(Ottawa) Alors que le Nouveau Parti démocratique occupe la quatrième place après des élections fédérales qui ont semé la division, le chef Jagmeet Singh dit qu’il ne souhaite pas faire équipe avec les conservateurs pour contrer la minorité libérale du premier ministre Justin Trudeau.

Teresa Wright
La Presse canadienne

Dans une entrevue de fin d’année avec La Presse canadienne, Jagmeet Singh a reconnu qu’il pourrait y avoir une opportunité politique à ce que les néo-démocrates se tournent vers les conservateurs pour défaire ou dominer les libéraux.

Mais celui-ci n’a pas l’intention de s’engager dans cette voie.

« En ce qui concerne les valeurs que j’ai et que je réclame, je ne vois pas d’alignement possible avec les valeurs que les conservateurs ont mises de l’avant », a-t-il déclaré.

Le NPD et les libéraux se sont engagés dans une guerre de mots pendant la dernière campagne électorale, chacun des partis tentait de se présenter comme le plus progressiste, dans un contexte où les néo-démocrates ont perdu bon nombre des sièges qu’ils avaient gagnés lors de la « vague orange » de 2011 au profit des libéraux en 2015.

Habituellement, un parti libéral affaibli sert les néo-démocrates et les conservateurs.

Malgré cela et malgré le fait que le NPD lutte souvent pour se différencier du Parti libéral dans ses politiques, Jagmeet Singh a déclaré qu’il ne pouvait toujours pas imaginer faire équipe avec les conservateurs-même lorsqu’un nouveau chef remplacera Andrew Scheer.

« Mon objectif n’est pas de vaincre les libéraux. Mon objectif est de les pousser à faire mieux », a-t-il déclaré.

Jagmeet Singh a fait part qu’il voulait des lois progressistes qui, selon lui, sont des priorités pour de nombreux Canadiens, faisant notamment référence à la création de programmes nationaux pour couvrir les coûts des médicaments et les soins dentaires.

Cependant, Justin Trudeau serait sage de ne pas présumer que l’appui du NPD est inconditionnel.

« Les libéraux doivent travailler avec quelqu’un. Ils ont besoin de 13 votes dans ce gouvernement minoritaire. Ils doivent donc obtenir ce soutien de quelque part. Je dis que je suis prêt à être la personne qui les soutient », a fait valoir Jameet Singh.

Mais si le but des libéraux est simplement de naviguer en douceur et de s’accrocher au pouvoir, Jameet Singh les avertit qu’il ne sera plus là pour les appuyer.

« Si vous avez besoin de quelque chose qui a du sens, je suis ici. Je suis prêt à le faire. Mais il ne faut pas me prendre pour acquis. Je ne vais pas les soutenir aveuglément si ce n’est pas bon pour les gens. »

Jagmeet Singh et le Nouveau Parti démocratique ont eu une année en montagnes russes, à commencer par le chef lui-même qui a dû passer une grande partie de son temps en Colombie-Britannique afin de convaincre les électeurs de lui donner un siège à la Chambre des communes. Il a remporté la circonscription de Burnaby-Sud lors d’une élection partielle en février, mais ensuite, ces apparitions à la période des questions et dans les salles du Parlement ne se sont pas traduites par une remontée immédiate pour le parti.

Les néo-démocrates ont eu du mal à collecter des fonds et selon le bilan financier annuel du parti affiché sur le site Internet d’Élections Canada, la dette du NPD s’élevait à 4,5 millions à la fin de 2018-le pire bilan du parti depuis 2001.

Également, plusieurs députés reconnus et respectés du NPD, sont partis à la retraite, ce qui eu un effet sur le moral des troupes.

Le NPD n’a pas pu faire autant de publicité que les libéraux et les conservateurs pendant la campagne, en raison de son butin de guerre plus petit, et n’a affrété un avion de campagne que pour les 12 derniers jours de la course.

De nombreux experts prédisaient que le NPD pourrait perdre le statut de parti officiel, à cause de ces facteurs, et aussi en raison des mauvais sondages en début de campagne.

Cependant, Jagmeet Singh a réussi à transformer son enthousiasme contagieux, apparemment inépuisable, en un élan ascendant à la mi-course. Le parti a commencé à monter dans les sondages, le nombre de partisans à ses rassemblements a commencé à grossir et les projecteurs se sont mis à éclairer davantage dans la direction de Jagmeet Singh.

Mais l’élan ne s’est pas traduit par suffisamment de votes pour empêcher le NPD de perdre des sièges.

Le parti a été réduit à la quatrième place à la Chambre des communes, derrière les libéraux, les conservateurs et le Bloc québécois.

Le NPD a remporté seulement 24 sièges, alors qu’il en détenait 39 avant le vote du 21 octobre.

Les pertes du parti ont été particulièrement importantes au Québec, où il a perdu les 16 sièges, sauf un, qu’il détenait en 2015.

Jagmeet Singh attribue la débâcle au Québec à sa nouveauté sur la scène fédérale. Il voit cette élection comme sa « présentation au Canada » et au Québec, où la présentation a été « plus longue à faire ».

La campagne a également provoqué un débat houleux parmi les dirigeants fédéraux au sujet de la loi controversée du Québec interdisant les symboles religieux comme le hijab, le turban, la kippa et le crucifix proéminent pour certains fonctionnaires-une loi qui est largement populaire parmi les électeurs québécois.

Jagmeet Singh admet que Loi sur la laïcité a pu jouer un rôle dans les pertes importantes de son parti dans la province. Il est un sikh pratiquant connu pour ses turbans aux couleurs vives et il porte un couteau symbolique.

« Je pense que c’était source de division en tant que projet de loi et je pense que les projets qui divisent encourageront ou créeront plus de division dans la société. Et cela pourrait me toucher en tant que personne, à première vue, parce que j’ai l’air différent. »

Beaucoup de gens sont confrontés à des discriminations fondées sur la race, le sexe ou le pays d’origine, a déclaré Jagmeet Singh, et il espère être une voix pour ces personnes et montrer qu’il est prêt à prendre position contre cela et à essayer de gagner le « cœur et l’esprit » des Québécois.

Pour l’année 2020, Jagmeet Singh espère travailler avec les libéraux pour mettre en œuvre un programme d’assurance-médicaments universel à payeur unique et une couverture dentaire nationale et aussi pour que les communautés autochtones aient enfin accès à de l’eau potable, à un logement et à un financement équitable pour la protection de l’enfance.

Il est d’avis que même si le Canada connaît des tensions qui divisent les habitants du pays, il y a des raisons d’espérer.

« Alors que nous vivons dans un endroit magnifique, c’est un pays incroyable, il y a tellement plus d’éléments qui nous unissent que de choses qui nous divisent et il y a cette réelle et forte conviction que les gens veulent prendre soin de leurs voisins. Et je veux miser sur ce sentiment de camaraderie. »