(Ottawa) Alors que la pandémie de COVID-19 continue de sévir et que les travaux parlementaires sont suspendus depuis le 13 mars, un député du Bloc québécois demande au comité permanent de la santé de la Chambre des communes de réduire la cadence en limitant le nombre de ses rencontres hebdomadaires qui portent pourtant sur la réponse canadienne à l’éclosion du coronavirus.

Joël-Denis Bellavance Joël-Denis Bellavance
La Presse

Le député bloquiste Luc Thériault a présenté une motion en ce sens à la dernière réunion du comité. Sa requête, qui a été mal reçue par les autres partis politiques, sera évaluée lors de la prochaine réunion. La Presse a obtenu une copie de sa motion jeudi après-midi.

Depuis la suspension des travaux parlementaires, le 13 mars, le comité de la santé et le comité des finances sont essentiellement les deux seuls comités qui tiennent des audiences virtuelles.

Dans le cas du comité de la santé, les députés qui en sont membres ont tenu sept rencontres virtuelles, lesquelles ont été consacrées entièrement à la réponse du gouvernement fédéral et des provinces à la crise de la COVID-19.  

« Depuis le début, le comité s’est mis en mode action, car il y avait urgence et qu’il n’y avait que les comités de la Santé et des Finances qui siégeaient et nous devions tout couvrir. Maintenant, c’est différent. Il y a un nouveau comité COVID-19, le Parlement virtuel, et plusieurs autres comités. Il serait bien qu’on puisse faire les choses différemment et qu’on puisse se donner le temps nécessaire à la préparation du comité », a affirmé M. Thériault dans sa requête soumise par écrit dans les deux langues officielles.

Selon lui, réduire le nombre de rencontres permettrait aux députés et aux témoins de mieux se préparer.

« À la rigueur, le comité pourrait sauter une semaine ou une des deux séances de la semaine pour gagner du temps à la préparation (ou siéger une semaine sur deux une fois seulement), afin qu’après le processus de suggestion des témoins en sous-comité le bureau du greffier puisse faire les démarches et avoir le temps de confirmer les témoins, et permettre ainsi aux analystes de faire les démarches et produire les documents de références plus de deux jours avant la séance », a aussi avancé le député bloquiste, qui représente la circonscription de Montcalm à la Chambre des communes depuis 2015.

Au moment de publier ce texte, M. Thériault n’avait pas répondu aux questions que La Presse lui a fait parvenir par courriel.

La requête de M. Thériault a fait bondir de colère le Parti conservateur.

« Cette demande n’a pas de bons sens. Le Bloc québécois compte 32 députés. Si M. Thériault ne peut pas suivre la cadence, le parti peut bien le remplacer par un autre député », a commenté le député conservateur de la région de Québec, Pierre Paul-Hus.

« J’ai participé à la dernière rencontre du comité mercredi, même si je ne suis pas membre du comité. J’y ai participé trois fois au cours des dernières semaines parce qu’on a abordé des questions de sécurité publique et Services correctionnels. Ce n’est pas si difficile. On n’a même pas à se déplacer. Il y a des dossiers importants qui sont abordés durant les réunions de ces comités. En plus, la Chambre des communes ne siège pas. Les comités prennent toute leur importance en ce moment. Nous sommes en pleine crise de la COVID », a-t-il ajouté.

Le lieutenant politique du Parti conservateur au Québec, le député Alain Rayes, a renchéri en disant que cette demande était carrément inacceptable.

« Ce n’est sûrement pas en temps de crise qu’on devrait ralentir la cadence. Au contraire, on doit l’accélérer. Ça doit être cela que voulait dire le chef du Bloc québécois Yves-François Blanchet cette semaine quand il parlait de bebelles parlementaires et de tataouinages », a-t-il lancé.

M. Rayes faisait ainsi allusion aux propos tenus cette semaine par le chef bloquiste pour dénoncer le bras fer qui a éclaté entre les libéraux de Justin Trudeau et les députés conservateurs concernant la reprise de travaux parlementaires cette semaine.

Le Parti conservateur exigeait que la Chambre des communes tienne trois jours de séance en personne par semaine comptant au maximum une trentaine de députés afin de forcer le gouvernement Trudeau à rendre des comptes sur la gestion de la crise actuelle. Invoquant la crise sanitaire, les libéraux ont refusé, proposant à la place une séance en personne par semaine et deux séances virtuelles. Le Bloc québécois et le NPD ont appuyé le gouvernement Trudeau dans ce bras de fer.

Or, on a appris depuis que la Chambre des communes ne dispose toujours pas, en ce moment, des moyens techniques pour organiser des séances virtuelles auxquelles pourraient participer les 338 députés élus au dernier scrutin.