Sa décision était prévisible. Mais elle n’était pas encore tombée. Gaétan Barrette ne se lancera pas dans la course à la direction du Parti libéral du Québec. Dominique Anglade poussera probablement un soupir de soulagement. Et François Legault aussi !

Denis Lessard Denis Lessard
La Presse

Car de l’avis de bien des caquistes, l’ancien ministre de la Santé aurait été celui qui, à la tête de l’opposition, aurait donné le plus de fil à retordre au gouvernement. Mais aux élections générales, sa cote n’est pas assez bonne auprès de l’ensemble de l’électorat, il n’aurait pu faire oublier ses réformes controversées.

Mais depuis un an à l’Assemblée nationale, il est à l’évidence le plus bagarreur, le plus efficace critique du côté libéral. Le plus habile, surtout, à égratigner le vernis du gouvernement, convient-on à la CAQ. Le plus polyvalent de surcroît : son dossier, le Conseil du trésor, amène le critique-orchestre à monter à tous les créneaux. Il fait les Transports en prime, au grand dam du ministre François Bonnardel.

Sa décision était arrêtée depuis un bon moment. Dans son association, des militants étaient prêts à partir en guerre pour lui, il compte leur annoncer ce vendredi qu’il ne sera pas en piste. « J’ai fait l’exercice de façon formelle. J’ai commencé à y réfléchir quand d’ex-députés m’ont passé le message que je devrais me lancer dans la course », souligne M. Barrette dans un entretien avec La Presse. Des apparatchiks connus au PLQ lui ont aussi fait signe, il cite des noms, mais ne veut pas qu’ils soient rendus publics. Chez les jeunes, qui pèseront lourd dans le choix du prochain chef, son étoile était moins brillante, concède-t-il. Il explique : la Commission jeunesse du PLQ est surtout présente à Montréal.

Un constat lancinant, inquiétant pour celle qui est actuellement seule en piste, Dominique Anglade : « Cent pour cent des appuis que j’aurais eus chez les militants sont des gens des régions », précise Barrette. Alexandre Cusson, l’ex-président de l’Union des municipalités et candidat probable à la direction du PLQ, peut tabler sur le même fonds de commerce, selon lui. Il est clair que les stratèges libéraux voyaient avec une bonne dose d’inquiétude le couronnement d’une Montréalaise issue des communautés culturelles. Un simple coup d’œil à la carte électorale du 1er octobre 2018 atteste que le PLQ a une côte énorme à remonter dans le Québec des régions.

De l’avis de l’ancien ministre, une course à la direction du PLQ « c’était gagnable, j’avais une chance raisonnable de l’emporter », mais une fois la course réglée, la campagne électorale de 2022 aurait été un tout autre défi. Le PLQ aurait eu son « moment Barrette », pour paraphraser Jean-François Lisée, mais dans une campagne électorale, il est probable que « cela n’aurait pas eu l’effet de levier nécessaire pour gagner le scrutin », convient-il. Une direction de Gaétan Barrette aurait été une bonne nouvelle en région, mais elle aurait indisposé ceux qui sont restés au PLQ aux dernières élections. « C’est clair que moi et Sébastien Proulx [qui a démissionné], nous étions les deux députés les plus nationalistes au caucus libéral », rappelle-t-il.

J’ai fait des réformes importantes, et cela laisse des traces. Elles ont été soulignées abondamment, et je n’ai pas suffisamment de distance aux yeux de la population.

Gaétan Barrette, député du Parti libéral du Québec

« Je pense avoir fait des choses qui seront un jour reconnues. Je suis à l’origine de l’augmentation des inscriptions auprès des médecins de famille, j’ai fait la négociation, unique au Canada, du prix des médicaments. Les ententes récentes avec entre autres les infirmières et les pharmaciens, c’est à la suite des interventions musclées que j’avais faites », poursuit M. Barrette.

Pourquoi son image publique est-elle encore mauvaise ? On évoque encore sa réforme, dépeinte comme trop centralisatrice. L’émission radiophonique À la semaine prochaine le dépeint encore comme un malotru misogyne. « Si j’étais misogyne, comme dit la publicité, ça se saurait ! », ironise Barrette. « J’ai passé ma vie dans un environnement de travail féminin. Je suis critiqué par une gang d’analystes qui ne m’ont jamais rencontré, qui n’ont jamais eu une conversation avec moi ! Ils me décrivent comme un débile mental. Je ne me suis pas rendu là avec un tel caractère ; j’ai été 11 ans au conseil des médecins et dentistes de mon hôpital, pour ça, il faut être élu par ses pairs ! », insiste-t-il.

Ces détracteurs « mettent l’accent sur la forme plutôt que sur le fond. Une mouche rentre au Parlement, il tombe de la neige, c’est toujours la faute de Gaétan Barrette », ironise-t-il.

Je suis allé en politique pour améliorer les choses, baisser les listes d’attente en chirurgie, augmenter la productivité des intervenants. C’est quelque chose, ce n’est pas simple à réaliser. Mais on a beaucoup retenu la forme, pas nécessairement le fond.

Gaétan Barrette, député du Parti libéral du Québec

L’annonce de sa décision n’a rien à voir avec l’entrée probable en piste d’Alexandre Cusson. D’ailleurs, Gaétan Barrette a déjà fait savoir qu’il n’appuierait aucun candidat et n’entend pas déroger de son plan, quelle que soit la personne qui s’avance sur la ligne de départ.

Il martèle qu’il terminera son mandat, mais il n’a nullement l’intention de faire un nouveau tour de piste dans l’opposition. Il tirera sa révérence si une autre défaite se profile pour le PLQ. « Aux prochaines élections, j’aurai 68 ans », rappelle-t-il.

« J’aurais été capable d’être chef, mais est-ce que cela me tente tant que ça de mettre autant d’énergie d’ici les prochaines élections ? Je réponds non. » Les prochaines années, pour le prochain chef, les perspectives s’annoncent difficiles. La vie « ne sera pas un long fleuve tranquille », prédit l’augure de La Pinière.