Le chef conservateur Andrew Scheer peut sans doute respirer mieux : les députés de son caucus ont rejeté l’option d’avoir recours à un outil parlementaire qui leur aurait donné le pouvoir de l’éjecter du siège du conducteur. Il a donc les coudées franches pour diriger sa formation jusqu’à ce que son leadership soit soumis à un vote de confiance, au printemps.

Fanny Lévesque Fanny Lévesque
La Presse

Joël-Denis Bellavance Joël-Denis Bellavance
La Presse

 Le leader conservateur s’est adressé à la presse avec trois heures de retard sur la convocation initiale ce soir, après une très longue première rencontre avec les membres de son caucus, à Ottawa. « Nous avons eu une discussion franche à propos de la dernière campagne électorale », a affirmé Andrew Scheer.

« Nous avons remporté plus de sièges et gagné le plus de votes […],  mais on s’attendait à beaucoup plus. Personne n’est plus déçu des résultats que moi. Personne n’est plus impatient que moi de faire mieux la prochaine fois », a-t-il ajouté devant les journalistes, d’un ton ferme et convaincu.  

Le leadership d’Andrew Scheer est contesté depuis sa performance lors des dernières élections alors qu’il n’est pas parvenu à battre Justin Trudeau. Les troupes conservatrices ont fait élire 121 députés à travers le pays. Les résultats obtenus au Québec ont été particulièrement peu convaincants avec la perte de deux sièges, passant de 12 à 10.

Selon nos informations, M. Scheer était en mode écoute ce soir et a donné le temps à ses élus de s’exprimer lors de cette réunion qui aura duré plus de sept heures. Il aurait par ailleurs fait son mea culpa personnel en affirmant qu’il aurait dû clarifier sa position sur l’avortement – il est pro-vie – beaucoup plus tôt en campagne.

Ce n’est pas un secret que le flou qu’il a entretenu au sujet de sa position personnelle sur l’avortement a fait perdre de précieux points aux conservateurs, dont au Québec. Andrew Scheer a aussi annoncé qu’il confiait à l’ex-ministre, John Baird, le mandat de procéder à un « examen externe et approfondi » de la dernière campagne.

« John est très respecté dans notre parti et notre mouvement et il va donner une précieuse perceptive indépendante afin de déterminer ce que nous devons améliorer lors de la prochaine campagne électorale », a précisé M. Scheer.

 Andrew Scheer presse maintenant Justin Trudeau pour qu’il rappelle « le plus rapidement possible » les membres du Parlement à la Chambre des communes afin de se mettre au travail. M. Scheer promet déjà de tout mettre en œuvre pour que les travailleurs du secteur énergétique de l’ouest du pays « soient de retour au travail ».

Justin Trudeau qui sera aux commandes d’un gouvernement minoritaire doit annoncer la composition de son cabinet le 20 novembre prochain.

APPUI DU CAUCUS

Bien que certains d’entre eux se disent déçus des résultats des récentes élections fédérales, la grande majorité des députés conservateurs élus estiment qu’il revient à l’ensemble des membres du parti, et non à eux, de statuer sur le sort de leur chef Andrew Scheer.

Avant le début d’une première rencontre du caucus conservateur depuis la défaite du 21 octobre, mercredi après-midi, les députés conservateurs ont tour à tour écarté l’idée d’adopter l’outil parlementaire qui leur permettrait d’éjecter leur chef du siège du conducteur.

Cet outil parlementaire existe depuis l’adoption en 2015 de la Loi instituant des réformes — une mesure parrainée par le député conservateur Michael Chong. Pour s’en prévaloir, les députés d’une formation politique doivent tenir un vote après chaque élection décrétant qu’ils se donnent le pouvoir de congédier leur leader — un pouvoir qui est en vigueur pendant la durée du mandat.

Par la suite, il faut qu’au moins 20 % des députés exigent par écrit la tenue d’un vote secret sur le leadership. Le chef se voit contraint de quitter ses fonctions au terme d’un tel vote majoritaire, s’il est exigé.

Mais alors qu’ils se rendaient à la salle de réunion pour entendre les explications de vive voix d’Andrew Scheer sur la campagne qu’il a menée, plusieurs élus ont fait savoir qu’une décision aussi grave touchant le leadership du parti appartient à l’ensemble des membres du Parti conservateur.

Un congrès national doit avoir lieu en avril à Toronto. La constitution du parti prévoit un vote de confiance sur le leadership du chef en poste après chaque défaite électorale.