(Ottawa) À l’occasion de la première réunion du caucus conservateur depuis les élections du 21 octobre, ils seront plusieurs à écouter attentivement Andrew Scheer lorsqu’il s’adressera à ses collègues afin de vérifier s’il prononcera deux mots : « mea culpa ».

Stephanie Levitz
La Presse canadienne

Ce sera une réunion douce-amère pour les députés conservateurs nouvellement élus, ceux qui sont réélus et les nouveaux retraités, qui seront réunis à Ottawa mercredi.

Andrew Scheer est à la tête d’un parti dans lequel il y a 26 députés de plus que lorsqu’il en est devenu le chef en 2017. Les conservateurs ont également remporté une victoire historique au niveau du vote populaire, en obtenant le plus grand nombre de voix depuis la formation du parti en 2004.

Michelle Rempel, une députée de Calgary qui entreprend son troisième mandat, a déclaré qu’elle s’attend à ce que les victoires du parti soient célébrées. Mais elle s’attend également à ce que soit posé un regard honnête sur ce qui a glissé entre les doigts du parti.

PHOTO ADRIAN WYLD, ARCHIVES LA PRESSE CANADIENNE

Michelle Rempel

« Nous combattions également un gouvernement qui a passé au travers plusieurs scandales de corruption, et qui, selon moi, avait perdu l’autorité morale de gouverner et nous n’avons pas gagné », a-t-elle déclaré.

Michelle Rempel s’attend à ce que le parti propose un « plan d’action solide pour l’avenir » ou un plan d’action qui « inclut les commentaires d’une grande diversité de voix ».

La frustration à l’égard des résultats est récurrente chez les conservateurs, mais quand il s’agit d’identifier le problème, il n’y a pas de consensus.

Certains pensent que la campagne elle-même a été mal exécutée, sans politique suffisante pour motiver les électeurs.

La volonté de débattre en profondeur de ces options était évidente mardi, quand l’un des anciens stratèges du parti a lancé, sur les médias sociaux, l’idée de lancer un nouveau podcast dédié uniquement aux idées conservatrices. Il a reçu un soutien immédiat de toute une gamme de penseurs et de dirigeants conservateurs, y compris d’anciens chefs de cabinet et de stratèges.

Mais il y a aussi ceux qui sont mécontents d’Andrew Scheer, et de ses opinions personnelles sur l’avortement et le mariage homosexuel, qui sont enracinés dans sa foi catholique.

Certains sont très irrités de ne pas avoir vu le chef expliquer jusqu’à quel point son opinion avait évolué (si elle a évolué) depuis qu’il s’est vigoureusement opposé au mariage homosexuel, légalisé il y a près de 15 ans.

Plusieurs anciens porte-parole du dernier premier ministre conservateur, Stephen Harper, se sont exprimés publiquement à ce propos la semaine dernière, qualifiant de « fatales » les explications d’Andrew Scheer sur ce sujet. Il a également attiré les critiques de membres de la « base » du parti qui ont joué un rôle déterminant dans l’élimination du langage contre le mariage homosexuel au sein du parti.

Il ne fait aucun doute que les idées socialement conservatrices d’Andrew Scheer ont affaibli sa capacité de gagner au Québec, a déclaré Yves Lévesque, ancien maire de Trois-Rivières, qui représentait cette circonscription pour les conservateurs.

Au début de la campagne, Yves Lévesque était considéré comme un futur député. À la fin du premier débat en langue française, où Andrew Scheer a été attaqué sans pitié pour ses opinions personnelles, l’ambiance sur le terrain au Québec a changé et les conservateurs n’ont jamais retrouvé l’appui nécessaire, a déclaré Lévesque.

Il a ajouté qu’Andrew Scheer avait pris le blâme de la défaite lors d’une conversation entre les deux hommes après l’élection. Mais Yves Lévesque a déclaré qu’il ne pensait pas que cela signifiait qu’Andrew Scheer devait démissionner-pour l’instant.

« Nous devons examiner ce que le parti a fait de bien et ce que nous avons fait de mal », a déclaré Yves Lévesque.

« Une erreur serait de réagir trop vite. Nous avons le temps. »

Reste à savoir si les députés élus conservateurs auront le même sentiment mercredi.

Après son discours, le caucus abordera le premier sujet à l’ordre du jour : décider s’il souhaite ou non adopter ce que l’on appelle couramment les règles de Chong. Il y en a quatre, introduites dans le cadre d’une loi de réforme parlementaire proposée par le député conservateur Michael Chong, destinée à donner aux députés un plus grand pouvoir sur le fonctionnement de leurs groupes parlementaires.

L’une des règles a pour objectif de donner aux députés le pouvoir d’évincer leur chef. Si le caucus adopte la règle, une révision de la direction pourrait être déclenchée par une demande écrite soumise au président du caucus et signée par 20 % des députés. Après cela, un vote aurait lieu sur la destitution du chef, ce qui nécessiterait une majorité de voix.

Mais les conservateurs ont également une convention en avril, où une révision du leadership est prescrite dans le cadre de la constitution du parti.

Michelle Rempel a déclaré que ce sont les membres du parti, pas seulement les députés, qui devraient avoir leur mot à dire.

« Je suis une voix sur combien de milliers de membres à travers le pays ? », a-t-elle demandé.

« Il est important de procéder à un examen de la chefferie du parti. Je pense qu’il doit passer à travers cet examen, il dispose de six mois pour montrer aux Canadiens et à nos membres, avant le vote, quelle est sa vision. »