvernement avait parlé d’un paiement de 19,5 millions pour la gestion de ce programme.

Questionnée par le député conservateur Pierre Poilievre, elle a affirmé ne pas avoir personnellement parlé du dossier avec le premier ministre Justin Trudeau ou avec le ministre des Finances Bill Morneau, dont les familles ont des liens étroits avec l’organisation caritative.

La ministre Chagger n’a cependant pas pu ou voulu préciser si des membres de son personnel avaient pu avoir des discussions à ce sujet avec le bureau du premier ministre ou encore avec celui du ministre des Finances.

Elle a par ailleurs réitéré que la recommandation d’opter pour UNIS venait de la fonction publique, plus spécifiquement de Rachel Wernick, sous-ministre adjointe principale, Direction générale des compétences et de l’emploi (DGCE) à Emploi et développement social Canada (EDSC).

La recommandation a été faite par écrit à l'intention du cabinet, a-t-elle souligné.

La ministre Chagger a également tenu à clarifier le fait que ce n’était pas un contrat sans appel d’offres qui avait été octroyé à l’organisation, mais bien une « entente de contribution », une distinction technique qui a son importance, a-t-elle argué.

Trudeau ne confirme pas sa présence

Au comité, on attend encore de voir si le premier ministre Justin Trudeau viendra témoigner à la table. Un carton d’invitation lui a été envoyé par l’élu conservateur Pierre Poilievre. Le Bloc québécois et le NPD appuient cette demande.

En marge d’une annonce qui précédait de 30 minutes le début de la réunion du comité, et qui l'a légèrement chevauchée, le principal concerné a affirmé être « en train de regarder l’invitation ». Avant de dire cela, il a signalé qu’il allait parler au Parlement mercredi prochain lors de la séance prévue aux Communes.

À ses côtés, sa vice-première ministre, Chrystia Freeland, a tenu à présenter ses excuses pour l’« erreur » qui a été commise dans ce dossier. Elle emboîte ainsi le pas à son patron ainsi qu’au ministre Morneau, lesquels ont fait acte de contrition en début de semaine.

PHOTO SEAN KILPATRICK, LA PRESSE CANADIENNE

La vice-première ministre Chrystia Freeland a tenu à présenter ses excuses pour l’« erreur » qui a été commise dans ce dossier.

« Clairement, tous les membres du Cabinet sont responsables de cette situation. En ce qui me concerne, j'en prends la responsabilité, et je regrette beaucoup ce qui s'est passé. Et j'aimerais dire aux Canadiens que je suis désolée », a-t-elle laissé tomber.

Lorsqu'on lui a demandé de répéter en français cette réponse faite en anglais, elle en a profité pour dire son appui indéfectible à l'endroit de Justin Trudeau. « J'aimerais ajouter, pour être très claire, que le premier ministre a ma confiance entière, et c'est un privilège pour moi de servir dans son cabinet. »

Morneau dans le viseur du commissaire

Preuve supplémentaire, s'il en fallait une, que le dossier UNIS n'a pas fini de coller à la peau des libéraux, le commissaire aux conflits d'intérêts et à l'éthique, Mario Dion, a confirmé jeudi qu'il acceptait d'ouvrir une enquête sur le ministre Bill Morneau.

« Je coopérerai pleinement avec le commissaire aux conflits d'intérêts et à l'éthique et dans le futur je me récuserai de toute discussion concernant UNIS », a assuré ce dernier dans une déclaration transmise par son attachée de presse, Maéva Proteau.

Le premier ministre Trudeau fait aussi l'objet d'une enquête.