Pour l’appuyer dans ses nouvelles fonctions de lieutenant du Québec et de leader du gouvernement à la Chambre des communes, le ministre Pablo Rodriguez a choisi de s’entourer d’une équipe se consacrant exclusivement aux affaires touchant le Québec et dont les membres seront établis dans la Capitale nationale ainsi que dans la métropole.

Fanny Lévesque Fanny Lévesque
La Presse

Une semaine après son assermentation, Pablo Rodriguez ne cache pas qu’il a du pain sur la planche. Celui qui a été désigné par le premier ministre Justin Trudeau pour chausser les souliers de lieutenant du Québec – poste que le chef libéral avait aboli en 2015 – occupera aussi un rôle névralgique au Parlement alors que les libéraux navigueront avec un gouvernement minoritaire.

« Le leader en Chambre s’assoit à côté du premier ministre tous les jours. Tous les jours. Cela me permettra d’aborder des dossiers du Québec au quotidien », a indiqué le principal intéressé, précisant que ses mandats vont de pair. Il sera appelé souvent à Ottawa, mais devra néanmoins réussir à assurer une présence tout aussi importante au Québec.

M. Rodriguez n’entend d’ailleurs pas lésiner sur les moyens pour remplir ses obligations de représentant privilégié du Québec au cabinet. Deux équipes « complètes et importantes » seront déployées à Québec et à Montréal dans les prochaines semaines. Il nommera aussi un chef de cabinet uniquement pour ses fonctions de lieutenant.

« Je suis en train de discuter avec plusieurs personnes, mais ce que je veux, c’est une représentation régionale [au sein de ces équipes] qui va être sur le terrain tous les jours. Je veux des gens des différents coins du Québec, de la ville de Québec, mais aussi des régions. C’est important pour moi », a-t-il indiqué en entrevue avec La Presse.

Que ça siège ou pas au Parlement, ces gens-là seront sur le terrain.

Pablo Rodriguez, lieutenant du Québec et leader du gouvernement libéral 

La taille de cette équipe affectée « strictement et uniquement » au Québec n’est par contre pas encore définie. M. Rodriguez confirme également qu’il n’hésitera pas à confier aux autres députés québécois des mandats précis pour l’épauler dans son rôle. « C’est un travail d’équipe, je vais avoir besoin de l’aide de mes collègues », lance-t-il.

Malgré ses réticences, Justin Trudeau a accepté, à la demande de nombreux députés réélus du Québec, de créer à nouveau le poste de lieutenant. Sa décision n’est pas étrangère à la performance peu convaincante des troupes libérales aux dernières élections alors que la montée du Bloc québécois leur a fait particulièrement mal.

Les libéraux québécois sont passés de 40 à 35 députés à la Chambre des communes.

DES RÔLES « QUI S’ADDITIONNENT »

Le pari est donc audacieux pour Justin Trudeau, qui doit arriver à renouer avec les électeurs québécois, et ce, rapidement, dans le contexte d’un gouvernement minoritaire. Il a par ailleurs augmenté de 8 à 10 la représentation du Québec autour de la table du cabinet en nommant deux ministres québécois de plus qu’à la dissolution du Parlement.

« En fait, mon rôle s’additionne aux autres, précise Pablo Rodriguez. Je vais appuyer le travail de mes collègues québécois. Mais, quand il y aura un dossier entre deux chaises, par exemple […], ou un dossier avec deux ou trois porteurs de ballon, bien je vais pouvoir intervenir directement », soutient-il.

Il n’a pas l’intention non plus de se substituer « au canal fondamental » et direct qui existe entre le premier ministre François Legault et Justin Trudeau. Dès les premières heures de la nomination de M. Rodriguez, M. Legault a affirmé qu’il allait continuer de traiter directement avec « le grand lieutenant » en la personne de M. Trudeau.

La ministre québécoise responsable des Relations canadiennes, Sonia LeBel, dont le vis-à-vis fédéral est maintenant Chrystia Freeland, a quant à elle salué le retour des fonctions de lieutenant du Québec, mais estime que le rôle de M. Rodriguez reste à définir.

« [Le rôle de lieutenant] est important. Ce sera important aussi de le réexpliquer puisqu’il vient d’être ramené. Le rôle de lieutenant, c’est de bâtir des ponts, d’aller chercher des consensus. […] Mon job sera d’apporter la perceptive québécoise, de m’assurer que la particularité du Québec soit entendue et comprise », a indiqué M. Rodriguez.

Il amorcera en décembre une tournée du Québec qui se poursuivra en janvier pour prendre le pouls de la province et mesurer les enjeux. « Il ne s’agit pas juste de sillonner le Québec, c’est de comprendre ce qui s’y passe », affirme le député d’Honoré-Mercier.

« UNE ESPÈCE DE CONSEILLER SUPRÊME »

Yan Plante, qui a occupé les fonctions de chef de cabinet pour l’ancien ministre conservateur et précédent lieutenant du Québec, Denis Lebel, de 2008 à 2015, dit croire « profondément » à la fonction maintenant détenue par M. Rodriguez.

« Le volume de demandes et d’enjeux est tellement grand que [les premiers ministres] ne font que gagner à avoir une personne de confiance […] qui détient une fine connaissance de son terrain », soutient M. Plante. Le rôle de lieutenant qui devient en quelque sorte « chef du caucus du Québec » est d’ailleurs multiple, dit-il.

Le lieutenant devient « une porte d’entrée intéressante » pour les élus. Rapidement, les ministres fédéraux qui auront affaire au Québec et les ministres provinciaux qui auront affaire avec Ottawa « développeront le réflexe » de passer par M. Rodriguez, vulgarise M. Plante. « Il devient une espèce de conseiller suprême pour le Québec », ajoute-t-il.

« Le lieutenant devient efficace lorsque le premier ministre a la vision de lui donner un pouvoir de négociation » auprès de ses collègues, poursuit-il. Ce que possède M. Rodriguez, croit M. Plante, avec son rôle de leader du gouvernement en Chambre.

« Il contrôle l’agenda législatif du gouvernement. C’est un excellent pouvoir de négociation », lance-t-il.