(Gatineau) « Ç’a été une très longue soirée. » La ministre Diane Lebouthillier a été la seule survivante libérale des régions éloignées du Québec, au soir du 21 octobre dernier, alors que le Bloc québécois a chauffé le Parti libéral partout à l’extérieur de Montréal. Maintenant qu’elle est de retour à Ottawa, elle espère mener une « partie de bras de fer » pour rapprocher le pouvoir des régions.

Fanny Lévesque Fanny Lévesque
La Presse

La lutte a été serrée jusqu’à la toute fin pour l’élue de Gaspésie–Les-Îles-de-la-Madeleine, qui n’a connu l’issue du résultat électoral qu’au petit matin, le 22 octobre. Elle a remporté un second mandat avec 637 voix de plus que son rival du Bloc québécois. « C’était vraiment une course à deux », raconte-t-elle.

Dans la petite cuisine de son condo de Gatineau, qu’elle appelle « son appartement d’étudiante », la ministre du Revenu national revient sur le scrutin général.

« Je suis quelqu’un de positif, de zen. Je savais que j’avais fait ce que je pouvais. Je n’aurais pas pu faire plus. […] Mais je me disais : “Ce n’est pas vrai que les Gaspésiens vont décider de retourner dans l’opposition” », lance-t-elle à La Presse, autour d’un déjeuner.

La récolte a été moins heureuse qu’en 2015 pour les libéraux de Justin Trudeau au Québec avec la diminution de cinq sièges (40 à 35). Avec la perte de vitesse du Nouveau Parti démocratique, les troupes libérales espéraient bien colorer de rouge toute l’Abitibi-Témiscamingue et tout l’Est-du-Québec, par exemple, en conservant les sièges de 2015.

Mais les électeurs en ont décidé autrement. Un verdict que le gouvernement minoritaire de Justin Trudeau a dit prendre comme une leçon d’humilité. Pour Diane Lebouthillier, la victoire, dans un milieu de proximité comme le sien, a été douce-amère.

« Les gens me disaient qu’on [les libéraux] n’avait rien fait. On a toujours bien annoncé presque 500 millions dans mon comté pendant mon mandat », argue-t-elle.

« J’ai pu constater à quel point l’information ne se rendait pas. Les gens n’étaient pas au courant de ce qu’on avait fait, ajoute la ministre. C’est sûr que, pour les gens, Ottawa, c’est loin au niveau des régions. Ils sont beaucoup plus près du provincial que du fédéral. Au niveau des médias aussi, l’accent est plus mis sur Québec. Ce n’est pas évident. »

Ça va être ma partie de bras de fer. Je sais que ce ne sera pas facile, parce que quand je regarde à l’est de Québec, je suis toute seule.

Diane Lebouthillier

Le gouvernement libéral mène d’ailleurs « cette réflexion-là » pour se rapprocher des régions et du Québec. Justin Trudeau a notamment choisi de confier au ministre Pablo Rodriguez le mandat de lieutenant québécois, un rôle qu’il n’avait pas comblé en 2015. « C’est un outil de plus », a salué la ministre Lebouthillier.

« Je pense que c’est peut-être rassurant au niveau de la population. Ça va permettre qu’il n’y ait pas de dossiers entre deux chaises et de parler encore plus du travail qu’on fait au Québec », ajoute celle qui a coprésidé la récente campagne avec M. Rodriguez.

Elle rejette par ailleurs l’idée que les grandes villes soient en opposition aux régions. « On a besoin l’un de l’autre. C’est important que ce soit reconnu », martèle-t-elle.

« C’est devenu très polarisé »

De façon plus personnelle, Diane Lebouthillier a admis avoir elle aussi tiré des leçons de la dernière campagne. Réputée pour être une femme impliquée dans son milieu, cette ancienne préfète de la MRC du Rocher-Percé ne cache pas que, sur le terrain, ç’a été difficile de composer avec un débat politique « très polarisé ».

« Je voyais pendant la campagne, ça m’a surprise quand même comment tout d’un coup, c’était un parti contre un autre. Il y a des gens qui me regardaient comme de travers. Comme tout d’un coup, il y a des gens qui ne te regardent plus. On était vraiment dans la politique. Là, tu vois les allégeances. J’ai trouvé ça vraiment particulier », résume-t-elle.

Elle ne cache pas avoir senti le vent tourner à la faveur du Bloc québécois après le premier débat télévisé, au début d’octobre, où la bonne performance du chef bloquiste Yves-François Blanchet a fait l’unanimité. 

PHOTO PATRICK WOODBURY, LE DROIT

Diane Lebouthillier

On m’a dit : “C’est de valeur, Mme Lebouthillier, mais vous n’êtes pas dans le bon parti.”

Diane Lebouthillier

« J’essayais d’expliquer que ce qui avait été amené dans le comté, ç’avait aussi été amené par le premier ministre. Mon comté, il est loin. C’est plus difficile pour les autres ministres de venir. C’est moi qui fais toutes les annonces, mais ce n’est pas comme ça que ça marche », poursuit-elle, appuyant sur le travail de ses collègues.

Élue et nommée ministre en 2015 – il fallait remonter à 1984 pour trouver la dernière fois que la Gaspésie a été représentée dans un cabinet fédéral –, Diane Lebouthillier promet qu’elle poursuivra sa défense des régions au cours de son nouveau mandat. Elle dit se faire un point d’honneur d’amener sa sensibilité régionale à la table des ministres.

Elle n’en démord pas : les régions ne sont pas gagnantes à être dans l’opposition, affirme-t-elle. « On peut-tu avoir une voix à Ottawa ? », interroge la ministre.

« Quand t’es pas à la table, t’es pas là. Ça va vite au niveau des décisions. Si on parle de brise-glace, par exemple, il n’y a pas grand monde qui peut en parler à part moi. Ils n’ont pas besoin de brise-glace à Toronto ! »