(Ottawa) L’ancien ministre de la Justice Peter MacKay était considéré comme le meneur incontesté de la course à la direction du Parti conservateur avant qu’elle ne soit mise sur pause, à la fin de mars, à cause de la pandémie de COVID-19.

JOËL-DENIS BELLAVANCE JOËL-DENIS BELLAVANCE
La Presse

Mais depuis que le comité organisateur a donné le feu vert aux candidats pour reprendre leur campagne, il y a une dizaine de jours, les indices se multiplient à l’effet que le vent est peut-être en train de tourner en faveur de son principal rival, le député conservateur de l’Ontario et ancien ministre Erin O’Toole.

M. O’Toole tente pour la deuxième fois de prendre les commandes du Parti conservateur. En 2017, il avait terminé troisième durant la course à la succession de Stephen Harper, derrière Andrew Scheer et Maxime Bernier.

Officiellement, quatre aspirants ont vu leur candidature approuvée par le comité organisateur après avoir répondu aux critères qui avaient été établis : Peter MacKay, Erin O’Toole, le jeune député conservateur de l’Ontario Derek Sloan et l’avocate de Toronto Leslyn Lewis. Ayant peu de chances de l’emporter, M. Sloan et Mme Lewis font ouvertement campagne en courtisant les membres du parti qui sont farouchement opposés à l’avortement, entre autres choses.

PHOTO ADRYAN WYLD, ARCHIVES LA PRESSE CANADIENNE

Le député conservateur Erin O’Toole

Au départ, le nouveau chef du Parti conservateur devait être désigné le 27 juin à Toronto. Mais la crise a forcé le parti à revoir son calendrier. Les membres du parti doivent avoir remis leur bulletin de vote au plus tard le 21 août. Leur décision sera dévoilée dans les jours suivants. La date limite pour devenir membre est ce vendredi.

« Peter MacKay est toujours en tête dans cette course, mais c’est la campagne d’Erin O’Toole qui a clairement le momentum », a analysé la semaine dernière une source conservatrice bien au fait des dernières tractations des candidats et qui a requis l’anonymat pour s’exprimer plus librement.

L’ancien ministre de la Justice a récolté jusqu’ici le plus grand nombre d’appuis au sein du caucus conservateur, soit une cinquantaine de députés et de sénateurs. Quatre députés du Québec l’ont appuyé – Pierre Paul-Hus, Luc Berthold, Bernard Généreux et Jacques Gourde. Le lieutenant politique des conservateurs au Québec, Alain Rayes, a décidé de demeurer neutre en raison des fonctions qu’il occupe. Le député Gérard Deltell, qui a failli se lancer dans la course, n’a pas encore donné son appui à qui que ce soit pour le moment. En 2017, il avait appuyé Erin O’Toole.

Un premier indice que la lutte se resserre est tombé trois semaines avant que la course ne soit suspendue, le 26 mars. M. O’Toole a alors récolté un appui jugé crucial aux yeux de plusieurs pour être couronné chef du Parti conservateur, celui du premier ministre de l’Alberta, Jason Kenney.

« Nous avons besoin d’un leader qui est compétent et qui a des principes. Un leader qui ne va pas renoncer aux principes conservateurs à cause des pressions des médias ou de la gauche, a écrit M. Kenney dans un message aux membres du parti le 5 mars. Je sais que nous pouvons compter sur Erin pour être ce leader fort que nous recherchons. »

Cette décision a causé une commotion dans les rangs conservateurs. Elle a été interprétée comme une flèche à l’endroit de Peter MacKay, qui a été collègue de M. Kenney alors qu’ils étaient ministres dans l’ancien gouvernement conservateur de Stephen Harper pendant près d’une décennie, de 2006 à 2015. Et elle a conduit d’autres acteurs influents du mouvement conservateur à réfléchir davantage à leurs options, signe que M. Kenney pourrait avoir donné de l’oxygène au mouvement « Anybody But MacKay » qui était peu perceptible au début de la course.

PHOTO ANDREW VAUGHAN, ARCHIVES LA PRESSE CANADIENNE

L’ex-ministre conservateur Peter MacKay

Autres appuis

Au cours des derniers jours, Erin O’Toole, qui a été ministre des Anciens Combattants dans le gouvernement Harper, a obtenu d’autres appuis qui ont alimenté les échanges dans les cercles conservateurs, notamment au Québec.

Carl Vallée, ancien proche collaborateur de Stephen Harper, a jeté son dévolu sur M. O’Toole. « Après mûre réflexion, j’ai décidé que j’allais voter pour Erin O’Toole à la chefferie conservatrice. Il comprend la coalition conservatrice. Il est le seul candidat bilingue. Il comprend et respecte le nationalisme québécois. Il défend les valeurs occidentales », a écrit M. Vallée sur son compte Twitter. M. Vallée conserve des relations étroites avec l’ancien premier ministre et il intervient fréquemment dans les médias traditionnels et les médias sociaux pour défendre les idées conservatrices et nationalistes au Québec.

Le député conservateur de Chicoutimi–Le Fjord, Richard Martel, qui a été élu à la Chambre des communes pour la première fois lors d’une élection partielle en juin 2018, lui a emboîté le pas la semaine dernière. Le camp O’Toole estime que M. Martel est une prise importante puisqu’il représente un bastion nationaliste du Québec.

L’ancien ministre Christian Paradis, qui a quitté la politique fédérale en 2015 après avoir notamment dirigé le ministère des Travaux publics et celui de l’Industrie, a également donné son appui à son ex-collègue du cabinet. « Nous ne pouvons pas nous contenter de taxer et de dépenser pour sortir de cette crise. Le Canada a besoin d’une approche fondée sur des principes et des valeurs conservateurs solides qui permettra de libérer tout le potentiel de notre économie. J’appuie donc Erin O’Toole », a-t-il écrit sur son compte Twitter.

L’ancien député conservateur de Beauport-Limoilou Alupa Clarke assure pour sa part la présidence de la campagne de M. O’Toole au Québec depuis la fin de février.

Reconnu pour ses talents d’organisateur, notamment dans la grande région de Montréal, le sénateur conservateur Leo Housakos s’est joint au camp de l’ex-ministre des Anciens Combattants il y a quelques semaines déjà. Auparavant, M. Housakos avait fait des pieds et des mains pour convaincre, en vain, l’ancien premier ministre du Nouveau-Brunswick Bernard Lord de sauter dans l’arène politique fédérale.

Plus récemment, l’homme d’affaires québécois Vincent Guzzo, qui a songé à briguer la direction du Parti conservateur, en a fait autant.

Les choses doivent changer. Il faut arrêter d’avoir des politiciens de carrière. […] Je crois que nous avons besoin de quelqu’un qui a vécu des crises, qui connaît le vrai monde des affaires, qui sait garder son sang-froid et qui ne panique pas.

Vincent Guzzo, en entrevue avec La Presse

« Erin O’Toole a eu une carrière militaire. C’est quelqu’un qui sait garder son sang-froid. Il n’est pas impulsif. Il n’est pas là pour la caméra ! C’est tout le contraire de notre premier ministre actuel », a précisé M. Guzzo.

Dans une certaine mesure, M. Guzzo estime que Peter MacKay et Justin Trudeau sont du même acabit. Il en veut pour preuve « les gaffes répétées » de M. MacKay, du lancement de sa campagne où il a éprouvé de la difficulté à s’exprimer convenablement en français jusqu’au jour où il a exigé un vote hâtif des membres du parti durant la crise pour régler la course alors que toute la population était confinée.

« Il y a une certaine similitude entre M. Trudeau et M. MacKay », laisse tomber M. Guzzo, qui s’avance à prédire la victoire de son candidat.

« Une course au leadership, c’est comme un marathon. Ce n’est pas le gars qui est en tête de peloton au début du marathon qui importe. Ce qui compte, c’est celui qui est toujours dans la course 25 kilomètres après le départ et qui est encore capable de courir. »