(Québec) Le programme d’indemnisation mis sur pied après les dernières crues printanières est moins efficace que ne le prétend le gouvernement Legault, ont affirmé des élus municipaux, jeudi, lors d’un sommet sur les inondations. Le rassemblement organisé par l’Union des municipalités (UMQ) vise à alimenter la réflexion sur la manière de mieux protéger les Québécois en période de crue, et de mieux indemniser ceux dont la maison est endommagée.  

Martin Croteau Martin Croteau
La Presse

À cet égard, les élus ont vivement critiqué les mesures mises en place par le gouvernement de la Coalition avenir Québec.

Questionné pour savoir si ses membres ont remarqué une amélioration par rapport aux précédentes inondations en 2017, le président de l’UMQ, Alexandre Cusson, a répondu sans détour : « Non ».

« Cette année, ce que j’ai entendu de mes collègues, c’est que sur la question des dédommagements, ça avait été plus long, a-t-il déploré. Il y a peut-être de grosses statistiques qui sont intéressantes, mais ça n’a pas mieux fonctionné cette année que la dernière fois. »

Selon lui, le programme d’indemnisation a enterré plusieurs municipalités sous de la « paperasse ». Bien qu’il soit favorable à une reddition de compte, il estime que les municipalités doivent avoir plus de latitude pour aider leurs citoyens en période de crise.

« Il va falloir se doter de programmes plus efficaces sur le coup, a dit M. Cusson. Là, aujourd’hui, tout est réglé et c’est beau. Mais quand les gens ont les deux pieds dedans, il faut les sortir de la bureaucratie et les laisser agir sur le terrain. »

À Gatineau, les sinistrés ont généralement été indemnisés rapidement, a convenu le maire Maxime Pedneaud-Jobin. En revanche, il estime que Québec a compliqué la vie aux municipalités comme la sienne en leur refilant une partie de la facture des services de la Croix-Rouge.

« Ça n’a pas d’allure », a dit M. Pedneaud-Jobin.

Cette décision a forcé sa ville à allonger près de 600 000 $ pour payer les services d’hébergement des sinistrés. Résultat, les inondations de 2019 coûteront plus cher à Gatineau que celles de 2017, même si elles ont fait moins de sinistrés.

« C’est une façon de nous pelleter une responsabilité financière de plus en temps de crise », a dénoncé M. Pedneaud-Jobin.

Quelques minutes plus tôt, la ministre de la Sécurité publique, Geneviève Guilbault, s’est félicitée du programme qu’elle a mis en place pour épauler les victimes ce printemps. Il prévoit des indemnisations pouvant atteindre 200 000 $. Ceux qui s’en prévalent ne pourront plus faire de réclamation à la suite d’une inondation.

Le traitement des demandes a été beaucoup plus rapide, a souligné Mme Guilbault. Le gouvernement a ainsi versé des indemnisations qui totalisent 152 millions.

« On a versé près de trois fois plus d’aide financière à ce jour qu’à pareille date en 2017, a relevé Mme Guilbault. On a fermé 20 fois plus de dossiers qu’à pareille date en 2017. Donc le nouveau programme, son objectif d’aller plus rapidement et d’aider plus de gens, il fonctionne. »

En début d’après-midi, sa collègue aux Affaires municipales, Andrée Laforest, a défendu à son tour le bilan du gouvernement Legault.

« Ça a été beaucoup plus vite qu’en 2017 et on est allés encore plus loin, a-t-elle dit. Ce qu’on a fait en 2019, on a déposé un moratoire partout au Québec pour revoir notre cartographie. Ça, ça ne s’était jamais fait. C’était le temps de poser ce geste-là. »

Mais selon la députée du Parti libéral, Marie-Claude Nichols, le gouvernement est « dans le champ » lorsqu’il se félicite de sa réforme. Elle affirme que plusieurs sinistrés ont reçu un chèque qui ne précise pas ce pour quoi ils sont indemnisés. Cela explique pourquoi certains hésitent avant de l’encaisser.

« Mme Guilbault manque beaucoup de compassion face aux victimes, a dit Mme Nichols. J’y vais, sur le terrain, je les rencontre ces gens, je vais prendre des cafés avec des sinistrés. Je vous dirais que la détresse humaine, elle est palpable, et particulièrement à Sainte-Marthe-sur-le-Lac. »