(Québec) L’opposition à Québec condamne «l’à-plat-ventrisme» de François Legault devant ses homologues des autres provinces, au lendemain du sommet des premiers ministres en banlieue de Toronto.

Patrice Bergeron
La Presse canadienne

La lutte aux changements climatiques ne figure pas parmi les quatre priorités qu’ils ont retenues parce que le premier ministre caquiste n’a pas osé en parler, a déploré Québec solidaire mardi. Quant au candidat à la direction du Parti québécois (PQ), Sylvain Gaudreault, il estime que c’est un «écrasement total» dans la défense des intérêts du Québec.

La co-porte-parole de QS, Manon Massé, a rappelé que l’Assemblée nationale avait pourtant décrété l’urgence climatique dans une motion. Selon elle, M. Legault s’est mis à genoux devant les provinces pétrolières comme l’Alberta.

«Il y a une forme d’à-plat-ventrisme, effectivement, de ne pas mettre son pied à terre sur le plan de l’urgence climatique, alors qu’il a l’aval de tout le monde», a-t-elle commenté en mêlée de presse.

Selon elle, exclure la lutte aux changements climatiques des priorités signifie que les provinces canadiennes veulent continuer à faire comme si de rien n’était, alors qu’il y a péril en la demeure et que le grand sommet annuel des Nations unies sur les changements climatiques s’amorce à Madrid.

«Quand il y a une urgence climatique, on en parle, on n’envoie pas ça sous le tapis parce qu’on veut être un petit ami de Doug Ford (le premier ministre de l’Ontario) et Jason Kenney (le premier ministre de l’Alberta)», a pour sa part lancé le leader parlementaire de QS, Gabriel Nadeau-Dubois.

«Les autres premiers ministres ont refusé, et j’ai refusé, qu’on discute de sujets sur lesquels on ne s’entend pas», a justifié M. Legault en Chambre.

Les quatre priorités formulées sont: compétitivité économique, qui passe par l’exportation des ressources naturelles, comme le pétrole; réforme du programme de stabilisation fiscale ; financement de la santé et des infrastructures; et priorités nordiques.

Selon le député péquiste Sylvain Gaudreault, il s’agit en quelque sorte de négation parce que M. Legault et ses collègues ont mis la question des changements climatiques sous le tapis.

«Tu as un éléphant dans ton salon, mais tu n’en parles pas», a-t-il commenté dans une entrevue avec La Presse canadienne. Il relève que dans l’énoncé des priorités du communiqué officiel de la rencontre, on évite même la formulation «changements climatiques».

«C’est un festival de l’euphémisme», a lancé M. Gaudreault.

Le Québec a perdu sur toute la ligne au cours de ce sommet, évalue le député péquiste de Jonquière, parce que M. Legault a ainsi officieusement dit oui au projet de corridor énergétique de transport d’hydrocarbures vers l’Est et le Québec, oui à l’assouplissement des règles environnementales dans l’Ouest, même si son offre d’exportation d’électricité vers l’Ontario a été refusée. C’est un nationalisme de façade, résume-t-il.

«Sous prétexte de ne pas avoir de chicane, pour avoir un communiqué conjoint avec ses collègues, il s’est mis à plat ventre sur l’ensemble de l’œuvre, au premier chef le climat», a-t-il déploré, en le comparant au défunt premier ministre libéral Robert Bourassa.

«C’est un Bourassa 2.0 : il bombe le torse à l’Assemblée nationale, mais quand il arrive à la tribune pancanadienne, il s’effondre.»