(Québec) L’opposition officielle soupçonne le premier ministre François Legault d’avoir un parti-pris indépendantiste dans la crise qui secoue actuellement la Catalogne.

Patrice Bergeron
La Presse canadienne

Un tribunal espagnol a imposé des peines d’emprisonnement à neuf dirigeants indépendantistes catalans tout récemment, en plus d’en condamner trois autres.

Dans un communiqué, M. Legault a fait savoir, mardi, que « le gouvernement du Québec ne peut rester indifférent devant l’ampleur des lourdes peines infligées à des politiciens catalans élus démocratiquement ».

Or le Parti libéral du Québec (PLQ) a appelé le gouvernement caquiste à ne pas s’ingérer dans les affaires internes d’un pays.

Dans une entrevue téléphonique avec La Presse canadienne mardi après-midi, la porte-parole du PLQ en matière de relations internationales, Paule Robitaille, a rappelé que l’Espagne est un pays démocratique avec un pouvoir judiciaire indépendant dont il faut respecter les décisions.

Elle reproche au chef caquiste d’avoir un parti-pris pour les indépendantistes catalans, une préférence qui vient de son passé d’ancien ministre péquiste et souverainiste. Dans « les commentaires de M. Legault, le jupon de l’ex-péquiste dépasse un peu », a-t-elle commenté.

Selon elle, le Québec devrait plutôt proposer de jouer un rôle de médiateur dans ce conflit. En 2017, au début de cette crise constitutionnelle, l’ancien gouvernement libéral de Philippe Couillard avait d’ailleurs offert de jouer ce rôle, afin de dénouer l’impasse. En effet, la Catalogne avait alors tenu un référendum sur l’indépendance, remporté par le Oui, mais dont le gouvernement central de Madrid n’avait pas reconnu le résultat.

La Catalogne est un partenaire de longue date du Québec, une « amie », et le Québec pourrait jouer le rôle de médiateur, si les deux parties le souhaitent, en raison de sa longue « expertise » en matière de négociations constitutionnelles, a plaidé Mme Robitaille.

« C’est un État fédéré comme nous, avec lequel on a construit une relation au cours des années, et dans ce sens on peut leur tendre la main, pour trouver une solution pacifique au conflit. C’est un ami fédéré, c’est un ami du Québec comme l’Espagne est aussi un État… alors oui, si on peut leur tendre la main… »

De son côté, le Parti québécois (PQ), par la voix de son chef intérimaire, Pascal Bérubé, a écrit par l’entremise de Twitter : « le Gouvernement du Québec doit dénoncer le déni de démocratie et la répression en Espagne où l’on condamne des indépendantistes à des peines de prison. Notre nation reconnaît le droit à l’émancipation des peuples. »

Le Québec et la Catalogne entretiennent des relations bilatérales. Les deux gouvernements ont signé une entente de coopération en 1996 qui s’étend à plusieurs domaines, dont la culture et l’éducation.

En 1999, le gouvernement a ouvert un Bureau du Québec à Barcelone, une sorte de représentation diplomatique. Le gouvernement Legault a nommé Isabelle Dessureault directrice du Bureau du Québec l’été dernier.