(OTTAWA) S’il prend les commandes du Parti conservateur et réussit à former le gouvernement aux prochaines élections fédérales, le député Erin O’Toole s’engage à adopter une série de mesures pour renforcer « la reconnaissance de la nation québécoise », a appris La Presse.

Joël-Denis Bellavance Joël-Denis Bellavance
La Presse

Concrètement, l’ex-ministre des Anciens Combattants dans le gouvernement conservateur de Stephen Harper promet d’accorder une autonomie accrue au Québec en matière d’immigration, de limiter le pouvoir fédéral de dépenser dans les champs de compétence de la province, de procéder aux transferts fédéraux annuels pour les programmes sociaux sans imposer de conditions contraignantes et, enfin, de ne pas s’immiscer dans les « affaires internes » du Québec en contestant par exemple la Loi sur la laïcité de l’État (« loi 21 ») devant les tribunaux, comme songe à le faire le gouvernement Trudeau.

Alors que la course à la direction du Parti conservateur entre dans une phase décisive avec la tenue de deux débats entre les quatre candidats à Toronto les 17 et 18 juin, M. O’Toole entend dévoiler vendredi l’ensemble de ses intentions et ses ambitions s’il succède à Andrew Scheer comme chef du parti.

Outre M. O’Toole, l’ancien ministre de la Justice Peter MacKay, le député conservateur de l’Ontario Derek Sloan et l’avocate de Toronto Leslyn Lewis briguent la direction du Parti conservateur. Le nom du prochain chef devrait être connu d’ici la fin d’août.

Tant et aussi longtemps que je serai votre chef, les Québécois nationalistes ainsi que les conservateurs de tous les horizons auront la place qu’ils méritent dans notre parti.

Extrait du programme d’Erin O’Toole portant sur ses engagements précis touchant le Québec

M. O’Toole prendra aussi d’autres engagements qui risquent de plaire au gouvernement caquiste de François Legault. En plus de vouloir encadrer le pouvoir fédéral de dépenser, il proposera d’adopter une formule pour s’assurer que le Québec ne soit « jamais sous-représenté à la Chambre des communes ». Le but serait de faire en sorte que le nombre de sièges que détient la province aux Communes reflète fidèlement son poids démographique au sein de la fédération canadienne.

Une idée chère à Stephen Harper

En outre, le principal rival de Peter MacKay dans la course au leadership se montre disposé à conclure de nouvelles ententes administratives « avec l’État québécois afin de garantir un fédéralisme décentralisateur ». De telles ententes administratives ont d’ailleurs permis au Québec dans le passé de jouer un rôle accru en matière d’immigration, notamment en lui donnant le pouvoir de sélectionner les immigrants, sans ouvrir le dossier constitutionnel. Des ententes similaires pourraient être signées pour élargir les pouvoirs du Québec en immigration pour qu’il puisse avoir son mot à dire dans l’accueil des réfugiés et la réunification familiale.

L’histoire du Canada est importante pour moi. Je respecte le deal des deux peuples fondateurs. Je reconnais la nation québécoise et je suis fier que notre pays ait été fondé en français.

Extrait du programme d’Erin O’Toole

M. O’Toole reprend ainsi une ligne chère à l’ancien premier ministre Stephen Harper, qui n’hésitait pas à dire que le français était la langue fondatrice du Canada durant ses années de pouvoir à Ottawa.

En matière de sécurité publique, M. O’Toole propose de renforcer les infrastructures douanières existantes, de modifier l’entente sur les pays tiers avec les États-Unis, qui, selon lui, contient une brèche administrative permettant les passages illégaux à la frontière canado-américaine. Et il s’engage aussi à fermer « de façon définitive » les passages illégaux comme le chemin Roxham, près du poste frontalier de Saint-Bernard-de Lacolle.

M. O’Toole veut protéger le système de gestion de l’offre et propose d’élaborer de nouvelles politiques pour faciliter le transfert des fermes familiales entre les parents et leurs enfants, de concert avec les acteurs du monde agricole.

Brouiller les cartes au Québec

En matière de culture, le candidat conservateur propose de ramener « l’équité fiscale » entre les géants du web tels que Netflix et les industries culturelles québécoises en éliminant l’obligation pour Club illico ou Tou.tv de percevoir la TPS, par exemple.

Et pour encourager l’entrepreneuriat, M. O’Toole met sur papier le concept de « repreneuriat » en vertu duquel une personne pourrait effectuer un retrait de son régime enregistré d’épargne-retraite (REER) pour investir dans le démarrage d’une première PME ou à l’achat d’une PME existante. Ce concept s’inspire largement d’un programme existant, le Régime d’accession à la propriété (RAP), qui permet à un acheteur de puiser dans son REER pour une mise de fonds pour l’achat d’une première maison.

Rarement a-t-on vu un candidat mettre sur papier autant d’idées pour séduire les militants conservateurs du Québec dans une course au leadership. De toute évidence, M. O’Toole estime qu’il peut brouiller les cartes au Québec, alors que beaucoup croyaient que Peter MacKay était le favori pour balayer la province dans cette course.

« Avec le renforcement de la reconnaissance de la nation québécoise, Erin O’Toole envoie le signal aux membres québécois du PCC qu’il est ouvert au Québec et qu’il souhaite inclure les nationalistes dans sa coalition électorale », affirme une source conservatrice.