(Québec) Le gouvernement caquiste a carrément menti concernant une entente avec le géant de l’aluminium Rio Tinto, accuse l’opposition officielle libérale.

Patrice Bergeron
La Presse canadienne

Le premier ministre François Legault reproche au précédent gouvernement Couillard d’avoir revu à la baisse les exigences d’investissement conclues avec la compagnie pour le Saguenay-Lac-Saint-Jean, mais la députée libérale Dominique Anglade a démenti cette information. Le gouvernement maintient toutefois ses affirmations.

« C’est faux »

Selon le ministre de l’Économie, Pierre Fitzgibbon, le gouvernement Couillard a accepté en 2018 d’assouplir l’accord de 2007 : ainsi, plutôt que de devoir investir 2 milliards d’ici à 2021, l’entente a été revue à la baisse, soit d’investir 700 millions d’ici à 2025.

« C’est faux de prétendre qu’il y a eu des diminutions dans les investissements qui avaient été consentis initialement », a-t-elle déclaré dans une entrevue avec La Presse canadienne, mercredi.

« Ce sont deux milliards de dollars, voire plus, qui ont été renégociés, sur une période plus longue, pour garantir le maintien des emplois dans toute la région, a poursuivi celle qui était ministre libérale de l’Économie. On ne fera pas dire à l’entente quelque chose qui n’existe pas dans l’entente. »

La prolongation de l’entente jusqu’en 2025 a été négociée pour s’assurer que l’entreprise atteigne le montant ou même le dépasse, a expliqué Mme Anglade.

En Chambre, François Legault a même déclaré qu’« on avait une entente qui les forçait à construire, malheureusement, les libéraux ont annulé, ont déchiré cette entente-là pour faire plaisir à l’entreprise ».

« C’est n’importe quoi, ce n’est pas vrai », s’est défendue Mme Anglade, qui est députée de Saint-Henri–Sainte-Anne.

Report de deux projets

Cette controverse survient après l’annonce par Rio Tinto du report de deux projets industriels importants qui étaient attendus au Saguenay-Lac-Saint-Jean, d’une valeur estimée à 300 millions.

Or peu avant, François Legault avait eu ce qu’il avait qualifié de « bonne rencontre » avec les dirigeants de Rio Tinto.

« C’est un manque de rigueur, une approche brouillonne, il ne savait même pas que ces projets-là allaient être mis sur la glace : il aurait fallu qu’il demande où en sont ces projets », a dénoncé la députée libérale.

Table de concertation

Elle effectuait une tournée mercredi dans la région pour rencontrer les acteurs dans ce dossier, les élus, syndicats, etc. Mme Anglade a mis au défi le premier ministre de lui indiquer combien de fois il a rencontré les dirigeants de Rio Tinto pour faire le suivi des projets.

La députée libérale réclame un geste rapide du gouvernement Legault : la mise sur pied d’une table avec les élus, les travailleurs, l’université, les experts, tous les acteurs locaux.

La mairesse de Saguenay, Josée Néron, a lancé un appel pour mettre sur pied un « war room », a indiqué Mme Anglade, qui soutient pour sa part que le gouvernement doit prendre ses responsabilités et réunir les acteurs, afin de convenir des actions à poser.

Réaction du gouvernement

Le gouvernement Legault persiste quant à lui : « Dominique Anglade critique le gouvernement pour une décision qui découle d’une entente qu’elle a elle-même signée en privant le ministre de l’Économie de leviers importants pour intervenir auprès de l’entreprise », a répondu l’attaché de presse du ministre Pierre Fitzgibbon, Mathieu St-Amand, dans un courriel transmis à La Presse canadienne.

Il a évoqué que l’entente de 2007 comportait des cibles contraignantes d’investissement, qui devaient être atteintes dans « l’ajout de capacité de production primaire », d’ici 2021, à défaut de quoi des pénalités étaient imposées à l’entreprise sur le remboursement d’un prêt.

M. St-Amand indique que l’entente a été modifiée en 2018, pour « privilégier une approche visant des cibles moins contraignantes, rendre plus de dépenses de l’entreprise admissibles à l’atteinte des cibles, pour des investissements qui restent à faire de 710 millions », à réaliser d’ici à 2025, assorties d’assouplissements sur le calcul des pénalités imposées en cas de défaut.

« C’est donc très exact de dire que l’entente signée par Dominique Anglade a facilité la décision de l’entreprise de reporter, voire d’annuler, ces investissements », a conclu l’attaché de presse.