(Québec) Après des décennies à décrire de sa plume affûtée et implacable le monde politique québécois, le journaliste de La Presse Denis Lessard a eu droit à la veille de sa retraite aux hommages touchants de ce même monde politique.

Gabriel Béland Gabriel Béland
La Presse

L’Assemblée nationale a adopté jeudi une motion unanime pour saluer le départ de ce journaliste émérite, reconnu pour ses scoops et ses nombreuses sources tant au sein des partis que de l’appareil d’État.

Les quatre formations politiques au Parlement ont tenu à souligner « sa présence marquante à la tribune de la presse » et à le « remercier pour sa contribution au journalisme et à la vie démocratique québécoise ». Denis Lessard partira à la retraite à la fin de décembre.

PHOTO JACQUES BOISSINOT, LA PRESSE CANADIENNE

L’Assemblée nationale a adopté jeudi une motion unanime pour saluer le départ du journaliste émérite Denis Lessard.

« Comme élu, je ne sais pas si vous allez me manquer », a commencé le premier ministre François Legault. Il faisait référence aux textes sans complaisance de M. Lessard, qui ont décoiffé de nombreux députés au fil des ans.

« Mais comme citoyen et amateur de politique, vous allez me manquer. »

François Legault, fervent amateur d’analogies de hockey, a comparé l’honneur décerné par le Parlement à une « entrée au Temple de la renommée ».

Si on avait des statistiques sur le nombre de unes de Denis Lessard, probablement qu’il aurait une bonne avance sur tout le monde !

François Legault, premier ministre, du Québec

Vincent Marissal, lui-même ancien collègue de M. Lessard à La Presse, a raconté qu’à l’université, il représentait un modèle pour les étudiants en journalisme. « Combien de scoops ? Si on reste dans les analogies de hockey, disons plus d’un point par match. »

Une page qui se tourne

Les élus ont voulu souligner, avec le départ de ce journaliste, la fin d’une époque. Natif de Vanier à Québec, Denis Lessard a commencé sa carrière à La Presse canadienne, avant d’être engagé par La Presse en 1987. Il a assumé le rôle de chef du bureau parlementaire de La Presse à Québec de 1989 jusqu’à septembre 2019.

Dans les couloirs de l’Assemblée nationale, le nom de Denis Lessard évoque une part de mystère, et les plus folles rumeurs courent sur les subterfuges qu’il a utilisés pour obtenir ses primeurs.

« Une légende existe depuis toujours », s’est mis à raconter le chef de l’opposition officielle, Pierre Arcand, tout en se tournant vers M. Lessard perché dans les tribunes du Salon bleu.

Vous pouvez dès cet après-midi récupérer les micros secrets qu’on vous soupçonne d’avoir installés dans les caucus de toutes les formations politiques !

Pierre Arcand, chef de l’opposition officielle

La salle s’est esclaffée.

Les appels de Denis Lessard aux députés suscitaient méfiance et inquiétude. « Il était souvent craint, rappelle l’élu libéral. Plusieurs m’ont raconté qu’ils ne répondaient jamais aux numéros inconnus de peur que ce soit lui qui souhaite obtenir une information. »

Le député péquiste Harold LeBel connaît le journaliste depuis 20 ans. « Tu nous as souvent mis sur les nerfs », a-t-il admis.

« C’est une grosse année pour le Salon bleu. On perd deux symboles patrimoniaux importants : le crucifix et Denis Lessard. La même année, faut le faire ! »

Après l’hommage, le journaliste de La Presse a participé à un entretien de courtoisie avec le premier ministre, dans son bureau. « C’est une légende dont je vais assurément m’ennuyer », a écrit François Legault sur les réseaux sociaux.